Sous la griffe d’une parisienne

Alex, à l’image du Cervantes, a revêtu sa plume de strass, de paillettes et de sympathique nostalgie.

La revista del Cervantes, le retour des années folles – ou comment ressusciter des paillettes sans antimite !

Le Monde est moche et triste et anxiogène.

Ce soir-là, il y avait un rideau de pluie sur Buenos Aires, le ciel était zébré de ces orages qu’on appelle tropicaux, les trottoirs inondés, un vent cinglant et je me suis demandé “mais combien allons-nous être de fous dans cette immense salle ?”

Eh bien ! nous étions si nombreux que la salle était pleine.

Rien ne vient supplanter l’amour de l’art des porteños. Ils sont uniques ! Sûrement aussi pour ça que je les aime.

Nous étions tous trempés, les parapluies rendaient grâce, le ciel tonnait, mais quel plaisir de fouler une fois de plus les vieux tapis du théâtre Cervantes.

Ahhh…La revista del Cervantes, cette grande mascarade nostalgique qui nous plonge dans le Buenos Aires des années 1920 mais -pas que-, époque où les plumes de paon et les faux diamants régnaient en maîtres sur des scènes surchauffées, par la fièvre du tango et les excès du showbiz…

Sauf qu’ici, on a clairement mis le paquet : des décors somptueux, dignes d’un Gatsby du Rio de la Plata

Des costumes de première facture qui feraient passer le Moulin Rouge pour une friperie et des lumières orchestrées comme un feu d’artifice en pleine crise d‘euphorie !

Sous la baguette de Pablo Maritano, le spectacle devient une odyssée scintillante dans l’univers des revues d’antan – ces défilés de froufrou où les starlettes paradaient comme des princesses en toc, devant un public avide de chair fraîche et de blagues sexistes.

Ici, on a sorti l’artillerie lourde : partitions originales retrouvées dans des coffres-forts poussiéreux, acteurs et chanteurs merveilleux qui s’époumonent à ressusciter des rengaines presque centenaires.

Ça tape du pied, ça fait des yeux de biche avec une maîtrise et une précision qui frôlent la perfection.

Et là où ça frise le sublime, c’est avec Alejandra Radano et Carlos Casella, qui transforment chaque numéro en un festival de grâce tapageuse et de gouaille maîtrisée : ils glissent, roulent, minaudent comme des vieux fossiles du Music-hall qui auraient ingéré un élixir de jeunesse miraculeux.

La revista de Cervantes, c’est le spectacle qui nous rappelle que l’Argentine des années 20 n‘était pas seulement une orgie de strass et de plumes mais un joyau étincelant où le clinquant pouvait devenir Art.

Et franchement, ça fait du bien de se vautrer dans le luxe et le baroque, pourvu qu‘on en ressorte avec les yeux encore éblouis et le cœur plus léger….

Oui. L’illusion continue de faire danser les foules.

Oui. Avec ce petit avantage qui nous offre un peu plus de lucidité sur le grand barnum actuel, dans lequel nous tentons de survivre.

Un bon lifting vintage pour redorer le blason du théâtre national ?

Nul besoin !

Juste un spectacle qui rend hommage à une période où le théâtre de revue était au cœur de la vie culturelle argentine, mettant en lumière son importance dans le patrimoine culturel national.

Et qui est une invitation à redécouvrir une époque de créativité et de liberté artistique, aujourd’hui révolue.

Y aura-t-il un nouveau Tato de nos jours ? Avec autant d’esprit, de génie ? Ici ou ailleurs ?

Non.

La faute à nos mondes, froids, didactiques, globalisés, sous contrôle,

Gare à celui qui sort du rang, gare à celui dont la parole est libre.

Libre

Un mot qui fait rêver.

Comme ce spectacle.

Bravo à tous les talents !

A bientôt !

@locuradealex

 

 

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