L’autre facette de Boca Juniors

Un des clubs les plus soutenus. Selon une étude récente, 40% des Argentins seraient hinchas du club xeneize, qui compte plus de 100 000 socios, un record. Xeneize, comme « Gênois » dans le dialecte de la ville côtière du nord-ouest de l’Italie, le Club Atlético Boca Juniors ayant été fondé en 1905 par cinq immigrants italiens. Plus d’un siècle plus tard, il possède le plus beau palmarès du pays avec 24 titres de champion national et 18 titres internationaux. Des chiffres qui feraient rêver n´importe quel club français et qui ont étendu la popularité de Boca Juniors bien au-delà du quartier.

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Alphabétisation, soutien scolaire, danse, chant ou parties d’échecs

Et pourtant, malgré son énorme succès, national et international, Boca ne s’est jamais complètement déconnecté de son quartier et de ses habitants. D’abord car son stade, la mythique « Bombonera« , est situé en son cœur, à deux pas du Caminito, de ses danseurs de tango et de ses maisons colorées. Ensuite parce que le club entretient une relation directe avec les habitants de La Boca à travers son service culturel, beaucoup moins connu des fans, mais déjà en marche depuis de nombreuses années. En Argentine, la plupart des clubs ne se limitent pas au football, bien qu’il s’agisse de leur activité principale. Les grands clubs sont tous omnisports, possèdent une équipe de basket, de volley, une piscine, ou encore un centre social et donc un service culturel. Si le football et ses barrabravas sont assez régulièrement plongés dans la violence, l’autre facette du club, culturelle et sociale, lutte contre celle-ci. Contre la violence de la rue, contre la violence de la pauvreté. Ce que le supporter ne sait que trop rarement et que le téléspectateur ne voit pas en regardant son match de Boca, c’est qu’à l’intérieur même de la « Bombonera », huit salles de classe accueillent tous les jours de la semaine des centaines d’enfants, de parents et de grands-parents, pour des cours d’alphabétisation, de soutien scolaire, de tango, de guitare, de chant, d’échecs, de photo, de dessin, de langues étrangères, et d’autres activités éducatives et culturelles.

« C’est important pour Boca quand on pense aux caractéristiques du quartier. Le club appartient à un quartier pauvre, mais fonctionne bien. C’est donc logique de donner un coup de main, de rendre aux gens qui y habitent un peu de la passion et de l’investissement qu’ils donnent, au-delà de la dimension sportive. Ceux qui n’ont pas les moyens de se payer ce genre de cours y accèdent gratuitement au club »

explique Walter Farías*, vice-président du service culturel.

La menace de la crise européenne

Les 17 professeurs qui se rendent du lundi au vendredi à la « Bombonera » permettent à environ 1000 personnes par an de suivre une ou plusieurs de toutes les activités proposées. Tous sont du quartier, et tous sont supporters du CABJ. Le club accorde à sa dimension culturelle un budget important, mais qui risque d’être le premier visé par la délicate situation économique actuelle, comme le reconnait Walter.

« C’est une époque difficile, parce que le club ne vend plus de joueurs à 20/25 millions d’euros comme il le faisait récemment. Les transferts vers l’Europe ont toujours été l’une des principales rentrées d’argent à Boca. Mais avec la crise, les clubs européens ne dépensent plus aussi facilement »

Si l’effort du club reste louable, difficile d’en dire autant des joueurs, très peu investis dans la partie sociale et culturelle de Boca. « Il leur arrive d’aller prendre une photo avec un gamin malade à l’hôpital, mais c’est tout. Parfois, on fait appel à eux, mais c’est compliqué. Ils sont généralement assez peu disponibles« . Entré bénévolement au club en 1998 par simple passion pour celui-ci, Walter fait défiler avec fierté les photos des différents événements organisés au stade par son service. Une exposition de photos, une rencontre avec les représentants de différentes universités de la ville pour aider les jeunes du quartier à s’orienter, ou encore une peña folklore peuplée de petits vieux, dansant et s’amusant toute la soirée. Contrairement à ce que pense la grande majorité des supporters, la « Bombonera » ne se contente pas de vivre les soirs de matchs. Tous les jours, Boca Juniors donne le sourire à quelques-uns des habitants du quartier. Et sans avoir besoin de remporter un match.

Léo Ruiz

*Walter Farías est directeur de l’Alliance Française de Palermo

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