“Les Quatre Cents Coups”, “Amélie Poulain”… Claire Maurier est décédée à l’âge de 97 ans
L’actrice s’est illustrée dans Les Quatre Cents Coups de Truffaut, La Cage aux folles de Molinaro et plus récemment dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jeunet. Elle s’est éteinte le dimanche 3 mai.
6 mai 2026 (Le Figaro) : Malgré les années, d’un naturel optimiste, Claire Maurier avait gardé un regard amusé sur la vie, le passage du temps ne l’inquiétait pas. Sa carrière, longue de plus de six décennies, aura été ponctuée de ruptures et de fulgurances, au cinéma, au théâtre ou à la télévision. Elle est décédée dimanche à 97 ans, a annoncé lundi son mari à l’AFP.
Née Odette-Michelle-Suzanne Agramon le 27 mars 1929 à Céret (Pyrénées-Orientales), d’une mère cannoise et d’un père catalan, directeur d’un cinéma sur la Croisette, la jeune fille aux faux airs de Léa Massari vit les premières heures des films parlants dans les pas de son géniteur qui ouvre des salles de spectacles en province. Elle a la révélation du théâtre lors d’une représentation de L’Arlésienne à Toulouse. Elle suit les cours de l’École de plein air d’Arcachon, monte Cendrillon avec ses partenaires, entre au Conservatoire de Bordeaux à 16 ans avec une scène de Ruy Blas. Elle remportera un premier prix de comédie et un second de tragédie, côtoie au théâtre Trianon de la ville Alice Cocea, Jacques Dumesnil et Alain Cuny.
À Paris, devenue l’élève de René Simon, Claire Maurier, qui rêve de se colleter au registre dramatique, commence par des comédies : Sans cérémonie, de Jacques Vilfrid et Jean Girault sous la direction de Pierre Mondy (1952), puis Lysistrata, de Maurice Donnay d’après Aristophane mise en scène par Raymond Hermantier (1954). Édouard Molinaro la dirigera à cinq reprises. La première fois pour le Dos au mur (1957), avec Jeanne Moreau, lui confiant un personnage de tenancière de bar. Claude Sautet est alors le premier assistant du réalisateur. Claire Maurier est enfin remarquée en 1959 en mère cruelle d’Antoine Doinel, Jean-Pierre Léaud dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, qui lui fera fouler le tapis rouge de la Croisette à 28 ans. Elle enchaîne avec Une gueule comme la mienne, de Frédéric Dard.
Gilles Grangier lui donnera un rôle à sa mesure dans La Cuisine au beurre : elle incarne la femme à la fois de Bourvil et de Fernandel, deux monstres sacrés de la comédie à la française. Le réalisateur avait remarqué qu’elle « prenait bien l’accent » du sud, il l’engagea donc pour son film. Femme de Bourvil, chef du restaurant, la Sole normande et ex de Fernandel, l’ancien propriétaire du lieu, l’actrice est « maltraitée » par ces deux vedettes qui peinent à trouver un terrain d’entente sur le plateau : « Ils étaient indirigeables », confiera-t-elle en 2016 lors d’une exposition à la Cinémathèque de Martigues sur ce film considéré comme le plus grand succès du cinéma français avant La Grande Vadrouille.
Claire Maurier racontait qu’elle gardait du tournage un « mélange de bonheur, tristesse et colère ». Par la suite, elle change de registre, endosse la robe de Ninon de Leclos dans Merveilleuse Angélique (1965) et est dans La Fiancée du pirate, de Nelly Kaplan (1969). En 1978, elle retrouve Édouard Molinaro pour l’inoubliable Cage aux folles où elle campe Simone Deblon, l’ancienne liaison de Renato (Hugo Tognazzi) dont elle a eu un fils.
C’est le début de la notoriété, mais également la traversée du désert. Claire Maurier est toutefois très présente à la télévision, se distinguant dans une vingtaine de fictions (Le Rabat-joie avec Claude Piéplu, 1978, Il n’y a plus de héros au numéro que vous demandez, 1980…) et séries télé. De la mythique Les 5 dernières minutes, de Claude Loursais, en passant par Vive la Vie, feuilleton de Joseph Drimal (1966) à Faites comme chez vous !, une production comique d’Arnaud Gidoin (M6, 2005) où elle interprète une commère à la langue bien pendue.
Elle ne quitte pas non plus la scène surtout dans des boulevards où elle fait plier le public en deux : Au théâtre ce soir, où elle donne la réplique à Darry Cowl et à Jean Lefèvre (Cash, cash, 1971… ), Michel Roux (L’Amant de Bornéo, 1981), Patrick Préjean (La Berlue, 1985), jusqu’à Toc toc de Laurent Baffie (2005-2008).
L’inoubliable patronne du bar d’Amélie Poulain
En 1980, retour à la gravité, son interprétation de Madeleine, « seule et libre » dans Un Mauvais fils de Sautet, cette fois-ci seul derrière la caméra. « Un maître », admirait-elle, avec Patrick Dewaere, le « mauvais » rejeton et Yves Robert, son père. « C’est une femme qui a 50 ans, toujours célibataire avec un homme dont la femme s’est suicidée. Sublime ! » Le rôle lui vaut d’être nommée aux Césars comme meilleure actrice dans un second rôle.
Claire Maurier continuera à s’illustrer au cinéma en mère râleuse de Jean-Pierre Bacri dans la pièce Un air de famille (1994), puis son adaptation à l’écran signée Cédric Klapisch (1996). Sa renommée s’accroît en 2001 quand elle interprète Madame Suzanne, la patronne du café des Deux moulins à Montmartre dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001). La comédienne enchaînera avec Les Ambitieux de Catherine Corsini (2006) ou La Vie d’artiste de Marc Fitoussi (2007). En 2010, elle était de nouveau une mère odieuse, celle de Gérard Depardieu dans La Tête en friche (Jean Becker). Elle reviendra au registre comique trois ans plus tard sur France 2, où elle joua, avec talent, la grand-mère haute en couleurs de La Famille Katz.
Nathalie Simon
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