Fidèle à ses valeurs, L’Express bannit les articles générés par IA
Réaffirmant les principes d’exigence qui la portent depuis 1953 et la place centrale de l’humain dans la fabrique de votre journal, sous tous ses formats, la rédaction a adopté une charte encadrant l’usage de l’intelligence artificielle.
2 novembre 2026 (L’Express) : C’est une photo couleur de 1970. On y voit une jeune femme élégante, allongée sur une chaise longue, en train de lire L’Express. Un numéro où l’on reconnaît en couverture Fidel Castro, avec ce titre : “ Cuba, la fin des illusions”.
Cette femme incarne le plaisir de lire, tel que le voulait Françoise Giroud. Car la cofondatrice de L’Express était obnubilée non seulement par l’exigence des informations publiées, mais aussi par la qualité de l’écriture. “A quoi bon montrer du talent à la cinquième ligne si, à la troisième, le lecteur vous a quitté ? L’écriture ne s’apprend pas, elle se travaille”, professait celle qui a dirigé pendant vingt ans le magazine, au côté de Jean-Jacques Servan Schreiber.
Une leçon de journalisme qui en dit beaucoup sur notre métier. Etre au plus près de nos lecteurs. Enquêter, comprendre, analyser, interviewer. Mais aussi raconter, offrir un récit, une histoire, un portrait… C’est tout cela que les 70 journalistes de la rédaction de L’Express vous proposent. Dans le magazine, mais aussi sur tous les formats numériques possibles : écrit, son, image. On dit régulièrement que la presse écrite est malade : elle souffre, assurément ! Mais certainement pas, en ce qui concerne L’Express, à cause d’une absence de passion, d’un manque d’engagement ou d’une fatigue intellectuelle. Chaque jour, chaque semaine, nous posons à plat ce monde cabossé pour aller y chercher du sens, repérer les tendances, scruter les desseins, observer nos démocraties souffreteuses, comparer les remèdes. En France, en Europe et dans le monde.
Et c’est dans ce chantier jamais refermé qu’a surgi cet automne un ovni. Un livre rédigé par une intelligence artificielle. Le monde de l’édition a tremblé, sous l’effet de la tromperie organisée par Thélyson Orélien, chouchou des jurys littéraires avec son roman “C’était ça ou mourir” jusqu’à ce que la supercherie éclate au grand jour.
Pourquoi rappeler cet incident gênant ? Après tout, il s’agit de l’édition, et non de la presse. Mais nous savons tous que les ChatGPT, Gemini, Claude et consorts ont la plume facile : ces assistants d’IA peuvent à leur tour offrir des ersatz d’articles. Meilleurs que les vrais journaux ? Ça sera, chers lecteurs, à vous d’en juger. De notre côté, nous avons la faiblesse de penser que les principes transmis par nos fondateurs résistent largement à la moulinette des IA génératives. L’anticipation, la créativité, l’œil humain restent l’apanage des rédactions. L’IA est un outil formidable, désormais indispensable au métier des journalistes, mais elle ne remplacera jamais les choix d’une rédaction ou la créativité littéraire de ses auteurs. Dans ce nouveau Far West de la tech, il était temps de réguler son usage. C’est désormais chose faite, avec l’adoption d’une “charte IA” engageant la rédaction de L’Express, qui rappelle que “la place de l’expertise et de la créativité humaines reste centrale”, et que “les textes générés par IA sont interdits”. Pour vous garantir un plaisir de lecture authentique.
Eric Chol
–
