L’Union Européenne : brève histoire d’une institution à part

A l’approche du scrutin parlementaire européen et alors que la campagne fait rage dans les médias et dans l’opinion publique, un détour historique et un état des lieux actuel de l’Union s’impose.

Une nouvelle amitié diplomatique franco/allemande à l’origine de la construction européenne

Victor Hugo, partisan de la première heure d’une Europe unie, écrivait en 1842, “La France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe. L’Allemagne est le cœur et la France est la tête”. 

C’est un siècle plus tard, à la sortie de la Seconde guerre mondiale, que son voeu politique le plus cher se réalise lorsque la France et l’Allemagne décident d’enterrer la hache de guerre d’une rivalité éternelle pour donner naissance à une nouvelle organisation supranationale, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier.

Dans une Europe en ruines, dévastée où il faut tout reconstruire, l’éclair de génie d’une collaboration renforcée sur la production et la commercialisation du charbon et de l’acier est soufflée par Jean Monnet, fonctionnaire français et européen convaincu, à l’oreille de Robert Schumann, ministre français des affaires étrangères de l’époque.

En 1951, le traité de Paris est signé par la France et l’Allemagne auxquelles viennent s’ajouter les pays du Benelux et l’Italie.

Les bases de la construction européenne sont jetées.

La lente maturation du projet européen 

L’Europe s’est construite au rythme des crises tant internationales qu’internes et sur trois piliers, formalisés par des traités : l’union douanière, la politique agricole commune et le système monétaire européen. Chacun des traités a, peu à peu, contribué à la naissance de l’Union Européenne.

Première en date, la crise du canal de Suez de 1956 met les Européens dans l’embarras. Face à la dépendance énergétique du continent, il leur faut développer une autosuffisance en termes d’énergie et unir plus efficacement leurs économies pour amortir les effets indésirables des crises. En 1957 est signé à Rome le traité fondateur de la Communauté Économique Européenne, CEE, qui instaure le marché commun, et de la communauté européenne de l’énergie atomique, EURATOM.

Le premier grand projet de cette nouvelle communauté est la mise en place d’une politique agricole commune. Celle-ci voit le jour en 1962 au terme de longues négociations. Si elle entraîne une modernisation rapide de l’agriculture européenne, elle provoque des remous au sein de la communauté. Pour éviter les blocages, les hautes autorités européennes décident de prendre leurs décisions non plus à l’unanimité mais à la majorité. Redoutant une dérive fédérale, le Général de Gaulle condamne cette orientation et boycotte les institutions communautaires pendant sept mois. Cette “crise de la chaise vide” prend fin en janvier 1966 et permet, encore aujourd’hui, à chaque pays membre de s’opposer à une décision communautaire prise à la majorité.

En 1974, suite au premier choc pétrolier, le sommet de Paris institue le Conseil européen. Dès lors, tous les dirigeants européens se réunissent au moins trois fois par an pour déterminer ensemble les grandes orientations politiques. De plus, le principe de l’élection du Parlement européen au suffrage universel est également adopté la même année. Il faut cependant attendre 1979 pour que tous les citoyens de l’espace européen soient invités à se rendre aux urnes pour leur première élection européenne.

Dès le début des années 80, l’ambition assumée est de renforcer les liens et les connexions dans l’espace européen. Après le Marché commun, qui avait mis fin au contrôle des marchandises aux frontières internes de la communauté, le 14 juin 1985, dans la petite ville luxembourgeoise de Schengen, est signé un nouvel accord créant l’espace Schengen dans lequel les mobilités humaines ne sont plus contrôlées.

Enfin, en 1989, la chute du mur de Berlin bouleverse l’ordre international issu de la Seconde guerre mondiale. Les Etats voient l’occasion de concrétiser le rapprochement voulu depuis le début de la décennie. En 1992, le traité de Maastricht crée l’Union Européenne et pose les bases d’une monnaie unique, l’euro. Il institue également une citoyenneté européenne ainsi qu’une politique extérieure et de sécurité commune (PESC).

Un élargissement de l’Union aux anciennes dictatures européennes. 

Le premier élargissement de la communauté a lieu en 1973. Après s’être volontairement soustrait des premières négociations européennes, le Royaume-Uni est officiellement admis en compagnie de l’Irlande et du Danemark. Cependant, pour les autres pays européens désireux d’intégrer l’organisation, la situation est plus complexe. Ils doivent en premier lieu sortir de leur régime autoritariste. En 1974, la chute du régime des colonels rapproche la Grèce de l’Europe occidentale qui lui ouvre finalement ses portes en 1981. Elle sera suivie en 1986 par l’Espagne et le Portugal, eux aussi sortis de longs régimes dictatoriaux.

Après un nouvel élargissement à l’Autriche, à la Suède et à la Finlande en 1995, l’Union choisit de préparer le plus grand appel d’air de son histoire afin d’intégrer les démocraties naissantes d’Europe centrale et orientale enfin libérées de l’emprise soviétique. Dix nouveaux pays adhèrent à l’UE en 2004, suivis par deux autres en 2007. Le dernier pays à entrer dans l’UE est la Croatie en 2013.

Une Europe à 28 nécessite cependant une nouvelle réforme institutionnelle. Un traité établissant une constitution pour l’Europe est alors rédigé mais ne sera jamais adopté à la suite du refus par référendum des citoyens français et néerlandais. Un véritable revers politique pour l’Union qui rédige quatre ans plus tard, un nouveau traité similaire, que les pays feront adopter par voie parlementaire, le traité de Lisbonne. Ce traité, adopté en catimini, est aujourd’hui toujours vécu comme une trahison par les citoyens européens.

30 ans d’Union Européenne et toujours un goût d’inachevé 

En 70 ans d’existence, la communauté européenne devenue l’Union Européenne n’a jamais connu autant de turbulences que ces 20 dernières années, crise des subprimes, Brexit, Covid-19 et aujourd’hui le conflit russo-ukrainien. Si elle s’est toujours montrée forte et résiliente, ces épisodes ont révélé les faiblesses évidentes de l’Union.

La promesse européenne reposait sur deux principes, la paix et la prospérité. Si le fléau de la guerre n’a plus touché le vieux continent depuis le rapprochement européen, l’attaque russe a réveillé les souvenirs douloureux des deux guerres mondiales. L’horreur est de nouveau là, aux portes de l’Europe. Si l’Union s’est levée comme un seul homme contre l’envahisseur russe, son soutien reste insuffisant et révélateur de la faiblesse industrielle et militaire européennes. L’Europe des 27, épaulée par l’hégémon états-unien, n’arrive pas à produire autant d’obus que la Russie. Face à l’économie de guerre russe, les sanctions économiques européennes prises à l’encontre de la Russie n’ont pas eu les effets escomptés. Nouvelle preuve de l’insuffisance européenne, les Etats-Unis restent toujours à l’heure actuelle le plus grand fournisseur d’aides militaires à l’Ukraine.

Quant à la prospérité, elle reste encore à vérifier. Des 27 pays membres, neuf sont des contributeurs nets. L’Allemagne et la France représentent approximativement 67 % des contributions. Ainsi, le succès économique du projet européen dépend mécaniquement de la performance des économies allemande et française.  Celle qui s’est voulue un géant ne tient que sur deux jambes frêles qui supportent un poids démesuré. Sa dépendance à l’industrie chinoise n’est également plus à démontrer, en réfère à la pénurie de masques au moment du Covid. La création d’un marché unique européen n’a pas produit les rendements escomptés qui auraient permis de relancer les gains de productivité et permettre l’émergence de l’équivalent des GAFAM américains ou de leurs concurrents chinois. Ajoutons à cela l’immigration de masse et clandestine, la pauvreté et le chômage, l’endettement de ses États et la faiblesse démographique du continent, le géant européen à la tête qui tourne.

Aujourd’hui, les espoirs fondés en la communauté européenne flétrissent peu à peu. L’Europe s’imaginait en grand des relations internationales, la réalité est qu’elle reste pour l’instant le David de deux Goliath, américain et chinois. Malgré les déclarations d’Emmanuel Macron allant dans ce sens, l’Union Européenne n’est pas encore capable de jouer les troubles fêtes de l’affrontement économique sino-américain. Symptôme de cette Europe qui a de plus en plus de mal à convaincre, partout dans les pays membres germe ce que l’Union a toujours combattu, le nationalisme. En Hongrie, en Italie et en Finlande, ils sont déjà au pouvoir. Dans tous les autres pays, les partis populistes d’extrême droite et leurs idées gagnent du terrain.

L’Europe n’est cependant pas aveugle et semble résolue à vouloir répondre à ses défauts. Face à l’éternel parapluie militaire américain, les débats autour d’une Europe de la défense refont surface. Pour contrer la dépendance chinoise, la réindustrialisation européenne est une vraie quête à laquelle s’adonne le continent.

Cependant le réveil est-il trop tardif ? Les belles promesses européennes sont-elles complètement consumées ? Il ne faut pas oublier les mots de Jean Monnet, « L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises ». L’Europe reste un acquis majeur qu’il ne faut sûrement pas sacrifier sur l’hôtel des nationalismes.

Clément Corbineau


Rappel : 

Elections législatives européennes

Vous avez jusqu’au 3 mai pour vous inscrire sur les listes électorales consulaires ICI 

Le vote se tiendra le samedi 8 juin à l’Ambassade de France. 

 


 

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