« Les Européennes », c’est quoi ?

Il va bientôt falloir aller voter pour choisir son député au parlement européen ! Mais que retenir de la campagne des Européennes jusqu’ici ?

Les Européennes, c’est une campagne politique un peu particulière puisqu’elle est la seule au monde à se dérouler au même moment dans plusieurs pays à la fois dans le but d’élire un Parlement supranational, le Parlement européen.

Seule institution de l’Union européenne élue directement par les citoyens, le Parlement européen est composé de 720 députés. Il exerce trois pouvoirs fondamentaux : législatif, budgétaire et contrôle politique.

La France dispose de 81 sièges sur les 720, ce qui en fait le premier pays d’Europe après l’Allemagne à disposer le plus de représentants dans l’hémicycle strasbourgeois. Le scrutin se fait au suffrage universel direct et selon les règles de la proportionnelle plurinominale, c’est-à- dire que chaque liste obtient un nombre de députés proportionnel au nombre de voix recueillies dès lors qu’elle dispose de plus de 5% des suffrages.

La France, un pays fondateur de plus en plus sceptique sur les apports de l’Europe

Les Français font preuve de plus en plus d’un certain désintérêt vis-à-vis de l’Union Européenne ; c’est ce qui ressort de l’enquête Eurobaromètre, commandée par le Parlement européen. Publiée le mercredi 17 avril et menée dans les 27 pays membres, elle révèle que, dans 26 d’entre eux, la majorité des personnes interrogées se disent optimistes sur l’avenir du bloc…sauf dans un : la France. Les citoyens français sont en effet les seuls où les optimistes sont minoritaires (42%), les pessimistes, eux sont 52%. Conséquence naturelle de ce scepticisme à la française, 53 % des Français reconnaissent ne pas s’intéresser aux prochaines élections, 13 points au-dessus de la moyenne européenne. Une majorité (63%) avoue tout de même qu’elle se rendra aux urnes en juin prochain notamment en raison du contexte géopolitique instable avec la Russie de Vladimir Poutine.

Qui sont les candidats et que disent les sondages !

À presque un mois du scrutin, l’échappée de Jordan Bardella se confirme. Très largement en tête des intentions de vote, le président du RN caracole à 32 % (+2 points) dans le dernier relevé du baromètre politique Odoxa.

Le chouchou de Marine Le Pen distance désormais de 16,5 points la liste de la majorité présidentielle, emmenée par Valérie Hayer. Avec 15,5 % d’intentions de vote, l’eurodéputée Renaissance prend du plomb dans l’aile puisqu’elle perd jusqu’à 3,5 points par rapport au baromètre de février. En embuscade, la liste Parti socialiste-Place Publique de Raphaël Glucksmann confirme la dynamique positive enclenchée depuis plusieurs semaines avec 12 % d’intentions de vote, soit un point de plus en un mois.

À la quatrième place dans les intentions de vote, la liste Les Républicains conduite par François-Xavier Bellamy stagne sous la barre des 10 %, avec 8 % d’intentions de vote. Il est au coude-à-coude avec la liste des écologistes emmenée par Marie Toussaint qui culmine à 7 %, soit presque moitié moins que le score enregistré par les verts en 2019 (13,5 %). Manon Aubry pour La France insoumise, peine également à dépasser les 7 %. Un score qui peut être amené à augmenter dans les semaines à venir. L’eurodéputée, qui a choisi d’axer sa campagne sur le conflit israélo-palestinien, pourrait bientôt en ressentir les effets. Un phénomène massif sur les réseaux sociaux n’est pas capté par les sondages, la montée du soutien à la cause palestinienne en relais avec les mouvements de jeunesse, notamment à Sciences Po.

En queue de peloton des principaux partis politiques pour ces élections européennes, Reconquête, dont la liste conduite par Marion Maréchal perd 1,5 point et tombe à 5,5 %, et le Parti communiste mené par Léon Deffontaines qui obtient 2,5 %, un score identique à celui réalisé en 2019 par le PCF.

Un premier débat pour éclaircir les positions de chacune des listes 

La première joute télévisée a eu lieu il y a à peine un mois et les écuries politiques rangées en ordre de bataille se sont rendues coup pour coup. Petit état des lieux des positionnements de chacun qui ont pu s’exprimer sur les grands sujets de la campagne.

– A la question faut-il plus ou moins d’Europe, les différentes listes prennent facilement position. Si Valérie Hayer exhorte qu’il faut une Europe forte, elle n’est pas la seule à le penser et notamment à gauche : Glucksmann et Marie Toussaint sont du même avis. Ils invitent tous les trois à mobiliser une Europe de la défense et à tendre vers une Europe fédérale. François Xavier Bellamy souhaite quant à lui « faire entendre la voix des français en Europe ». Tous les autres candidats portent un discours plus souverainiste et appellent à prendre si on le peut plus de distance avec les instances européennes.

– Au lendemain des mobilisations du monde rurale portées par la colère des agriculteurs en détresse, le débat autour de la PAC (Politique Agricole Commune) est brûlant. Si la candidate de la majorité présidentielle félicite l’accord, d’autres rejettent la faute sur le Pacte vert et les nouvelles mesures environnementales trop contraignantes pour les agriculteurs comme Bellamy ou Marion Maréchal Le Pen. De l’autre côté, les candidats de gauche de Glucksmann à Deffontaines exhortent à changer de modèle et ne pas revenir sur les accords écologiques, pour les candidats de la gauche radicale (Aubry et Deffontaines) la bataille est à mener contre les traités de libre-échange. Enfin, le rassemblement national se veut anti-PAC, un accord qui demande à la France beaucoup de contributions sans retour ni plus-value.

– Concernant les débats sur l’immigration, aucun candidat ne semble faire dans l’inattendu. Chacun tient son rang. Alors que la droite et les nationalistes se sont alignés sur la défense d’une immigration « contrôlée », Bellamy propose que les demandeurs d’asile n’aient pas à arriver sur le sol français pour déposer leur demande, mais que celle-ci soit traitée à l’étranger. Le RN propose « un double bouclier » un avec Frontex (aux frontières de l’Europe), l’autre aux frontières nationales. Autre mesure suggérée : une réforme de l’espace Schengen. Glucksmann critique de son côté la « panique identitaire » ambiante et a détaillé son projet : « Nos pays ont besoin d’immigration. Ne pas avoir des voies légales d’immigration, c’est condamner nos économies. ». Un positionnement derrière lequel se rangent les autres candidats de gauche.

– À l’heure du conflit entre l’Ukraine et les envahisseurs russes, les passes d’armes sont nombreuses. Si l’aide militaire à l’Ukraine n’est pas à débattre, son entrée dans l’UE fait plus de remous. Valérie Hayer, Glucksmann sont pour et sont même prêts à mettre un projet d’une armée européenne sur la table. Marie Toussaint le souhaite également sans pour autant se mouiller sur l’adhésion de l’Ukraine. Tous les autres s’indignent de ces propositions et ne souhaitent ni développer une puissance militaire européenne ni intégrer Kiev dans l’Europe.

– Enfin, concernant l’autosuffisance énergétique et la bifurcation écologique, tandis que le communiste Léon Deffontaines et Bellamy ont ardemment défendu l’atome, exigeant qu’il soit considéré comme une énergie verte au niveau du continent, l’écologiste Marie Toussaint, elle, rappelle l’opposition de son parti à cette énergie décarbonée. Tout comme Manon Aubry qui a appelé plus globalement à ce que l’énergie devienne un « bien commun » en Europe et qu’elle soit extraite des « logiques de marché ». Pour l’énergie, Glucksmann plaide pour la création d’un impôt européen sur les grandes fortunes afin de « dégager 200 milliards d’euros » à réinvestir sur le continent. Un point d’entente avec Valérie Hayer qui ne semble pas contre un investissement massif dans la production énergétique sans s’étendre sur les moyens d’y parvenir.

À un mois du scrutin, ce mois de mai a une allure de dernière ligne droite pour les listes engagées dans la course aux sièges européens. Chaque candidat doit laisser ses dernières forces dans ce sprint final pour convaincre les Français. Plusieurs débats télévisés sont encore à prévoir, une occasion de conforter son avance dans les sondages pour les uns ou faire bouger les lignes pour les autres.

Clément Corbineau


 

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