« Como si fuera el fin del mundo »,comédie dramatique

Loïc Lombard a reçu le Trait d’Union pour parler de sa nouvelle pièce, « Como si fuera el fin del mundo » qu’il présente à «El Excéntrico de la 18».

Auteur prolifique, Loïc nous parle de sa nouvelle œuvre bien sûr, mais aussi de sa façon d’écrire et de la conception qu’il a du théâtre. Un théâtre qui colle de près aux chamboulements actuels de notre société.

Quel est le sujet de votre nouvelle pièce ?

Cette histoire se déroule dans un atelier de couture où travaillent des hommes en charge de réparer et recoudre les uniformes des femmes-soldats parties à la guerre. Elle narre la relation entre des personnages durant deux moments forts eux-mêmes séparés par un laps de temps de trois semaines. Cela fait déjà cinq ans que ce projet se baladait dans ma tête sans que j’en voie les tenants et les aboutissants et puis, il y a deux ans, je me suis assis devant une feuille et j’ai commencé à écrire. J’étais prêt.

L’écriture de la pièce, justement, comment se déroule-t-elle ?

Comme je l’ai fait pour mes précédentes pièces créées en Argentine, j’écris d’abord en français, ma langue maternelle. Mon espagnol est bien trop limité pour que je puisse y exprimer tout ce que je désire coucher sur le papier. Ensuite, je traduis, seul, puis j’adapte le texte de façon à ce qu’il parle au plus près au public argentin afin qu’il se sente impliqué. Je suis un conteur d’histoire. Il y a pour moi les scénaristes de situation qui se focalisent plutôt sur l’action et son déroulement alors que le conteur se concentre plus sur la parole. Et je porte une attention particulière au parler pris dans un concept large c’est-à-dire celui de la musicalité des mots, de l’approche sémantique. C’est pour cela que j’écris d’abord dans ma langue maternelle. Je passe beaucoup de temps à penser mes personnages car ce sont eux qui me permettent d’étoffer l’univers de la pièce. Personnellement, je m’intéresse plus aux rapports interhumains dans une société qu’aux rouages qui la font fonctionner. Et cela dans un cadre universel. Je parle de l’essence de l’être humain, de relations qui pourraient être valables aussi bien en Chine, qu’en Afrique ou ailleurs. Quant à l’idée de départ, je voulais inverser le paradigme entre l’homme et la femme.

Inverser le… ?

Oui. Originellement, c’est une pièce écrite avec des personnages féminins. A priori, on a plutôt tendance à penser que ce sont des femmes qui travaillent dans un atelier de couture, non ? Comme je suis un homme, je pense naturellement comme tel, toutefois lors du processus d’écriture je voulais m’assurer que mes personnages collent au plus près d’une sensibilité propre aux femmes. A mon sens, cette méthode m’a permis de plonger plus aisément dans l’univers que je me proposais d’explorer sans pervertir mon inconscient. Ensuite, il ne me restait plus qu’à inverser les rôles. C’est pour cela que j’ai choisi ce biais-là : pour être plus proche d’une réalité et d’un univers habituellement féminin bien qu’ici occupé par des hommes. Malgré tout, cela soulève inévitablement la légitimité de l’homme à prêter la parole aux femmes et vice-versa.

Mais d’où vient cette idée d’inverser les rôles justement ?

Je me suis toujours interrogé sur la place des femmes et des hommes dans le monde dans lequel nous vivons. En fait, et cela me surprend énormément, ce projet, qui me tient à cœur depuis si longtemps, est maintenant d’une actualité brûlante. Nous vivons clairement dans une société où les rôles sociaux assignés depuis la nuit des temps à l’homme et à la femme sont remis en question. D’autant que la sexualité a tendance à se distancier chaque fois plus du genre. Il y a des hétérosexuels, des homosexuels, des bisexuels, des transgenres mais ils restent, (où deviennent, pour les transgenres) malgré tout des hommes et des femmes. Par exemple, et il n’y a encore pas très longtemps, un homosexuel ne pouvait pas devenir militaire parce qu’il n’était pas un « vrai » homme. De nos jours, ce n’est plus le cas. De plus, dorénavant, on perçoit beaucoup plus difficilement la frontière entre les deux sexes. Les lignes bougent et peut-être que, il y a quatre ans, mon inconscient sentait déjà les choses venir. Je ne sais pas.

Comment situer cette pièce dans votre parcours de créateur ?

Il s’agit de la quatrième pièce de mon autorité que je monte en Argentine. En regardant mon parcours, j’ai l’impression d’avoir élargi mon univers. D’ailleurs dans ma première pièce, il n’y avait que deux personnages, trois dans la seconde et la troisième racontait les retrouvailles d’une famille. Me voici maintenant à donner vie à huit personnages sur scène ! Ce groupe fonctionne comme une microsociété dans laquelle on retrouve tous les ingrédients de notre monde en grandeur nature.

Qu’est-ce qui vous pousse à l’écriture ?

En fait, je me considère un peu comme un brouilleur de pistes. Je suis convaincu que le monde n’est pas manichéen. En chacun de nous, il y a du bon, du mauvais. Et les apparences peuvent être trompeuses : l’image que donne un personnage en début de pièce ne sera pas forcément la même à la fin. C’est pour montrer cela que j’écris, pour explorer et montrer la nature humaine dans toute sa complexité.

Fiche technique

Como si fuera el fin del mundo de Loïc Lombard

Mise en scène, direction artistique : Loïc Lombard

Avec Sergio Cardoso, Lucio Cerda, Daniela Domínguez, Carlos T.Gamundi, Ignacio Gasparini, Loïc Lombard, Aldo Pérez, Rubén Quintero

Assistante de direction : Marcela Sotelo

Asistante générale : Gabriela Lerz

Costumes : Valentina Chamblat

Illumination : Gonzalo Calcagno

Tous les vendredis à 22hs, al Excéntrico de la 18, Lerma 420, CABA.

 

Propos recueillis par J.Guillot

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