Le populisme en Europe

Le jeudi 9 août, à l’Alliance française de Buenos Aires, le professeur Alexandre Dézé *, docteur en sociologie politique, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et spécialiste de l’extrême droite en France, a donné une conférence sur le thème du populisme en Europe.

A gauche, Alexandre Dézé

Cette rencontre était conjointement organisée par le Centro franco-argentino (CFA), l’Institut français et l’Alliance française, avec la présence de Humberto Cucchetti, du Conicet et Guillaume Boccara, directeur du CFA.

Il suffit de lire régulièrement les médias pour savoir que le monde en général et l’Europe en particulier connaissent actuellement une forte poussée de mouvements politiques dits « populistes » qui se caractérisent par un très net repli sur soi, rappelant des époques dramatiques de notre histoire que l’on croyait révolues.

Or, c’est à ce mot, « populisme », que s’arrête Alexandre Dézé. Il note que l’utilisation de ce terme est littéralement galvaudée sans que l’on n’en connaisse vraiment sa véritable signification. Du coup, selon notre chercheur, l’abus de son usage va aboutir à occulter des programmes politiques autrement plus inquiétants.

Les chercheurs ne sont pas d’accord sur le sens du mot « populisme ». Alexandre Dézé a relevé qu’il pouvait désigner jusqu’à soixante « étiquettes » susceptibles de le définir. Si bien que ce terme, utilisé à tort et à travers, s’est banalisé et qu’à force de tout signifier, il ne signifie donc plus rien. D’où le danger. Il s’est donc attaché à retrouver les plus petits dénominateurs communs pouvant définir cette notion permettant une plus facile reconnaissance des mouvements populistes.

Les voici :

  • Le populisme est incarné par l’existence d’un leader (ou d’un groupe) charismatique, d’un guide en quelque sorte.
  • Il est anti-élitiste.
  • Il exalte le bon sens du peuple lequel est en « connexion » avec son leader.

Or, Alexandre Dézé démontre que les idées fondamentales de ces partis se proclamant populistes ne s’arrêtent pas aux préceptes de base et qu’elles vont beaucoup plus loin : rejet de l’autre, xénophobie, racisme pour ne citer que les plus importantes. Nous touchons ici à des thèses d’extrême droite qui dépassent de loin le populisme stricto sensu. En se disant populistes, ces partis se « dédiabolisent » en quelque sorte, se normalisent et peuvent, sous cette couverture, faire avancer plus efficacement leurs idées. Et cela marche car la dynamique est de plus en plus de leur côté : les partis traditionnels de droite, pour éviter de voir leur électorat siphonné, ont une nette tendance à durcir leurs discours et emprunter ces idées dans leurs programmes politiques. Et même, de nombreux pays au sein de l’Union européenne ont assisté à leur entrée dans les assemblées parlementaires voire même accéder aux commandes de gouvernements. De fait, lorsqu’on lit les tous derniers rebondissements sur la crise des migrants en Europe, on voit bien que maintenant, ce sont eux qui donnent le « la » et non l’inverse.

Alexandre Dézé démontre également que cette poussée est l’affirmation d’un manque de courage de la politique de l’Union Européenne qui n’a su ou n’a pu garder les principes démocratiques sur laquelle elle a fondé son existence, ce depuis déjà de nombreuses années.

Dangereuses dérives sur lesquelles il nous alerte.

Jérôme Guillot

 

*Alexandre Dézé est également politologue et historien, il enseigne à l’université de Montpellier., en particulier, et du populisme en Europe en général, il est auteur et éditeur de : « Introduction aux partis politiques (con F. Haegel) »;  « Comprendre le Front national » et « Les faux-semblants du Front national », « Sociologie d’un parti politique (con S. Crépon & N.  Mayer) ».