Qu’est-ce que l’Hyrox, ce sport phénomène et ultramusclant qui fait fondre les trentenaires et les quadra ?

Plus accessible qu’un marathon et moins intimidant que le crossfit, l’Hyrox s’affiche comme la nouvelle discipline qui fait transpirer de plaisir les sportifs, qu’ils soient débutants ou experts.

25 avril 2026 (Le Figaro-Madame) : Décryptage d’un engouement national avec des spécialistes. Du 23 au 27 avril, sous la verrière du Grand Palais à Paris, plus de 22.000 inscrits sont, concentrés et en sueur, dans une arène au sol quadrillé. Sur un même parcours, ils courent, rament, poussent, tirent, sautent. Le tout sur fond de musique électro, au rythme d’un chronomètre implacable. Cette compétition sportive s’appelle l’Hyrox. Imaginée en 2017 à Hambourg par Christian Toetzke, ancien athlète et organisateur d’Ironman, elle repose sur un concept plus simple qu’il n’y paraît : huit kilomètres de course, entrecoupés de huit ateliers de musculation fonctionnelle (du rameur, des burpees sautés ou encore des fentes lestées). Un mélange de démonstration de force et de cardio intense qui attire autant les joggeurs du dimanche que les cross-fitteuses aguerries. Cette année, 61 courses sont prévues à travers le globe et en France, où il a débarqué en 2023, le succès est fulgurant : la franchise Hyrox est passée de 12 à 1045 salles d’entraînement affiliées, des compétitions à guichets fermés rassemblant encore des milliers de participants cette saison. Alors comment l’expliquer ?

Une performance mesurable et addictive

Cet engouement se comprend d’abord à travers son format original et ludique. Dans les grandes lignes, on pourrait dire que l’Hyrox est au crossfit ce que la rando est au trail : un terrain exigeant, mais plus accessible. «Ici, pas de figures d’haltérophilie ultra-techniques, assure Émeric Choisy, coach sportif spécialiste de la discipline au Klay à Paris. Les mouvements sont simples.» En pratique lors d’un entraînement, on commence par un kilomètre de course, suivi immédiatement d’un exercice musculaire fonctionnel, et l’on recommence jusqu’à atteindre huit kilomètres et huit ateliers au total. Le premier est le «ski erg», une machine qui reproduit le mouvement du ski de fond. Puis viennent les épreuves de traîneaux : on pousse, puis on tire un chariot lesté, test ultime pour les jambes et le dos. On enchaîne avec les burpees sautés vers l’avant (aussi appelés «burpee broad jumps»), le rameur, le «farmer carry» (marcher avec deux kettle bells), les fentes lestées, et enfin les «wall balls» (lancer une balle lestée contre une cible après chaque squat).

Les athlètes les plus performants bouclent l’épreuve en à peine une heure. Le record du monde féminin, détenu par l’Australienne Joanna Wietrzyk, est de 56 minutes et 03 secondes. Les débutants espèrent finir sous la barre des deux heures. «L’Hyrox, ce n’est pas une course contre les autres mais contre toi-même. Quand tu franchis la ligne d’arrivée, tu vois ton nom et ton temps s’afficher. Et la seule chose que tu veux ensuite, c’est recommencer… et faire mieux», témoigne Émeric Choisy, qui cumule 9 Hyrox à son actif.

Pour le sociologue du sport et économiste Guillaume Vallet, l’Hyrox est l’enfant de notre époque. «Contrairement au bodybuilding des années 1980, centré sur l’apparence, on valorise aujourd’hui un corps utile et résilient, qui court, pousse, porte et résiste, analyse le spécialiste également auteur de La fabrique du muscle (L’Échappée). Et en même temps, on cherche un sport qui s’intègre dans une vie active, rapide, connectée. L’Hyrox permet tout ça : il est structuré, mesurable et digitalisé. Il parle aux jeunes actifs comme aux cadres de 30-40 ans, qui veulent se prouver qu’ils maîtrisent leur énergie».

Une énergie collective qui soude

Dans une société assez marquée par l’isolement, l’Hyrox offre aussi un répit collectif. «C’est un sport où on s’entraîne à deux, à quatre et plus, où on se dépasse ensemble, raconte Émeric Choisy, qui anime chaque mardi soir des sessions d’entraînement en petit comité au club Klay à Paris. Le jour de la compétition, les débutants peuvent opter pour la course en relais ou en duo. Et même en solo, on est porté par le public à chaque étape». «C’est un sport collectif, abonde Joffrey Voisin, coach et double champion du monde en duo mixte. On s’entraîne ensemble, on peut rencontrer des gens à l’international en compétition et on voit émerger de vraies communautés.» Une dynamique que confirme le sociologue Guillaume Vallet : «Après la pandémie du Covid-19, il y a eu un vrai besoin de sociabilité sportive. On ne veut plus être seul face à sa machine. L’Hyrox permet cette émulation collective».

Un corps affûté mais pas bodybuildé

Cerise sur le gâteau, la discipline entraîne de nombreux bénéfices physiques. Selon la médecin du sport Victoria Tchaikovski, l’Hyrox est «un sport polyarticulaire très complet, qui travaille jambes, fessiers, épaules, ceinture abdominale… Il booste aussi le système cardiovasculaire, améliore le sommeil, agit sur le stress, la fatigue et a même un effet antidépresseur», explique-t-elle.

Et pour celles qui hésitent par peur de «s’épaissir», les spécialistes rassurent et dégainent l’argument qui fait mouche : «Contrairement au crossfit, l’objectif n’est pas la force pure, mais l’endurance de force. On soulève moins lourd, mais beaucoup plus souvent. Résultat : un physique athlétique, mais pas bodybuildé, une musculature fine, des épaules et jambes solides, une sangle abdominale gainée», résume le coach et athlète Joffrey Voisin.

Bien démarrer l’Hyrox

Trois à quatre mois de préparation suffisent pour se lancer dans une première course, selon le coach Émeric Choisy. On commence par des footings en endurance fondamentale (allure de course très modérée qui peut être tenue longtemps sans s’essoufler, NDLR), quelques séances de fractionné, un peu de musculation ciblée sur les jambes et les épaules, puis on introduit du «compromise run» (enchaîner course et effort musculaire pour habituer le corps à changer de rythme).

Attention à ne pas brûler les étapes. Un bilan médical est conseillé après 35 ans pour écarter tout risque cardiovasculaire, pulmonaire et ostéo-articulaire. Il faut aussi miser sur un bon échauffement, une montée en charge progressive, une hydratation rigoureuse et des temps de repos suffisants. Se faire accompagner au départ est un vrai plus.

Une tendance durable ?

Seul inconvénient ? Son prix d’inscription, relativement élevé. Pour l’événement du Grand Palais de cette année, il oscille entre environ 60 et 130 euros selon les catégories. Des solutions existent toutefois pour alléger la facture : se porter volontaire sur un événement donne droit à une inscription gratuite, et certaines salles affiliées comme le Klay organisent des concours pour gagner sa place. Côté entraînement, plusieurs clubs de sport dans toute la France proposent des séances avec coaching spécifique, mais il est possible de s’entraîner dans n’importe quelle salle de sport proposant des machines cardio et de musculation, rapportent les spécialistes.

Mais finalement, l’Hyrox est-elle une course taillée pour durer ? Une mode éphémère ? Peut-être. D’après le sociologue du sport Guillaume Vallet, si la discipline est encore jeune, elle semble déjà s’ancrer durablement dans le paysage. «Comme tout sport tendance, l’Hyrox finira sans doute par perdre un peu de son éclat au fur et à mesure qu’il se démocratise. Mais cela ne veut pas dire qu’il disparaîtra. Il trouvera son public fidèle, comme le crossfit l’a fait en son temps». Et après ? «D’autres formats hybrides verront le jour, c’est certain, affirme-t-il. Mais l’Hyrox restera une référence. Il a posé les bases d’un modèle calibré, internationalisé, qui répond aux attentes contemporaines». Autrement dit un sport de son temps, dans lequel chacun peut transpirer à sa mesure, se dépasser un peu plus à chaque tour de piste, et surtout le partager sur les réseaux sociaux à la fin.

Tiphaine Honnet

 

 

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