Envie ou jalousie, convaincre ou persuader… Ces nuances à maîtriser pour comprendre les subtilités du français
Dans son Dictionnaire, l’écrivain canadien Eli Burnstein et l’illustratrice Liana Finck démêlent avec humour les nuances de notre langue.
9 juillet 2026 (Le Figaro) : Ironie ou sarcasme ? Grande Bretagne ou Royaume-Uni ? Aussi cultivé soit-on, tout le monde a déjà utilisé un moteur de recherche pour connaître les nuances des mots de notre belle langue. Le Dictionnaire des subtilités (Denoël), signé par l’écrivain canadien Eli Burnstein et illustré par la dessinatrice du New Yorker Liana Finck, promet de démêler ces paires de mots que l’on confond régulièrement, sans pour autant blâmer les mésusages.
Préfacé par David Castello-Lopes, cet ouvrage s’attaque avec humour aux nuances de la langue française, que l’on comprend facilement à travers des dessins élémentaires. Tour d’horizon de quelques distinctions piochées dans ses pages.
Convaincre ou persuader ?
La différence entre les deux verbes serait due à leur finalité. On convainc quelqu’un de croire en quelque chose, tandis que l’on persuade quelqu’un de faire quelque chose. «Zoé a convaincu Léo que Dieu existe », puis «elle l’a persuadé d’aller à l’église». L’autre distinction serait d’ordre grammatical : la logique voudrait que «convaincre de» soit suivi d’un nom, «persuader de» d’un verbe. Enfin, l’auteur note que l’on convainc à l’aide d’arguments plutôt intellectuels, alors que l’on persuade grâce au registre émotionnel. Mais dans l’usage courant, la différence entre les deux termes s’est largement estompée.
Envie ou jalousie ?
Selon Eli Burnstein, l’envie concerne ce que les autres possèdent ou les qualités qu’ils ont, tandis que la jalousie est la peur de perdre quelque chose qu’on a déjà, ou de voir quelqu’un d’autre en profiter. Il note que cette possessivité peut être très forte et donne comme exemple le Dieu de l’Exode qui veut «accaparer toute l’adoration». «Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne les serviras pas ; car moi, l’Éternel… je suis un dieu jaloux», peut-on y lire. Dans l’usage courant, et ce depuis «des siècles», nous avons là encore tendance à mélanger ces deux termes, rendant ainsi leur distinction floue.
Supposer ou présumer ?
«Je suppose que tu sais où tu vas» ou «je présume que tu sais où tu vas» ? Si la différence est mince, elle existe pourtant. Supposer revient à émettre une hypothèse, sans preuve. Présumer, c’est avoir un jugement plus affirmé, presque avec autorité. Par exemple, la phrase, «votre fille, je présume ?» induit une certaine certitude, tout comme la mention «présumé mort», qui signifie que l’on pense que quelqu’un est décédé, sans être sûr à cent pour cent.
Ironie ou sarcasme ?
Ces deux figures de style consistent à affirmer le contraire de ce qu’on pense, mais le ton est différent. L’ironie peut être gentille, comme lorsqu’un marathonien fatigué lance un «trop facile !» essoufflé. Le sarcasme, lui, cherche à blesser. Par exemple, dire «Bravo Einstein !» à quelqu’un s’étant trompé.
Grande-Bretagne ou Royaume-Uni ?
Si les précédentes confusions étaient pardonnables, celle-ci peut facilement être évitée. La Grande-Bretagne est une île qui comprend l’Angleterre, l’Écosse et le pays de Galles. Le Royaume-Uni est quant à lui le nom politique de l’État qui regroupe ces trois nations avec l’Irlande du Nord, ainsi que d’autres territoires. Tout simplement.
Éthique ou moralité ?
Ici, s’opposent une vision de groupe et une vision personnelle. L’éthique «fait référence aux principes explicites du Bien et du Mal», alors que la moralité est un sentiment personnel du bien ou du mal. Le premier est jugé plus rationnel, défini par la communauté, tandis que le second est émotionnel, dicté par sa conscience ou par Dieu. Selon H. W. Fowler, cité dans le livre, «l’éthique est la science de la morale, et la morale est la pratique de l’éthique».
Dédale ou labyrinthe ?
Un dédale est un jeu comportant de nombreux chemins, conçu pour stimuler et amuser en nous mettant au défi de trouver la sortie. À l’inverse, un labyrinthe n’a qu’un seul chemin sinueux et simple qui nous attire vers son centre. Selon l’auteur, ce dernier est utilisé lors de rituels, ou dans un but thérapeutique destiné à apaiser l’esprit. Il souligne également que le célèbre labyrinthe de Crète, abritant le Minotaure, serait en vérité… un dédale, puisque Thésée a eu besoin du fil d’Ariane pour réussir à en sortir. Par ailleurs, Dédale est le nom de son concepteur dans la mythologie grecque, père d’Icare. Pas si labyrinthique la langue française !
Romain Ferrier
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