« Pour que la honte change de camp… »

Ce slogan élevé haut et fort par Gisèle Pelicot résonne comme un appel à briser le silence autour de la culture du viol, encore trop occultée.

L’association civile Le Réseau des femmes pour la justice a organisé une visioconférence avec Stéphane Babonneau, un des deux avocats de Gisèle Pelicot, pour un échange à propos du procès des viols de Mazan. Cette conférence s’inscrit dans le cadre du cycle de rencontres franco-argentines sur les violences faites aux femmes.

Maître Babonneau a mis en lumière les aspects juridiques de ce procès traitant de la soumission chimique, des violences sexuelles ainsi que de la question du consentement dans la législation française.

Avocat pénaliste formé à Sciences Po et à l’Université Paris II Panthéon-Assas, Stéphane Babonneau a été l’un des conseillers les plus proches de Madame Pelicot dans cette épreuve judiciaire hors du commun. En 2022, son confrère Antoine Camus le contacte pour lui proposer de l’aider sur l’affaire Gisèle Pelicot, ils sont alors loin d’imaginer l’importance que va prendre ce procès aux yeux du monde.

Entre 2011 et 2020, à Mazan, dans le sud de la France, Dominique Pelicot a drogué son épouse, Gisèle Pelicot, à son insu, afin de la plonger dans un état d’inconscience. Pendant neuf ans, il l’a ainsi violée et a invité d’autres hommes à abuser d’elle, tout en filmant les agressions. Au total, 51 hommes ont été jugés dans cette affaire. Le coup d’envoi du procès a eu lieu en septembre 2024, à Avignon. Dominique Pelicot a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle et les 50 autres accusés ont été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de trois à quinze ans de prison.

L’affaire Pelicot, aussi connue sous le nom du procès des viols de Mazan est l’un des cas de violences sexuelles les plus choquants et médiatisés en France au cours de ces dernières années, ce qui lui a valu une répercussion au niveau international. Ce qui distingue cette affaire, c’est l’ampleur de sa médiatisation. Gisèle Pelicot a en effet choisi de rendre public le procès ainsi que les vidéos servant de preuves.

Maître Babonneau a mené son intervention en espagnol, langue qu’il maîtrise parfaitement. Il explique dans un premier temps que Gisèle Pelicot se relève peu à peu. Elle mène une vie normale, avec la conscience de l’ampleur qu’a pris son cas. C’est pourquoi elle a décidé d’entreprendre l’écriture d’un livre, afin que son combat puisse continuer de porter ses fruits.

Personne ne s’attendait à une telle réaction. Reconnue jusqu’au Brésil, Gisèle Pelicot, touchée, insiste sur son vœu cher de relayer son combat dans chaque pays. Stéphane Babonneau intervient de ce fait comme son porte-parole, les réactions et gestes de soutien allant jusqu’en Australie, à 24h de vol de la France sont un symbole puissant, témoignant de l’universalité du combat contre les violences faites aux femmes. Le nombre de femmes qui se sont reconnues en elle montre le travail immense qu’il reste à faire.

Devenue une icône féministe, Gisèle Pelicot recevra le Prix Liberté le 3 juin prochain à Caen pour son combat contre la banalisation du viol et des violences sexuelles, distinction internationale organisée par la région Normandie.

L’avocat s’est ensuite consacré au principe d’individualisation des peines, essentiel dans ce procès, où il ne s’agissait pas d’un seul mais de cinquante accusés. Chacun jugé en fonction de ses actes et de ses antécédents. Pour Gisèle :  l’important, c’est qu’ils soient tous jugés et punis ! Parmi les 51 accusés, 17 ont fait appel, et 13 d’entre eux ont finalement abandonné la démarche. Maître Babonneau s’est dit satisfait de ce résultat, qu’il interprète comme un signe d’acceptation, par les condamnés eux-mêmes, du caractère équilibré du verdict prononcé par la cour criminelle départementale du Vaucluse.

Dès le départ, ce procès a été un véritable combat. Pendant une semaine, les deux avocats de Madame Pelicot ont mené une pétition pour obtenir la tenue d’un procès public. Cette demande a d’abord été jugée trop crue, au regard des preuves très choquantes apportées à l’affaire. Néanmoins, c’était un désir de la victime, pour justement, faire changer de camps la honte ! Ainsi, le fait que le procès ne se soit pas tenu à huis clos a représenté une victoire.

Concernant la pression médiatique qu’a suscité cette affaire, Maître Babonneau nous confie avoir fait son travail comme s’il n’y avait pas de journalistes aux portes du palais de justice d’Avignon.

Avec 180 médias accrédités et des millions de réactions sur les réseaux sociaux, Gisèle Pélicot est restée extrêmement discrète face à cette popularité, elle a tout fait pour la cour et non pour les journaux. On lui compte seulement deux déclarations publiques de 30 secondes chacune : une pour remercier le soutien qui lui a été apporté et la seconde à la fin du procès. Il est essentiel pour elle que son geste ne soit pas perçu comme un acte exceptionnel, mais comme une voie permettant à d’autres femmes ayant subi des abus de faire de même.

Maître Babonneau nous rappelle que le code pénal français ne définit pas clairement ce qu’est le consentement, ce changement est néanmoins en cours, mais la loi a beau changé rien ne change si la société ne change pas… Il a conclu son intervention en rappelant que cette affaire est un point de repère important pour les prochains cas de ce genre et que la société doit évoluer dans ce sens.

Mathilde Hagobian

 

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