Tom Dard en quête de culture urbaine

Tom Dard, ex-membre du groupe de rock « Mano negra » est actuellement en Argentine pour filmer un documentaire sur la culture urbaine dans quelques villes de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay.

Revenons quelques années en arrière. C’était en 1992. Buenos Aires fêtait le quintuple centenaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Une date anniversaire plus vraiment tendance de nos jours, au vu de la lecture des conséquences historiques que cet exploit de navigation maritime portait dans ses voiles ; la commémoration du 12 octobre a d’ailleurs changé de nom depuis. Par ailleurs, on sait que les Vikings avaient « découvert » l’Amérique bien avant le Gênois. Néanmoins, ce jour-là, on avait fait les choses en grand. Un pan du mur de Berlin était exposé à « Puerto Madero », qui, à l’époque, n’était encore qu’une friche où s’érigeaient des silos et des docks délabrés, avant d’être victimes, d’un autre type de colonisation, purement financière, cette fois. Sur la « 9 de Julio », l’indéfinissable troupe nantaise « Royal de luxe », qui avait accosté à bord du « cargo 92 »[1], organisait son contre défilé du 14 juillet composé, les souvenirs sont parcellaires, d’énormes boules de feu, de soldats de Napoléon et de pilotes d’avion soufflés par de gigantesques ventilateurs. Du haut d’une tour géante qui progressait à pas d’hommes, on entendait des riffs puissants de guitare électrique martelés par une batterie lourde et assourdissante. Ce groupe de rock, c’était Mano Negra, celui de Manu Chao… et de Tom Dard.

Ce même Tom Dard, 27 ans plus tard, était assis vendredi dernier, en face de moi, à une terrasse d’un café de Belgrano. Pourquoi ce voyage ?

« Je suis venu réaliser un documentaire pour TV5, dont la sortie est prévue dans le courant de l’année prochaine, sur quelques artistes argentins, paraguayens et uruguayens. Des créateurs en milieu urbain, issus de plusieurs générations, qui diffèrent par leur style, leur mode d’expression, leur message. Ce sera un regard porté sur la société actuelle, décrite à travers la musique et l’art graphique de la rue ; une vue multiple en quelque sorte ».

Le cadre est mis. Il est vrai que l’Argentine en général, et Buenos Aires en particulier, sont foisonnants de culture. « Il y a une culture vivante ici », dit-il. Ce qui intéresse surtout Tom, en dehors des sentiers battus et fidèle en cela à son parcours d’artiste, c’est la culture de la rue, plus souterraine, moins médiatisée que les clichés que tout « touriste lambda » connaît de ce pays quand il débarque près du Rio de La Plata. Accompagné de Sylvain Chantal[3], un nantais auteur de romans et de pièces de théâtre et partie prenante de ce projet, Tom ira fouiner ailleurs. Il observera les innombrables graffitis qui inondent les murs de la ville et s’installera dans les petites salles de concert qui s’animent à l’heure où Cendrillon a déjà perdu le ticket de retour de son beau carrosse.

Mais le but n’est pas seulement la capitale portègne. Le duo se rendra dans des endroits à priori moins classiques (Rosario, Mendoza, Córdoba, Montevideo), voire carrément surprenants (Asunción, Resistencia), pour aller à la rencontre des gens et de ce qui se joue et se dit actuellement dans la planète rock et électro latinoaméricaine du sud. Des lieux sortant des sentiers battus, des viviers culturels méconnus mais qui ont, on s’en doute, des choses à dire et à montrer.

Des concerts y sont prévus[2] et quelques contacts avisés assureront le relais le long de ce périple. Parmi eux, il y aura le musicien paraguayen Rolando Chaparro, le DJ électro-cumbia King Coya, Sergio Rotman, saxophoniste des « Fabulosos Cadillacs », le chanteur et percussionniste Pablo Molina, ainsi que Pablo Dacal, auteur, compositeur, musicien et interprète avec qui Tom Dard se présentera les 7 et 8 novembre à Rosario puis à Córdoba.

Côté tournage, les deux artistes seront suivis en Uruguay par Edgardo Roiz, tandis que Natalia Eva de Parseval gèrera le séjour à Buenos Aires, Tigre, Rosario et Córdoba. Toute une équipe sur le pied de guerre, donc, dans ce projet éclair, fait d’étapes denses, intenses et courtes, aux heures de sommeil probablement réduites au strict minimum, et qui correspond parfaitement au caractère du musicien.

Tom Dard et Sylvain Chantal seront dans nos contrées jusqu’au 14 novembre. Nous ne doutons pas du succès de leur quête et prenons rendez-vous pour voir leur documentaire l’année prochaine.

Jérôme.Guillot

1 Pour en savoir plus sur « Cargo 92 » et la parade de Royal de luxe, cliquez http://www.prendreparti.com/1992/03/06/la-tournee-cargo-92/

2 Après Asunción, Resistencia et Montevideo, Tom se produira le 7 à Rosario, le 8 à Córdoba, le 11 à Tigre et les 9 et 13 à Buenos Aires.

3 Il est possible de suivre la tournée de Tom et Sylvain : https://www.facebook.com/SylvainChantal1974

Photo : De gauche à droite, Sylvain Chantal, Natalia Eva de Parseval et Tom Dard

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