Daniel Sabsay, avocat constitutionnaliste de renom

Constitutionnaliste reconnu et figure intellectuelle incontournable en Argentine, Daniel Sabsay était l’un des invités d’honneur du Forum de la Fédération du 27 septembre dernier.

Il a, au cours de son intervention, évoqué l’influence décisive de la pensée française, et plus particulièrement celle de Rousseau, sur les processus d’émancipation latino-américains.

Pour lui, la France a joué un rôle essentiel dans la formation des idées républicaines du continent. Il a rappelé combien des figures comme Mariano Moreno, traducteur du Contrat social, ou Juan Bautista Alberdi, grand admirateur de Rousseau et de Montesquieu, avaient façonné les fondations intellectuelles de l’Argentine indépendante. Daniel Sabsay voit dans ces influences une alliance féconde entre les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité et la volonté latino-américaine de rompre avec le modèle autoritaire hérité de la monarchie espagnole. L’universitaire a aussi dressé un parallèle entre les défis du XIXe siècle et ceux d’aujourd’hui. Il estime que l’Amérique latine continue d’osciller entre l’esprit républicain et la tentation du pouvoir concentré. Certaines nations, comme le Costa Rica ou l’Uruguay, incarnent selon lui des modèles démocratiques solides, quand d’autres peinent encore à trouver un équilibre institutionnel durable.

Sa conférence à l’auditorium a captivé le public par la clarté de ses explications sur la séparation des pouvoirs et le principe de freins et contrepoids. Sabsay a rappelé que Montesquieu voyait dans ce système non pas une division mécanique, mais un contrôle mutuel entre les institutions pour limiter les abus et protéger les libertés. « Les institutions seules ne suffisent pas, a-t-il insisté, encore faut-il la vertu des hommes pour qu’elles vivent. » Interrogé sur les moyens de restaurer la confiance dans la démocratie, il a défendu avec vigueur le rôle de la participation citoyenne. Selon lui, la démocratie ne se limite pas au vote : elle suppose l’engagement, l’action collective, la pression sociale et la vigilance du peuple. Il a évoqué plusieurs exemples récents où la société argentine s’est mobilisée pour défendre l’État de droit, preuve, selon lui, que la conscience civique reste vivante.

Tout au long de son intervention, Daniel Sabsay a rendu hommage à la culture politique française, qui continue de nourrir sa pensée. Il connaît bien la France, où il a vécu de 1974 à 1981, période durant laquelle il a effectué son doctorat. « Je me sens absolument chez moi à Paris », confie-t-il. Il garde un souvenir ému de sa vie dans la capitale et de sa femme française, disparue depuis. De retour récemment à Paris, il dit avoir retrouvé une ville qu’il adore, « la plus belle du monde », mais transformée par les tensions de son époque. Il s’inquiète de la montée des extrémismes et de la perte de repères démocratiques, tout en soulignant l’importance de préserver les valeurs fondatrices de la République : liberté, égalité, fraternité.

Daniel Sabsay a salué l’esprit du Forum et le rôle de la Fédération dans la diffusion du dialogue interculturel. Selon lui, la France continue d’offrir un autre chemin face à l’uniformisation culturelle et politique du monde occidental. Son message, à la fois lucide et porteur d’espoir : la démocratie n’est jamais acquise, elle se construit chaque jour, par la responsabilité et la participation de tous.

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