Fondations «Huerta Niño» et «Aguas»

Le 22 mars est la journée internationale de l’eau. C’est au titre de cette célébration que la Fondation Aguas a organisé un “petit déjeuner” au Hilton de Buenos Aires.

Une occasion de remercier ses fidèles donateurs et à travers une intéressante vente aux enchères de trois œuvres originales données par les grands humoristes argentins – Tute, Rep et Milo Lockett- de réaliser une opportune “levée de fonds”.

Le fondateur en 2015 de la fondation Aguas est un Argentin d’origine belge. Felipe Lobert est arrivé avec ses parents en Argentine, après la guerre de 39-45 à peine âgé d’un an. Son père, bien que pharmacien de formation, comme sa mère, débarque en Argentine muni de nombreuses licences commerciales et industrielles et après un temps à la légendaire Ferretería Francesa, change de cap et monte avec un associé une fonderie de fer et d’alliages dans le quartier de Chacarita.

Felipe suit sa scolarité au collège français, l’inoubliable collège Crespin* Il est inscrit par ses parents aux louveteaux premier degré pour les jeunes enfants du scoutisme. C’est là qu’il rencontre son ami de toute la vie, Marcelo Bouillard, ce dernier de famille française émigrée en Argentine. Bien que dans le même collège, les deux copains ne sont pas dans la même classe. Peu importe, ils sont amis et le resteront pour la vie. A l’université Felipe suit la carrière d’ingénieur, il œuvrera dans les transports d’abord puis en informatique, quant à lui Marcelo sera ingénieur agronome.

A 20 ans les deux amis se rendent dans la province du Chaco dans le cadre d’un voyage d’aide et de soutien aux populations locales, comme le font toujours et encore aujourd’hui nombre de jeunes “porteños” membres d’associations diverses confessionnelles ou autres. Felipe en reviendra frappé et ébranlé de découvrir que les enfants, tous dans des conditions de grande précarité, ne font qu’un repas par jour et se couchent, le soir, avec pour tout repas un peu de mate cocido. Cette image ne le quittera plus. C’est ainsi qu’Il créera des années plus tard deux fondations : Huerta niño d’abord, et plus tard Aguas.

Fondation Huerta niño

C’est, en effet, à 50 ans, laissant en partie de côté, une carrière réussie, que Felipe revient sur la constatation de ses années d’étudiant “qu’il n’est pas supportable de voir des enfants, vivant dans un verger, avoir faim”. En bon ingénieur qu’il est, il décortique les raisons de cette situation et diagnostique deux sortes de problèmes : culturels et éducatifs. La graine de la fondation huerta niño vient d’être plantée !

Pour Felipe Lobert, il faut créer, dans tous les endroits à populations vulnérables, des potagers : les légumes, les fruits sont la base d’une alimentation saine. Mais, bien sûr, il faut enseigner le savoir-faire et le suivi des pratiques de plantation. L’école est l’endroit idéal pour enseigner et diffuser auprès de la population les bonnes pratiques : c’est dans les zones rurales et les endroits à basse urbanisation, le lieu par excellence où se retrouvent les habitants ! Le directeur ou directrice de l’école sera le promoteur de la huerta à l’école d’abord et dans les familles ensuite.

En s’appuyant sur le programme national Pro-huerta, diffuse par l’INTA (l’Instituto Nacional de Tecnología Agropecuaria de Argentina), Huerta niño a vite pris racine et 25 ans après aligne des résultats éloquents en étroite corrélation avec les ODS** de l’ONU :  800 projets réalisés dans des écoles, 100000 enfants directement bénéficies et 500000 indirectement. A noter que bien que facilement réalisables à peu de frais, les potagers nécessitent une clôture qui, elle, coûte cher.

Aujourd’hui Huerta Niño a acquis une “vitesse de croisière”, l’époque du démarchage et des démonstrations est derrière, on recourt au savoir-faire et à l’enseignement de la fondation de tous les coins du pays, Huerta niño répond à la demande.

Fondation Aguas

C’est probablement ce qui explique que partiellement “allégé” d’un projet qui lui tenait particulièrement à cœur, Felipe s’est, depuis 2016, tourné vers un autre grand problème, plus complexe encore, la question de l’accès à l’eau pour la consommation humaine. La fondation Aguas est née pour chercher et trouver des solutions à la problématique de l’eau, avec un focus particulier sur les communautés rurales et les provinces du pays ou se présentent les grands problèmes de pénurie et de contamination de l’eau.

La fondation œuvre sur quatre axes bien différenciés, toujours en collaboration tant avec les référents locaux, qu’avec des représentants d’entreprises et l’appui d’une coopération internationale.

Les quatre axes sont

– éducation, en collaboration avec les écoles,

– la qualité de l’eau au travers d’analyses en laboratoires d’échantillons d’eau prélevés sur place,

– les infrastructures grâce à l’élaboration de solutions techniques adaptées à chaque communauté,

– enfin à la promotion du développement communautaire grâce à la diffusion de contenus, de savoirs et d’alliances pour la gestion locale de l’eau.

Les projets sont nombreux et s’insèrent dans chacun des axes énumérés ci-dessus, les plus notables sont : la construction de citernes pour la recollection d’eaux pluviales, l’installation dans les écoles de filtres pour la purification de l’eau, et un intéressant programme de “lavage des mains” destiné aux enfants des écoles à infrastructure déficiente. La fondation réalise un sérieux travail sur la problématique de l’eau sous la direction d’une chercheuse, Yenith Bonilla, ingénieure en environnement et mastère en gestion de l’eau, en étroite collaboration avec l’université Nacional de Jujuy, le département de recherche de l’ITBA (l’Instituto Tecnológico de Buenos Aires), et les universités de Lomas de Zamora et de la Matanza.

Un des problèmes qui préoccupe le plus notre interviewé est la présence d’arsenic dans les nappes d’eau souterraines. La contamination, principalement d’origine géologique, représente presque un 30% du total des eaux douces en territoire argentin. Felipe et son équipe se sont mobilisés pour inciter au développement d’un filtre spécifique à même d’éliminer ce dangereux agent contaminant de l’eau que consomment de nombreuses familles et communautés dans le pays.

Et Marcelo, l’ami de toute une vie ? Marcelo est installé à Mendoza depuis plus de 30 ans, mais il a répondu sans hésiter ”toujours prêt” et a rejoint son ami dans cette nouvelle grande saga philanthropique.

 

Marie-Francoise Mounier-Arana

 

*Voir l’article de Trait-d’Union “Au cœur du collège français de Buenos Aires” du 1/6/2022).

**ODS : Objectifs de développement durable (fin de la pauvreté, faim 0, santé, bien-être et éducation de qualité…) définis par l’ONU en 2015, a atteindre avant 2030.

 


 

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