Sous la griffe d’une parisienne

Alex Pandev est revenue et nous offre deux critiques savoureuses comme seule, elle, sait les écrire.

HOMMAGES … de Moria à Michael

Chers lecteurs, comme vous le savez déjà, il n’y a pas une semaine où je ne sors pas pour découvrir deux ou trois nouveaux spectacles dans ma Buenos Aires adorée.

Cependant par manque de temps ou d’envie, je reste parfois muette question critique.

Aujourd’hui, réjouissez-vous ce sera fromage et dessert !

En premier, j ‘ai été invitée au Palacio de la Libertad sala Ballena la magnifique, pour un show 100% argentin qu’il faut que je vous raconte…

J’ai assisté à quelque chose qui dépasse le simple spectacle :

Une cérémonie païenne, une messe baroque, un carnaval sous acide… dédié à une divinité nationale encore en activité : MORIA CASAN, The ONE.

Une icône vivante, une légende respirante : une institution qui parle, qui crie, rit, polémique et surtout – ne s ‘excuse jamais d‘exister…

Le spectacle ? Une grande farce volontairement déglinguée, où se croisent perruques hystériques, faux cils en crise existentielles, danseurs possédés et comédiens en roue libre. Tout est trop.

Trop maquillé, trop crié, trop joué.

On rit parfois malgré soi. On grimace aussi.

Mais j‘ai surtout observé, fascinée, ce mécanisme typiquement argentin :  c’est-à-dire transformer l’excès en identité nationale.

Un joyeux bordel parfaitement maîtrisé où le mauvais goût devient un art majeur et où l’exagération est élevée au rang de patrimoine culturel.

Hommage ? Parodie ? Crise collective ?

Probablement les trois à la fois. Le public exulte.

Et c’est là que réside le génie argentin : on ne célèbre pas ses icônes après leur disparition, non, on les célèbre tant qu’elles peuvent encore répondre en direct…

Car Moria Casan, n’est pas seulement une star : elle est devenue un phénomène sociologique. Ancienne Vedette, devenue performeuse d’elle-même, elle joue désormais un rôle unique au monde, LE SIEN.

Grande gueule, intelligence vive et acérée avec une capacité rare à transformer chaque apparition en événement.

Et la voilà sanctifiée par les instances culturelles.

Parce qu’en Argentine, on ne rigole pas avec ses reines.

Ce spectacle au fond n’est qu’un prétexte pour une idée beaucoup plus dérangeante : ici vieillir n’est pas une disgrâce mais une montée en puissance.

Et c’est peut-être ça le vrai choc culturel.

Ailleurs, on efface.

Ici, on amplifie.

Et dans cette amplification permanente entre kitch, génie et chaos, Buenos Aires réussit quelque chose de totalement indécent : rendre le temps …spectaculaire.

Mirtha Legrand tutoie le siècle en talk show TV, Susana Gimenez continue de flotter au-dessus du réel, Nacha Guevara remplit les salles …Toutes avec plus de 80 printemps au compteur.

Parce qu’ici on ne s’excuse pas de durer …  Non.

On en fait un spectacle qui n’est pas fait pour être parfait …juste pour être vivant. Débordant et généreux.

J‘adore.

MICHAEL JACKSON, LE FILM.

En second, j’ai enfin découvert le film que j‘attendais en trépignant d‘impatience, en mode super super fan :

MICHAEL !

Un film tellement sucré que j‘ai failli faire un coma glycémique, un diabète émotionnel à la minute 57 et le film dure 2 heures.

On me montre un enfant pur sous domination paternelle, un adulte sensible, un mec qui adore les animaux et qui arbore un sourire Colgate et niais pendant toute la pélocheand so what ?

Il est où le génie ?

Le type qui réinventait la pop à chaque respiration ?

Le maniaque du détail qui passait des nuits entières à traquer un son que personne encore ne connaissait ?

Le corps en mutation, la solitude, la pression, la folie ?

Je veux voir l’obsession,

Je veux voir la chute.

Je veux voir le moment précis où le génie devient une prison.

Michael Jackson devient du coup, un personnage secondaire de sa propre légende.

On simplifie, on lisse, on pasteurise.

Au lieu de nous montrer Michael saigner sur scène, on lui met un pansement Disney.

Peut-être parce que le vrai dérange …

Peut-être parce que ça fait peur quelqu’un qui va aussi loin dans sa tête…

Parce que moi, je suis venue pour être dérangée et pas pour voir une pub pour une assurance vie, même si le neveu Jaafar performe incroyablement bien.

Conclusion : on nous sert un joli conte avec une morale.

Mais moi les contes ça m’emmerde, même si je l’aime à mourir Myyyyykeullllllll !!

A bientôt !

@locuradealex

 

 

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