« Yvonne, sin testigo, no hay historia »

Mardi 4 juin, le film Yvonne était projeté au siège de l’Alliance Française de Buenos Aires dans le cadre de la 18ème édition du Festival Internacional de Cine de Derechos Humanos (FICDH).

A cette occasion, l’ambassadeur de France en Argentine, Pierre-Henri Guignard a rendu hommage à la sœur Yvonne Pierron, décédée en 2017. L’occasion de commémorer les victimes de la dictature en Argentine, dont a notamment souffert la sœur Yvonne et les autres religieuses de sa congrégation. Il rappelle alors qu’il est nécessaire de débattre et d’échanger autour du sujet afin d’améliorer la connaissance autour de cette époque, bien sombre, de l’histoire Argentine, comme le rappelle le titre du film Yvonne : « sin testigo, no hay historia ». Marina Rubino, la réalisatrice du film, très émue, était en première file dans la salle pour présenter son œuvre au public. Elle a d’ailleurs dédicacé la projection aux grands-mères de la Plaza de Mayo ; deux d’entre elles Buscarita Roa et Nora Cortiñas, se trouvaient dans la salle.

Le film Yvonne est un documentaire mêlant images d’archives et interviews faites à Yvonne Pierron, retraçant sa vie et son parcours ; depuis son expérience traumatique durant la seconde guerre mondiale, jusqu’ à sa vie en Argentine auprès des plus démunis. Yvonne est née en Alsace en 1928, elle vit durant quatre années dans la cave de sa maison familiale pour échapper aux bombes et aux massacres de la guerre. Face à l’étendue du désastre et à son incompréhension des évènements, elle décide de se consacrer à Dieu et se plonge dans sa foi en rejoignant une congrégation de sœurs à Paris : la congrégation des missionnaires étrangères. C’est ainsi qu’en 1955 elle est envoyée en Argentine aux côtés de ses consœurs afin de travailler en tant qu’infirmière dans le nord du pays, dans la province de Misiones. Connue dans la région comme la « mujer francesa » elle aura dédié sa vie à aider les paysans, les femmes dans leur lutte pour l’accès à l’éducation ou encore les indiens Mapuches de Patagonie. Elle a, entre autres, comparue devant la justice à l’âge de 86 ans, dans le cadre du procès des militaires de l’ESMA pour témoigner de la disparition de ses deux amies et consœurs ; Léonie Duquet et Alice Domon, toutes deux disparues durant la dictature militaire. Son témoignage, bien que de nombreuses années après les faits, aura servi à la condamnation de plusieurs militaires, notamment responsables de la mort des deux religieuses. Le film retrace également son exil forcé en France, de 1977 à 1983, suite à une tentative d’assassinat par la junte militaire, peu après la disparition des deux autres sœurs. On y découvre par ailleurs son implication auprès de la population nicaraguayenne à la suite de la chute de la dictature de la famille Somoza. Connue et reconnue, appréciée de tous, Yvonne s’est éteinte en 2017 à l’âge de 89 ans à Posadas, dans le nord de l’Argentine.

A la suite de la projection, Eric Domergue -auteur de l’ouvrage « Yvonne Pierron, Su lugar en el mundo », Buscarita Roa -grand-mère de la « Plaza de Mayo », Marina Rubino et Horacio Méndez Carreras -avocat des familles de français disparus durant la dictature-, ont, au cours d’une table ronde, évoqué leurs souvenirs et moments vécus auprès d’Yvonne.

Elhia Pascal-Heilmann