À Troyes, l’usine de papier toilette produit de la chaleur en faisant des économies d’énergie
La start-up Epyr vient de déployer une unité de stockage thermique inédite en France au sein de l’entreprise de papiers hygiéniques Wepa.
5 juin 2026 (Le Parisien) : Objectif : faire baisser la facture de gaz en stockant de la chaleur produite électriquement. Le projet a été monté à l’usine de papier toilette Wepa de Troyes en un temps record, comme la start-up qui en est à l’origine. Fondée à la fin de l’année 2024, Epyr a créé et mis en application en 18 mois une solution destinée à diminuer les coûts énergétiques des entreprises travaillant avec de la chaleur industrielle.
« Actuellement, on est dans une phase où le gaz est de plus en plus volatil et cher… et, de l’autre côté, on a un monde de l’électricité qui a beaucoup évolué sur les dix dernières années, avec un taux de pénétration du renouvelable qui est de plus en plus important », constate Bastien Augéry, cofondateur d’Epyr. « L’enjeu du projet, poursuit le dirigeant, c’est de faire de l’électrification de la chaleur qui est aujourd’hui principalement liée à la production de gaz. »
Certaines heures peuvent en effet être financièrement très compétitives sur le marché de l’électricité, lors de périodes ou le solaire et l’éolien prennent le relais du gaz naturel dans le mix énergétique. « C’est toute l’intelligence d’Epyr, souligne François Roposte, directeur du site Wepa de Torvilliers à l’ouest de l’agglomération de Troyes. On utilise de l’électrique au bon moment, quand les foyers ou le particulier en ont le moins besoin, quand l’énergie éolienne et photovoltaïque donnent beaucoup de capacités. Ce système va nous aider grandement à avoir une énergie décarbonée et à avoir économiquement un avantage sur le gaz. »
Dans ce groupe allemand spécialisé dans la production de papiers hygiéniques, le site aubois est la première entreprise française à bénéficier de l’unité innovante de stockage thermique créée par Epyr, avec un financement de l’État piloté par l’Agence pour la transition écologique (ADEME) dans le cadre de France 2030. « Nous avons une machine à papier qui produit les feuilles de papier dont nous avons besoin à partir de la ouate de cellulose (matière issue de papiers et cartons recyclés). Et nous avons besoin de vapeur pour faire en sorte que l’eau soit éliminée et avoir une feuille sèche », explique François Roposte.
Des prix du gaz jusqu’à dix fois supérieurs à la normale
Avec la multiplication des conflits (Ukraine, Iran…) et leur impact sur les cours de l’énergie, Wepa est confrontée à des prix du gaz jusqu’à dix fois supérieurs à la normale. En recherche de solutions durables, l’entreprise a tout naturellement soutenu Epyr lors de la levée de fonds lancée au lancement de la start-up, avant de pouvoir bénéficier rapidement d’un premier prototype.
Ainsi, une unité relativement dense a été mise en place à l’extérieur de l’usine. Elle a été raccordée au système de distribution de chaleur de l’usine (sous forme de vapeur) et bien sûr au réseau d’électricité. « On convertit de l’électricité en chaleur par des résistances chauffantes, les mêmes que ce qu’on peut avoir à domicile avec un radiateur ou avec un toaster. On vient monter de l’air à 1 000 degrés, qui va ensuite chauffer des briques réfractaires qui, elles-mêmes, vont monter à 1 000 degrés », explique Bastien Augéry.
Stockée, la chaleur est prête à être redistribuée de façon programmée selon la demande du client. « On vient refaire circuler de l’air sur ces mêmes briques-là qui vont se refroidir. L’air va se réchauffer et c’est ainsi qu’on peut arriver à délivrer de la chaleur à nos clients », ajoute l’ingénieur. Pendant que les prix de l’électricité sont les plus compétitifs, l’idée est de charger au maximum l’unité de stockage et de pouvoir produire de la chaleur dans l’usine au moment où les prix du gaz sont les plus élevés.
« On va pouvoir être entre 5 et 30 % moins cher que le gaz »
« Au quotidien, heure par heure voire minute par minute, on va regarder les marchés de l’énergie, notamment de l’électricité, pour savoir si c’est le bon moment pour se charger ou si l’on doit attendre quelques heures. On pilote ça tous les jours et ça fait partie de notre métier », résume Bastien Augéry. Les avantages se veulent prometteurs, d’abord en réduisant la consommation d’énergies fossiles avec de la chaleur produite à base d’électricité.
Mais aussi en permettant de réduire sensiblement les coûts. « En fonction des typologies de site, on va pouvoir être entre 5 et 30 % moins chers que le gaz en coût complet », affirme le cofondateur d’Epyr. Du côté de Wepa, il est encore un peu tôt pour communiquer sur des chiffres précis. Mais après six mois d’installation dont trois mois de fonctionnement, « les premiers résultats sont très bons ! », affirme François Roposte.
« L’étape suivante est claire, nous devons franchir le pas d’une installation définitive (de l’unité de stockage thermique) qui nous permettra de doubler notre capacité actuelle et de réduire significativement notre recours au gaz. » De son côté, la start-up Epyr et ses 15 salariés a déjà d’autres projets en vue pour le second semestre 2026. « L’addition de principes simples sur le plan technique permet d’arriver à une solution extraordinairement performante pour les filières industrielles », a commenté François Baroin, le président de Troyes Champagne Métropole présent le 28 mai lors de l’inauguration du dispositif à Torvilliers.
Jonathan Sottas
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