La France a la cote chez les étudiants argentins

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Dans la vie d´un étudiant, l´échange universitaire est souvent une opportunité unique pour vivre une expérience à l´étranger. En Argentine, aller étudier en Amérique du Nord, en Europe, en Asie ou ailleurs a un coût. Seule une minorité y accède. Parmi elle, la France fait partie des destinations privilégiées. 

Ils viennent d’une école de commerce, d’une université, d’un IEP, d´une école d´ingénierie ou d´ailleurs. De Paris ou de province. En stage ou en échange. Pour six mois ou pour un an. Buenos Aires, c´est la ville qu´ils ont choisi. Pour sa richesse culturelle et sa proximité avec l´Europe, pour découvrir l´Amérique latine et parler espagnol, pour Ernesto Guevara et Jorge Luis Borges, et autre multitude de raisons personnelles. Bref, ils sont nombreux, chaque été et chaque hiver, les étudiants français débarqués dans l´estuaire du Río de la Plata. Selon l´Ambassade de France, ils étaient environ 2000 inscrits dans les universités argentines l´année dernière, soit 4% des étudiants français à l´étranger. Mais les avions se remplissent dans les deux sens. Selon les chiffres du ministère des affaires étrangères français, 750 étudiants argentins vivaient en France début 2012. Beaucoup moins numériquement, mais beaucoup plus proportionnellement au nombre d´étudiants argentins en échange à l´étranger, puisqu´il est plus rare de voir un Argentin quitter le pays pour aller vivre l´expérience de l´échange universitaire. Car c´est bien de cela qu´il s´agit: le semestre ou l´année complète à l´étranger, intercalé au milieu de la formation de l´étudiant, la plupart du temps au cours de la troisième ou de la quatrième année…

Ces chiffres qui parlent

En analysant de près cette question des échanges universitaires au sein de plusieurs universités argentines comme l´Université de Buenos Aires (UBA), l´Université Catholique Argentine (UCA) et l´Université du Salvador (USAL), un élément fort apparaît: la France à la cote. D´abord pour les directions de ces universités, qui font toutes de la France une priorité dans la signature de partenariats. L´UBA, publique et gratuite, plus grande université d´Argentine et d´Amérique latine avec 325 000 étudiants (dont 13 000 étrangers), place la France en tête avec 40 partenariats, contre 36 avec l´Espagne et seulement 15 avec les Etats-Unis. Idem pour l´UCA, université privée qui accueille 22 000 étudiants sur les quais de Puerto Madero, partenaire de 21 facultés françaises, 17 états-uniennes et 12 espagnoles. Enfin, à la USAL, elle aussi privée et comptant 25 000 étudiants, la France garnie la colonne « convenios » avec pas moins de 38 universités partenaires, contre 17 pour l´Espagne et 10 pour les Etats-Unis. Ces écarts s´expliquent aussi par la petite taille des universités françaises, notamment lorsqu´on les compare à celles d´Amérique du Nord. Il n´empêche, les élèves argentins aussi ciblent la France comme destination favorite. Au sein de l´UCA, sur 160 élèves partis en échange l´année dernière, 54 sont allés en France. Soit plus d´un tiers d´entre eux, un chiffre stable sur ces dernières années. Mieux, à l´UBA, ils étaient 69% à choisir l´Hexagone en 2011, et encore 65% cette année.

Alors, pourquoi de tels pourcentages ? María Soledad Zapiola, du bureau des relations internationales de l´UCA, livre une explication propre à son université. « A l´origine, seule notre fac de sciences économiques signait ce type de partenariat. Du coup, elle le faisait avec des écoles de commerce, et principalement en France. Depuis, nous possédons un bureau central, mais encore aujourd´hui nos étudiants en sciences éco sont ceux qui voyagent le plus « .La France est rapidement devenue un pays d´échange universitaire habituel au sein des universités argentines, notamment pour les étudiants. A ce propos, la France est bien davantage un pays d´accueil que d´origine dans la mobilité étudiante internationale. Avec 250 000 étudiants étrangers, elle reçoit cinq fois plus d´élèves qu´elle n´en envoie. Autre argument, le pouvoir d´attraction de la culture française sur les étudiants argentins, idée développée par Juan Tobías, recteur de l´USAL (voir interview). Pour María Soledad Zapiola, ce facteur joue un rôle y compris parmi les étudiants n´ayant pas ou peu appris le français. Dans certains cas, la possibilité leur est donnée d´étudier en anglais et de suivre des cours de français à part, confortant ainsi à la fois leur deuxième et leur troisième langue. Dans cette perspective-là, la France possède un avantage sur les Etats-Unis, autre pays particulièrement convoité, surtout dans les domaines de la gestion d´entreprise ou de l´informatique.

« Consolider tous ces partenariats »

Patricio Conejero Ortiz, des relations internationales de l´UBA, assure que l´Europe et la France en particulier sont les destinations privilégiées pour son université. Il explique :

« Avec les Etats-Unis, c´est plus difficile, parce qu´ils exigent un contrôle beaucoup plus fort sur l´étudiant. Nos relations avec les universités françaises sont déjà très avancées, l´étape actuelle vise plutôt à consolider tous ces partenariats et à les étendre à partir de ces liens forts déjà tissés. »

Il avance un autre argument, particulièrement valable dans le domaine public: les échanges réguliers entre les ministères des affaires étrangères de France et d´Argentine qui facilitent la mise en place de nombreux doubles diplômes entre universités des deux pays. Très intéressant pour l´étudiant, le double diplôme tend à se développer. A l´USAL, le programme « La Condamine » existe depuis 1997 et concerne les carrières de gestion et d´économie, auxquelles celle de droit a été ajoutée en 2005. D´une durée de quatre ans, il offre la possibilité aux étudiants qui s´y inscrivent d´aller effectuer un semestre dans une université française partenaire. Autrement, des professeurs venus de France donnent des cours intensifs (80h par semaine) aux élèves du programme. Une fois terminé, il délivre à l´étudiant argentin une « licencia » à la USAL et un Master 1 en France.

D´autres programmes, hors universités, existent pour faciliter l´envoi d´étudiants argentins en France. Campus France, par exemple, « Agence française pour la promotion de l´enseignement supérieur, l´accueil et la mobilité internationale », propose des bourses, des cours de français et des universités françaises d´accueil aux étudiants internationaux, qu´ils s´agissent de formations courtes ou de formations longues. Ce genre d´initiative peut permettre à quelques étudiants argentins de concrétiser leur projet. Car si les partenariats existent et sont nombreux, la limite à leurs études en France est avant tout financière. Contrairement aux étudiants français, peu de bourses leur sont délivrées, et le coût de la vie est supérieur, à Paris particulièrement. Pour financer leur échange, ils doivent généralement compter sur un soutien familial ou économiser en travaillant parallèlement à leurs études, ce qui est commun en Argentine. Un chiffre: à l’UBA, en 4ème année, 80% des étudiants ont un travail. Prochaine étape, démocratiser l´accès à l´échange. Et remplir quelques avions supplémentaires.

Léo Ruiz

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