L´autre Argentine

Magali Sanfilippo ne prétend pas avoir toujours eu une vocation pour l’humanitaire. Son parcours est même assez atypique.

 

IMG_1781D’abord élève à la faculté de médecine, elle s’est par la suite dirigée vers le commerce international, puis vers la licence professionnelle « Conduite de projets internationaux et de co-développement » à Besançon. Il s’agit d’une licence orientée vers le commerce équitable et la collaboration avec les ONGs. Six mois de cours suivis d’un stage de quatre mois à l’étranger. Le projet initial de Magali était de développer un réseau de commerce équitable de vins argentins avant de faire la rencontre décisive qui lui fera réaliser la nature des priorités en Argentine.

Alain Lenud et Rosa Gutierrez Silva, présidents de l’association française La Croix du Sud ont pu lui expliquer au cours de leur première entrevue en quoi consiste leur mission. Il s’agit d’un organisme à but non lucratif chargé de venir en aide aux indigènes via des projets de développement : construction d’habitats, d’ateliers, de centres communautaires et formation. Pour pouvoir financer ces projets, La Croix du Sud utilise les fonds de Chakana, un petit réseau de vente de produits locaux (maté, stévia et artisanat). Magali a donc été missionnée par l’association afin de collaborer avec les responsables communautaires indigènes à l’amélioration des conditions de vie et de travail de leurs communautés.

Arrivée en Argentine fin avril et prise de contact immédiat avec les indigènes de Rosario pendant 6 semaines. C´est une mise en condition brutale qui s’opère pour Magali. Elle a sous les yeux une misère non dissimulée, qu’elle vit elle-même avec les familles indigènes. Au cours de ces semaines elle a pu mener divers projets : le principal était de lancer la construction de sanitaires, doublé de cours de formation de BTP financés par le Ministère du travail, et d’en établir le budget prévisionnel. En effet, Magali a pu réaliser rapidement que l’urgence n´est pas seulement d’aider les populations, mais surtout de leur donner des clés pour s’en sortir. Magali a, dans ce sens, dispensé des cours de bureautique informatique basique, ainsi que des cours de langue.

Puis c’est à Las Lomitas (province de Formosa) que la jeune femme a posé son sac de voyage. Accompagnée du Dr Lucía Dri, directrice de l’hôpital local et amie d´Alain Lenud et Rosa Gutierrez Silva, elle est allée visiter 3 familles wichis. Quelques années auparavant, les scouts avaient soutenu un projet de construction de maison anti-vinchuca, une punaise qui sévit dans ces régions et transmet la maladie de Chagas. Les objectifs de ces 5 jours à Las Lomitas étaient d´établir un bilan auprès de ses familles et de travailler sur la prévention sanitaire.

Les 2 semaines suivantes se sont déroulées à Ruiz de Montoya (province de Misiones) au sein de la communauté guarani. Le rôle de La Croix du Sud à Misiones est de faciliter l´accès au travail. Un travail précaire et saisonnier car l’activité principale est la culture du maté -« sur les 320 000 tonnes produites en Argentine, 260 000 tonnes sont produites à Misiones » explique-t-elle- et aucun indigène ne possède ses propres terres.

Les dernières semaines de Magali l’ont menée à Salta, à Santa Victoria del Este plus précisément. Aidée d’autres membres de l’association sur place, elle a effectué un recensement des besoins des familles et monté des projets et leur budget prévisionnel, tels que la construction d’un atelier pour y donner des cours et d’une annexe scolaire pour les enfants des communautés voisines.

Son aventure s’est terminée à Buenos Aires, elle repartait pour la France quelques jours après que je l’aie rencontrée. « Ce qu´il y a de plus incroyable c´est que ces gens-là n´ont rien et vous donnent tout » dit-elle. Mais malgré sa discrétion, on sent l’émotion poindre dans ces mots, et on la devine grandie, marquée à vie par une telle expérience.

Arielle Allouche

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