Le Club Français de Buenos Aires, une institution bicentenaire qui se forge un nouvel avenir

Le Trait-d’Union s’est entretenu avec Juan Buchet, membre de la commission directive du Club Français pour en savoir un petit peu plus sur les nouvelles ambitions du Club qui souhaite attirer de nouveau…

Le Trait-d’Union s’est entretenu avec Juan Buchet, membre de la commission directive du Club Français pour en savoir un petit peu plus sur les nouvelles ambitions du Club qui souhaite attirer de nouveau les francophones dans ses salons en donnant un second souffle à cette institution qui a su tant bien que mal traverser les âges.

Une institution à l’histoire éclatante

Le Club Français a été fondé en 1866 et fonctionne depuis 1940 dans ce siège, rue Rodriguez Peña dans le quartier de La Recoleta : c’est l’un des plus anciens clubs communautaires de Buenos Aires qui a survécu et continue à ouvrir ses portes. Au cours des différentes périodes, non seulement les Français, mais aussi leurs familles, leurs amis et les Argentins liés à la France étaient membres. Il y a eu des périodes de gloire.”

Il est vrai que chaque visiteur a l’opportunité d’être témoin du passé glorieux du Club en lisant l’encadré, posté à l’entrée, qui révèle la liste des personnalités éminentes de la société argentine qui furent à un moment membres du club ou les hommes politiques et artistes français en déplacement en Argentine qui y ont été invités. Parmi eux, Georges Clemenceau, Antoine de Saint-Exupéry ou Dominique de Villepin.

Cependant, comme beaucoup d’institutions créées par les communautés de différentes nationalités européennes issues des vagues migratoires du XIXe et début du XXe siècles, le Club commença à décliner lentement à partir des années 90, pour diverses raisons, entre autres économiques.

La rénovation de l’immeuble

“En 2006, Monsieur Stegmann, un investisseur, propose de construire un hôtel et de rénover le bâtiment. Ce chantier qui avait pour but de construire les 6 étages d’un hôtel boutique avec 28 chambres au-dessus du Club, proposait également le réaménagement du restaurant, du bar et le jardin d’hiver. Les travaux durèrent près de trois ans pendant lesquels le club resta fermé. Ces investissements permirent d’entretenir le club en attendant”.

Constituant une sorte de copropriété, l’Hôtel et le Club partagent aujourd’hui les salons du premier étage pour des usages divers : conférences, déjeuners, activités culturelles ou réunions sociales. Gérés par l’hôtel, ces salons sont souvent loués à des particuliers, le Club bénéficiant d’un pourcentage de ces loyers perçus.

Le premier et le second étage ainsi que le sous-sol avec sa salle d’armes sont d’usage strictement réservé au Club. Le Club dispose également d’un bureau et d’une salle de réunion au troisième étage.

 Une nouvelle gestion et de grandes ambitions 

“En 2023, sous la présidence de Roberto Azzareto, nous avons pris la décision d’inverser le processus de déclin du Club. Personnellement, j’ai assumé la responsabilité de relancer les liens avec la communauté française pour qu’il y ait à nouveau des membres français et francophones, c’est-à-dire la récupération de cette identité du club qui n’aurait jamais dû se perdre. J’ai eu le soutien immédiat de l’ambassadeur Romain Nadal. Le Club à ouvert ses salles de réunion à toutes les associations françaises et aujourd’hui on parle français, comme par exemple aux réunions des mardis du Club de Lecture, À Voix Haute animé par le Trait-d’Union et dans le même esprit, nous pensons organiser des conférences et des activités culturelles et artistiques autour du 80ème anniversaire du débarquement de Normandie, le 6 juin; l’anniversaire de la libération de Paris, le 26 août et en octobre le 60ème anniversaire de la visite du Général de Gaulle en collaboration avec le nouveau Musée de la présence française en Argentine, Gallia.”

La salle d’armes, un atout du club 

“Notre salle d’armes est réputée pour être l’une des meilleures écoles d’escrime du pays. Elle a été créée par Edouard Gardère, champion olympique en 1932, vice-champion en 1936, résistant, qui avait choisi de s’installer à Buenos Aires après la guerre, où il forma des générations de grands escrimeurs argentins”.

Actuellement, l’école qui compte 50 escrimeurs, est dirigée par le Professeur Casanova. Si certains empoignent le fleuret de façon plutôt récréative, d’autres, par contre, souvent des jeunes, sont bien formés dans le maniement des armes : certains ont déjà gagné de nombreux trophées. A l’heure actuelle, deux jeunes frères, escrimeurs, sont boursiers du Club ; l’un des deux a été choisi pour participer aux Jeux Olympiques de Paris en pentathlon, dont l’une des disciplines est justement l’escrime.

De nombreux projets “sous le coude”

“Pour stimuler l’activité -l’escrime- nous sommes en conversation avec la proviseure du lycée franco-argentin Jean Mermoz, Madame Sturbaut, pour que les élèves puissent venir faire de l’escrime à des prix réduits. Dans ce même sous-sol, nous avons incorporé une pratique de Yoga et nous allons ouvrir une petite salle avec quelques appareils de gymnastique pour attirer un public plus jeune.”

Juan Buchet nous a également annoncé que dès le mois de juin, un Club de cinéma proposera des films français tous les premiers samedis du mois ; les séances seront ouvertes au grand public.

Le Club offre aussi un programme d’avantages et des réductions pour différents achats et services.

“Nous ne voulons pas devenir un club de masse, mais il y a tout un chemin à parcourir étant donné que nous comptons actuellement 250 membres et qu’il y a eu jusqu’à 900 membres au moment de la plus grande splendeur du Club”.

 “Même si la plupart de nos partenaires sont argentins, nous croyons qu’il est très important de relancer le Club dans le but d’incorporer et d’attirer davantage de francophones pour que le Club redevienne la Maison de l’amitié franco-argentine et la Maison de France à Buenos Aires”.

Pour conclure, Juan Buchet nous fait visiter les salons de l’hôtel et la salle d’armes. Nous pouvons y admirer à la fois l’excellence des rénovations réalisées et la richesse des œuvres d’art, patrimoine du Club, exposées, un témoignage tangible du goût raffiné à la française et de sa splendeur passée : constat que semble partager le Vercingétorix, à l’aspect songeur, peint par Édouard Dieudonné en 1875 qui aujourd’hui orne le jardin d’hiver. Ce n’est autre que le très beau cadeau de Georges Clémenceau au club lors de sa visite à Buenos Aires en 1920.

Patricia Pellegrini


 

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