Jean-Louis Vastey et la Révolution haïtienne
Dans le cadre des nombreux événements proposés pour célébrer la francophonie, le Centre des Études Francophones (C.E.F.) a accueilli en conférence, jeudi 26 mars, l’historien Juan Francisco Martinez Peria…
Dans le cadre des nombreux événements proposés pour célébrer la francophonie, le Centre des Études Francophones (C.E.F.) a accueilli en conférence, jeudi 26 mars, l’historien Juan Francisco Martinez Peria venu évoquer la figure du grand philosophe politique de la révolution haïtienne Jean-Louis Vastey (1781-1820).
Madame Olga Médor Ducasse, ambassadrice de la République d’Haïti en Argentine était présente et a remercié les organisateurs pour s’être penchés sur une figure emblématique de son pays.
A l’occasion de cette rencontre, l’enseignant-chercheur confie non sans regrets combien l’étude de la Révolution haïtienne et de son indépendance vis-à-vis de la France le 1er janvier 1804 demeure à ce point négligée. Il n’en reste que l’enjeu est pourtant de taille puisqu’il ne s’agit pas moins de la première révolution d’esclaves victorieuse de l’histoire fondée sur une vision totale et radicale des droits. À la circulation inégale des idées, la collection Batay Vétyé se propose d’étudier « les traces laissées par le colonialisme sur notre histoire culturelle et politique » est-il indiqué sur la page internet de la maison d’édition Detodoslosmares. L’objectif tient dans l’examen de la vie d’écrivains et de penseurs autrefois célèbres et présenter leur apport philosophique profond pour les besoins de la pensée humaine.
De cette façon, l’œuvre de Jean-Louis Vastey (1781-1820), théoricien de la Révolution haïtienne et de l’indépendance du pays a fait l’objet d’une publication récente. Au moyen de textes fondateurs (Le système colonial dévoilé, 1814 ou les Réflexions […] sur les noirs et les blancs, 1816) se dégagent les mécanismes d’une réflexion universelle sur l’égalité entre les Hommes. Si Jean-Louis Vastey explique que l’abolition de l’esclavage doit être désormais la source des démocraties modernes et des nations nouvelles, il constate que le lent et difficile développement économique de l’île tient pour l’essentiel dans les relations commerciales partagées avec d’anciennes puissances coloniales. Malgré l’importance de ses productions en sucre et en café, Haïti dépend pour la constitution de ses richesses d’un « extérieur » hostile aux formes de son indépendance. La constitution d’élites locales alignées sur les intérêts de l’ancienne métropole, la signature d’accords commerciaux inégaux et, peu après la disparition de l’auteur, la lourde indemnité imposée en 1825 à Haïti par Charles X (pas moins de 150 millions de francs-or) sont autant de causes qui récemment encore condamnaient le pays.
Selon Vastey, à la domination coloniale par l’usage des armes peut survivre une autre forme de contrôle, de violence et compromettre ainsi l’indépendance. Il faut attendre 1947 pour qu’Haïti solde son dernier paiement auprès des banques françaises ce à quoi s’est ajouté l’occupation militaire du territoire par les États-Unis d’Amérique de 1915 à 1934 et près de trois décennies de dictature (1957-1986) principalement incarnée par le régime duvaliériste.
Ces circonstances historiques ont plombé l’avenir d’un pays qui peine encore aujourd’hui à trouver une place digne sur l’échiquier des nations.
Aurélien Fressinet
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