Minino Garay, DJ des cultures

La semaine dernière, le Trait-d’Union interviewait le chanteur Jairo. Cette semaine, c’est le percussionniste argentin Minino Garay qui nous reçoit chez lui. Retour sur sa carrière et ses projets dans un entretien musical au rythme des cultures *

Minino 2  Trait d’Union : Mais où habitez-vous exactement ?

Minino Garay : Assez de temps en France pour y payer des impôts (rires), environ 7-8 mois. Comme je fais entre 120 et 140 concerts à l’année, je bouge énormément. En Argentine je suis soit à Buenos Aires ou à Córdoba dans ma famille.

Tdu : Comment êtes vous parti en France ?

MG: Je suis parti en 1988 à 21 ans avec l’envie de découvrir de nouveaux artistes : Paris était – et reste – un centre culturel attractif. J’avais cette envie de découvrir de nouveaux sons, me mêler à d’autres artistes – et surtout d’apprendre.

Tdu : Vous aviez déjà commencé une carrière en Argentine, à Córdoba ?

MG : À l’âge de 14 ans je jouais dans les bals populaires, mais à cette époque ce n’était pas très bien vu, les gens appelaient ça la « música para negro ». Mais j’ai toujours eu un attachement particulier pour cette musique populaire.

Tdu : Mais vous ne vous considérez pas plutôt comme un musicien de jazz ?

MG : J’évolue beaucoup dans le milieu du jazz c’est vrai, mais j’aime changer de style aussi. Je vais par exemple bientôt jouer à Paris à la salle Pleyel avec le chanteur Benjamin Biolay. Il va interpréter l’album qu’il a fait ici, « Palermo Hollywood », sur la ville de Buenos Aires. Il m’a appelé pour faire la percussion. Ce sera donc plus de la variété et non pas du jazz. Il m’arrive assez souvent de jouer de la variété, mais seulement avec des artistes que j’aime. Je choisis. Je l’ai fait avec Christophe aussi à une époque.

Tdu : Vous tournez en France ?

MG : Partout. Le matin à Paris, le soir dans une autre ville. Beaucoup de voyages.

Tdu : Pouvez-vous nous parler de « Jazziro » ?

MG : « Jazziro » c’est justement un mélange entre le jazz et la variété. J’ai contacté Jairo pour lui proposer mon idée de « Jazziro », je voulais organiser une rencontre entre les grands classiques de la chanson française, de paroliers et une instrumentale plus jazz et improvisation. Jairo c’est le seul sud américain à avoir chanté avec les grands noms de la chanson française : Aznavour, Maxime Le Forestier, Gilbert Becaud, Moustaki. Qui mieux que lui pour chanter les classiques français ? J’ai également amené Baptiste Trotignon, un excellent pianiste de jazz avec qui je joue en duo.

Tdu : Vous emmènerez « Jazziro » en France ?

MG : En France pas encore mais ça va venir, bien sûr. Pour le moment on se concentre sur notre tournée en Argentine mais après nous envisageons une tournée mondiale.

Tdu : Vos autres projets en dehors du jazz ?

MG : J’ai aussi un autre ensemble, « Minino Garay y Los Tambores Del Sur », qui existe depuis 18 ans, dans lequel je mélange les rythmes d’ici (Amérique du Sud) « à la sauce Paname », les influences de Paris. C’est toujours très rythmé et très généreux. Je suis venu à Buenos Aires faire le dernier album, « Asado », en y intégrant la musique populaire de Córdoba, le « Cuarteto ». C’est une musique très particulière qui est née à Córdoba dans les années 1960. Avant ça, les Italiens jouaient la tarentelle, les Espagnols le paso doble et chacun restait dans son coin. Mais un jour tout s’est mélangé et c’est ainsi qu’est né le « Cuarteto ». Dans les années 1980- 1990 le « Cuarteto » rencontre le « merengue » aux Caraïbes et continue d’évoluer dans ses inspirations.

Tdu : Quelle inspiration recherchez-vous dans vos rythmes ?

MG : Je suis toujours à la recherche de nouveauté. L’unique tambour que je me suis approprié totalement pour essayer de revendiquer quelque chose de nouveau, c’est le tambour africain. Seulement, je me suis vite rendu compte qu’il est impossible de dire à des africains « je vais vous montrer ce qu’on fait avec mon groupe, notre rythme à nous » parce que eux me répondent « Non, ce son, ce rythme, cette musique, elle vient d’ici, de tel artiste, de telle communauté, je connais ». Tout l’art de la percussion vient de là, il est né en Afrique. C’est 2000 ans d’histoire, on ne peut pas rivaliser. La première fois que je suis allé en Afrique, je me suis senti tout petit. C’était terrible pour moi de me confronter à un tel niveau de percussions. Néanmoins, quand je vais là-bas, j’apprends avec eux, c’est très enrichissant.Minino 3

Tdu : Et les percussions brésiliennes ?

MG : Le Brésil j’y suis allé quelques fois, avec une formation que j’ai créée à Paris il y a deux ans, « Frapadingos », dans le studio de l’Ermitage. J’ai réuni des percussionnistes latino, colombiens, brésiliens, etc. Je me considère comme un « DJ des cultures »: c’est comme mixer mais avec de vrais musiciens ! Chacun joue un instrument, une musique avec sa propre culture et moi, je mélange tout ça. Ils se parlent entre eux, entre cultures et ce sont ces inspirations que je dirige. On peut crier, parler, danser. Pour l’instant, ce n’est que de l’improvisation complète, mais d’ici un an je vais concrétiser un truc avec des chansons basées sur la percussion. Un peu comme ils peuvent faire ici à Buenos Aires à la « Bomba del Tiempo », le phénomène. Nous à Paris, au studio de l’Ermitage, ce sont 400 personnes une fois par mois. Eux (La bomba del tiempo), ce sont 2000 personnes chaque lundi soir. Avec « Frapadingos », on a fait des tournées, notamment au Brésil. C’était valorisant, car le Brésil est un vrai mastodonte en matière de percussions. C’est une reconnaissance importante.

Tdu : Et vous chantez ?

MG : J’utilise la voix, avec le chanté-parlé, le « speaking tango » comme j’aime dire. J’utilise la voix comme un instrument mais je ne suis pas chanteur. Dans « Minino Garay y Los Tambores del Sur » il y a pas mal de chansons que ma mère a écrites. Ma mère est une compositrice, auteur-compositrice. Elle était prof. de littérature à l’université mais avec la dictature elle a perdu son job. Alors elle a commencé à écrire des textes pour mon oncle qui était producteur. Elle continue toujours à créer, je sais que je suis l’artiste qu’elle n’a pas pu être, elle m’a tout donné pour que je le devienne. On a une relation très spéciale. Beaucoup de fois j’ai voulu lâcher la musique mais elle m’a toujours poussé pour que je continue. J’avais un professeur particulier, j’allais au conservatoire, je jouais dans les bals populaires les soirs, etc… Elle a toujours été derrière moi.

MininoTdu : Dernière question, d’où vient le nom de Minino ?

MG : C’est un surnom.

Tdu : Oui, mais quel est votre vrai nom ?

MG : Minino !…… Gabriel.

 

 

 

 

« Memoria Collectiva » par Minino Garay et ses musiciens.

Propos en français recueillis par Paul Hoffmann et Marie-Françoise Mounier-Arana.

* Minino Garay et Jairo jouent ensemble dans leur dernier spectacle Jazziro, en tournée actuellement en Argentine. Ils seront le 6 mai à Buenos Aires.

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