Rentrée littéraire 2024
Septembre, n’est pas seulement, en France, le mois de la reprise après les vacances, c’est aussi le mois de la rentrée littéraire.
Plus de 2000 prix sont décernés chaque année mais il faudra attendre fin-septembre, mi-octobre pour connaître le nom des lauréats des grands prix : Goncourt (depuis 1903), Renaudot et Femina.
Si le chiffre d’ouvrages publiés de 2010 n’est pas atteint (plus de 700 romans), le nombre croissant de primo romanciers, 69 cette année sur 459 livres au total (311 français) montre que la littérature se porte bien.
Certains prix ont déjà été attribués : quelques pépites ont été mises à l’honneur.
Dès le 3 septembre, le prix littéraire du journal Le Monde a récompensé Maryline Desbiolles, avec L’Agrafe, roman sur la guerre d’Algérie et le racisme, publié aux éditions Sabine Wespieser. Le jury a couronné une autrice de 65 ans qui a une longue œuvre derrière elle et qui avait remporté le prix Femina en 1999 pour Anchise. “Maryline Desbiolles livre avec beaucoup de grâce la quête d’émancipation d’une petite-fille de harkis réfugiés en France, en 1962, après la guerre d’Algérie”.
Le prix Première plume 2024 et le prix de la forêt des livres (catégorie révélation) ont été décernés à Alice Deverley, journaliste et créatrice de la rubrique « La langue française » sur le site du Figaro depuis 2016. L’auteure de Tombée du ciel publié par L’Iconoclaste ouvre les portes d’un hôpital pour enfants à travers le quotidien d’une adolescente anorexique. Ce témoignage honnête, révolté, écrit à la première personne, ne laisse pas indifférent.
Prix du roman historique attribué à Nina Léger pour Mémoires sauvées de l’eau, chez Gallimard. L’auteure nous propulse en 1848, dans une Californie du Nord vivant les balbutiements de la ruée vers l’or. Une géologue, Thea, s’y retrouve confrontée à son passé, soutenue dans sa quête par trois femmes d’exception.
Le 3ᵉ prix littéraire des Rencontres Écossaises revient à Antoine Sénanque pour le roman Croix de cendre paru aux éditions Grasset. L’auteur met en scène le pèlerinage de deux jeunes frères dominicains à Toulouse en 1348. Un « texte exceptionnel, tout à la fois roman d’aventures, fresque historique, étude théologique et policier médiéval », selon le jury présidé par Jack Chopin-Ferrier.
Le prix des libraires de Nancy – Le Point 2024 est décerné à Abel Quentin pour le roman Cabane, paru le 21 août aux éditions de l’Observatoire. « S’inspirant du rapport Meadows et de la trajectoire des quatre chercheurs qui l’ont rédigé, l’auteur conjugue réalisme historique et imagination débridée pour donner vie à l’intrigue la plus audacieuse de cette rentrée », ont estimé les journalistes du Point, sur ce roman balzacien. Dans ce troisième roman Cabane, le lauréat du prix de Flore, en 2021, pour Le Voyant d’Etampes, interroge l’inaction climatique face aux alertes des chercheurs.
Le prix Transfuge du meilleur roman français a été décerné à Kamel Daoud pour Houris, publié chez Gallimard. C’est pour les critiques « L’événement » de la rentrée car ce roman est d’une grande force, une histoire terriblement touchante et bouleversante. Dans un long monologue, l’écrivain raconte ce que personne ne veut entendre : le prix des souffrances que les femmes ont enduré pendant la guerre civile algérienne. « C’est une voix qui s’élève, puissante et vraie. Une voix faite de silences et de poésie. Une voix qui raconte, qui hurle, et qui murmure ce qui ne se dit pas. Une voix qui porte haut le sort qu’on réserve aux femmes… » Récit d’une jeune fille qui se maintient debout, alors qu’on voudrait la voir plier…
Témoigner du sort des femmes pendant les années de la guerre civile algérienne, la décennie noire -les années 90-, peut valoir à Kamel Daoud, la prison à vie, dans son pays d’origine.
Le 10 ème lauréat du prix “Envoyé par La Poste” est un primo romancier, Anatole Edouard Nicolo pour À l’ombre des choses publié aux éditions Calmann-Lévy. Né en 1996, ce jeune auteur s’est d’abord consacré au sport avant de passer à l’écriture de scénarios. Premier roman bouleversant, on découvre la vie de deux frères, issus d’une famille d’artistes, Anatole et G. élevés dans le bruit, les mélodies et les rires. Tout bascule avec le divorce des parents. Si l’innocence des deux frères se dissipe peu à peu, le lien qui les unit demeure. Le petit dernier est un gamin paumé cherchant sa place dans le monde alors que son frère semble l’avoir trouvée grâce à la musique. Cependant ce jeune homme sensible comprend que la lumière peut se trouver, même dans l’ombre. “J’étais une ombre. Et je la maudissais. Je voulais que le soleil me frappe au visage, éclaire ma vie ordinaire de tous ses rayons.”
Les livres les plus attendus
Une rentrée littéraire n’en serait pas une sans Amélie Nothomb. Cette année, elle signe L’impossible retour, toujours chez Grasset, depuis 33 ans. L’action se situe au Japon, île qui fascine l’auteure et qu’elle chérit : « C’est mon pays préféré au monde, ma terre sacrée », avoue-t-elle. Entre introspection et récit de voyage, l’écrivaine renoue avec le pays du Soleil-Levant de son enfance en compagnie d’une amie. Léger et profond.
Et puis des noms apparaissent que le bouche à oreille encense déjà…
Ainsi, huit ans après l’immense succès de Petit Pays, qui s’est vendu à 1,5 million d’exemplaires en France et fut traduit en 45 langues, le rappeur franco-rwandais Gaël Faye, 42 ans, publie un nouveau roman, Jacaranda, inspiré de sa propre vie et de ses liens avec le Rwanda où il habite avec sa femme et leurs filles depuis plusieurs années. Un roman engagé dans une histoire dont il est partie prenante dans lequel il jongle tout en délicatesse avec les notions de fraîcheur et de réconciliation. Quel que soit l’âge du lecteur, ce livre se lit d’une traite avec avidité !
Le Rêve du jaguar, de Miguel Bonnefoy, éditions Rivages-Payot, ne se résume pas, il se lit, se dévore même, avec gourmandise. L’auteur de Le voyage d’Octavio, son premier roman avait reçu le Prix de la vocation en 2015, les cinq romans suivants avaient également été récompensés ; Héritage, cette fois-ci, obtient le très recherché prix des Libraires. Il s’agit d’une saga familiale au cours du XXème siècle : l’écrivain franco-vénézuélien y retrace le destin de trois générations dans la tourmente du siècle dernier et des deux côtés de l’Atlantique. Une fabuleuse fresque, dans laquelle l’auteur déploie ses talents de conteur avec une pointe de réalisme magique cher aux auteurs sud-américains. Une odyssée au Venezuela qui se confond avec l’histoire d’un pays et d’une famille, un roman flamboyant sans conteste l’un des événements de la rentrée !
Autre auteur souvent cité, pour la qualité de son style, Philippe Jaenada (prix Femina 2016 pour La Serbe) dont le livre La désinvolture est une belle chose est publié chez Mialet-Barrault. Le narrateur fait le tour de France des bistrots tout en songeant à Jacqueline Harispe, surnommée Kaki, qui s’est jetée du 3ème étage, le 28 novembre 1953 alors qu’elle n’avait que 20 ans. L’écrivain cherche à comprendre pourquoi une si jolie jeune femme, intelligente et libre, entourée d’amis, admirée, amoureuse d’un soldat américain et aimée de ce dernier a mis fin à ses jours. N’ayant que dix ans sous l’Occupation, les jeunes gens du café Le Moineau avaient vu leur enfance volée par la guerre, en réaction, ils voulaient juste rester des enfants toute leur vie, mais peut-on rester enfant ? Modiano n’est pas loin…dans cette quête sombre et mélancolique.
Elisabeth Devriendt
