L´élection présidentielle Argentine vue par des étudiants français

GeromeIls ont choisi le pays du tango et de Maradona pour faire une année d’études à l’étranger. Arrivés au moment où la campagne présidentielle démarrait, ils l’ont suivie avec intérêt. 

« Manque d´intérêt ». Voilà comment ces étudiants français définissent l’ambiance qui régnait dans le pays une semaine avant le premier tour des élections présidentielles. Ils ont trouvé qu’il n’y avait pas de grandes espérances dans la politique, et parlent même de dépolitisation.

Aurore Tamarelle, originaire de Rouen, fait ses études à l’Université de Buenos Aires (UBA). Tout en découvrant la ville, elle a constaté, étonnée, l’indifférence des Argentins vis-à-vis des élections présidentielles. « En France on en parlait beaucoup, la campagne semblait omniprésente. Mais ici il n’y a pas une vraie ambiance électorale ». Elle tente de s’expliquer. « On avait l’impression que la candidate du gouvernement, Cristina Fernández de Kirchner, qui est aussi la Première Dame, allait emporter les élections grâce à l’absence d’un candidat qui fasse le poids ». Ce qui limitait l’intérêt de la campagne.

Gérôme Saint-Germain, lui, vient du Touquet, et fait un semestre Erasmus à l’Université du Salvador (USAL). Il constate que dans la campagne on s’intéressait beaucoup plus à l’image des candidats, qu’à leur programme. « Tout le monde savait que Cristina Fernández de Kirchner avait eu recours à la chirurgie esthétique, mais personne ne connaissait son programme politique ! ». Et il regrette aussi que « même à la fac, on parlait très peu de la campagne ; c’était souvent moi qui posais la question aux étudiants argentins ».

Romain Denoyer, lui aussi originaire de Rouen, étudie à l’Université de Morón. Enchanté par la gastronomie locale, notamment la viande grillée, il a été déçu du manque d’ambiance électorale.

« Les Argentins ont une vision très négative de la politique »

explique-t-il. « Pour eux, la politique, qui engloutit les richesses, est une entrave au développement du pays ». Et Romain insiste en disant qu’ils attendaient un candidat honnête, rien de plus, plutôt qu’un candidat avec des solutions ».

Nicolas Baisez, normand, fait son année Erasmus à l’Université du Salvador (USAL). Il profite de son séjour pour apprendre à l’accordéon les mélodies du tango et du « regeton ». Il a suivi la campagne de près et a été étonné de trouver deux femmes en tête des sondages (Cristina Fernández de Kirchner et Elisa Carrió), constatant à juste titre qu’« une très forte proportion d’Argentins étaient prêts à voter pour une femme ». Et de comparer avec l’Hexagone. « En France on critiquait assez fortement Ségolène Royale à cause de sa condition de femme ».

Marion Mondain, lilloise, est étudiante Erasmus à l’Université Torcuato Di Tella. De son côté, elle a relevé ce qu’elle considère un paradoxe. « L’Argentine est un pays démocratique, où il y a des élections » Cependant « le pouvoir en place agit de manière non démocratique: la corruption sévit au sein du gouvernement, et tout le monde sait que les élections seront gagnées grâce à des pratiques clientélistes… ».

Raphaël Ciaïs, parisien, a lui aussi choisi l’Université du Salvador pour faire son année Erasmus. Au-delà des élections, il remarque que l’Argentine est un pays qui emprunte beaucoup à l’Europe culturellement. « Quand on interroge les gens sur les problèmes du pays, on évoque la « désorganisation », et celle-ci est un souci typiquement européen ». Cependant, à son avis « il n’y a pas encore un vrai projet commun à long terme, seulement des aspirations individuelles ». Et il enfonce le clou « Bien sûr qu’il y a des manif, mais ce sont pour des revendications ponctuelles, loin de perspectives collectives »

Martín Fossati

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