Canicule : en quoi consiste le niveau 3 du plan Orsan déclenché par Lecornu?

En activant le niveau 3 du plan Orsan, le gouvernement veut mobiliser tout le secteur médical face à la canicule particulièrement intense qui frappe la France.

26 juin 2026 (Nouvelobs) : « La canicule ne faiblit pas dans notre pays et la pression sur notre système de santé continue de s’intensifier ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a donné le ton ce jeudi 25 juin : l’actuel épisode de chaleur, qui s’éloigne doucement, est tel que les services hospitaliers et médico-sociaux sont au bord de la saturation. Pour y faire face, le locataire de Matignon a décidé, en coordination avec la ministre de la Santé, d’activer le niveau 3 du plan Orsan. Un dispositif dit d’Organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles (Orsan), prévu pour coordonner la mobilisation des structures de soins et des professionnels de santé. Activé pour la première fois à l’échelle nationale, cet échelon 3 est « le plus élevé de mobilisation sanitaire », indique Sébastien Lecornu.

En début de semaine, le niveau 2 de surveillance avait déjà été déclenché. Qu’implique ce changement d’échelle ? « Le Nouvel Obs » détaille les implications de l’activation du niveau 3 du Plan Orsan.

• Pourquoi un passage au niveau de « gestion de crise » ?

Par rapport à la canicule du mois de mai, l’épisode de juin est « beaucoup plus intense, plus étendu, et surtout plus durable », ce qui le rend « exceptionnel », a expliqué Lise Alter, directrice de cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist, en conférence de presse, ce jeudi. « Dès que les premiers signaux de tensions ont été visibles », le Premier ministre a déclenché la phase 2 du plan Orsan, mardi, pour activer un niveau « d’alerte maximale », justifie le cabinet, alors même que le gouvernement a déjà été critiqué en mai dernier pour son manque d’anticipation face à ce type de crise, amenée à se répéter dans le futur à cause du réchauffement climatique.

La situation caniculaire rend la fin de semaine plus critique en termes de passage aux urgences ou même de mobilisation de lits d’hospitalisation. Le ministère de la Santé dit avoir constaté plusieurs signaux dont « une multiplication par quatre des passages aux urgences pour des raisons liées à la chaleur ». Et sur les dernières 24 heures, les appels à SOS médecins ont aussi été multipliés par quatre. A Paris, 25 arrêts cardiaques ont été recensés en l’espace de 24 heures, ce qui est « extrêmement haut » par rapport aux chiffres habituels, inférieurs à dix, selon la directrice de cabinet, qui explique attendre les études d’imputabilité. Les premières déprogrammations et « saturations dans certains services de réanimation localement » ont été signalées. « Tout cela est aujourd’hui maîtrisé », insiste toutefois Lise Alter. Mais, enchaîne-t-elle, « c’est le moment pour mobiliser tous les leviers », et donc « passer en gestion de crise ».

• Qu’implique le niveau 3 du plan Orsan ?

Instauré en 2014, le plan Orsan a déjà été activé en 2014-2015 pour l’épidémie saisonnière de grippe par exemple, ou même pour le Covid-19, sous la déclinaison Orsan REB, pour les risques de pandémies. Le dispositif déclenché cette fois-ci est EPI-CLIM, qui s’étend sur une échelle de 1 à 4. Cette version EPI-CLIM entend mieux appréhender les situations d’épidémie saisonnière et d’événement climatique ou environnemental sévère comme les canicules, la pollution ou les grands froids.

Son niveau 3 se traduit par un « passage de la phase de surveillance à l’action, de l’anticipation à la gestion de crise », résume en conférence de presse Artus de Cormis, conseiller santé auprès de la ministre de la Santé. En phase 2, activée au début de semaine, l’Etat avait déjà commencé à mobiliser les médecins libéraux et le ministère avait demandé par écrit aux professionnels libéraux qu’ils maintiennent ouverts leurs cabinets privés, afin de « désengorger le plus possible les urgences ». Le niveau 3 du plan monte en échelle, appelant à une mobilisation plus élargie du personnel soignant.

Sébastien Lecornu l’écrit : l’idée est de « renforcer les effectifs hospitaliers » et « la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville, les cliniques et le secteur médico-social » mais aussi de « garantir la prise en charge des conséquences de la canicule, avec des déprogrammations ciblées d’interventions non urgentes ».

• Qui peut-être mobilisé ?

Le niveau 3 du plan permet de « mobiliser immédiatement plus de personnels et de les réorienter vers les besoins les plus urgents », détaille l’entourage de la ministre de la Santé. Il active en fait les plans blancs – le dispositif de crise de chaque établissement pour faire face à l’afflux de patients – sur l’ensemble du territoire, et en coordination avec les Agences régionales de santé (ARS). Cela peut impliquer une réorganisation des plannings, des déprogrammations d’interventions médicales et des réaffections dans les services hospitaliers.

Le plan active la réserve sanitaire, un dispositif encadré par le Code de la Santé publique recensant les personnels soignants « qui acceptent d’être [contactés] en cas de situation sanitaire exceptionnelle », explique par ailleurs Santé publique France sur son site internet.

Enfin, la ministre de la Santé va prendre un arrêté qui prévoit de « mobiliser les étudiants en médecine pour venir en renfort des centres 15 », à savoir les services de téléphonie des SAMU, sujets à une « très forte pression ».

• Libérer des lits d’hôpital, visites à domicile… Anticiper une saturation des urgences

Le niveau 3 permet de « libérer tous les lits qui peuvent l’être », pour accueillir de nouveaux patients notamment affectés par la canicule, c’est-à-dire accélérer les sorties d’hôpital, notamment en recourant « massivement » à l’hospitalisation à domicile. Et ce alors même que de nombreux lits d’hospitalisation complète ont été fermés ces dernières années : près de 4 900 lits en 2023, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) au profit de la création de lits de journée.

L’Etat attend une mobilisation renforcée des cliniques privées mais aussi des services de la ville, notamment pour mener des visites à domicile. Avec le niveau 3, le gouvernement prévoit notamment « d’anticiper d’éventuelles décompensations de patients [la manifestation de troubles psy après une rupture de l’équilibre psychologique, NDLR] ». La canicule rend les personnes ayant des troubles psy plus vulnérables, comme l’a expliqué au « Nouvel Obs » la psychiatre Marine Akkaoui.

Pour anticiper des hospitalisations, sans passer par les urgences et risquer de les saturer, il va être demandé aux services de psychiatrie d’appeler « les patients qui ne sont pas dans leurs murs, mais qui sont chez eux et qui sont potentiellement à risque ».

Par Isaure Dimanov

 

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