« José de San Martín. L’autre Libertador »

A la veille des 176 ans de sa disparition, l’historien Gonzague Espinosa-Dassonneville vient de publier une biographie en français de José de San Martín mettant en lumière le rôle du héros de l’indépendance sud-américaine.

« Il n’y avait presque rien et il fit presque tout. Il n’y avait pas d’organisation et il organisa ; il y avait des combattants, mais pas d’armée ; il fit l’armée ; il y avait une libération, mais il n’y avait pas de dessein délibéré ; il conçut la libération ». Ce discours, que le ministre des Affaires culturelles André Malraux prononce à l’été 1960 dans le parc Montsouris, salue la mémoire du général José de San Martín auquel la ville de Paris élève une haute statue. En 1909 déjà, Boulogne-sur-Mer, ville où San Martín s’éteint en août 1850, célébrait le souvenir du « Père de la Patrie » argentine par l’érection d’un important monument équestre le long de sa digue.

Si plusieurs fois la France exprime au XXe siècle son intérêt public pour le Libertador, l’étude de son action décisive dans l’indépendance sud-américaine demeure toutefois encore à ce point négligée par les historiens français. Bien que leurs missions aient été complémentaires et d’une égale importance, seul l’empreinte libératrice de Simon Bolivar semble avoir survécu en France.

Pour répondre à cette lacune scientifique et mémorielle, l’enseignant-chercheur Gonzague Espinosa-Dassonneville a fait paraître en mars 2026 une biographie complète en français intitulée « José de San Martín. L’autre Libertador ». Publiée aux éditions Passés/Composés, le docteur en Histoire retrace avec clarté et pédagogie l’œuvre militaire de cet « autre Libertador » qui remporta en Argentine la bataille de San Lorenzo (1813), libéra le Chili après les victoires de Chacabuco (1817) et de Maipú (1818), conduisit à l’indépendance du Pérou (1821). L’historien analyse avec minutie les raisons pour lesquelles, en France, San Martín est resté dans l’ombre de Bolivar.

Parmi les 23 « Études sur San Martín » utilisées par Espinosa-Dassonneville pour réaliser cette biographie, trois seulement sont en français dont deux relatives au court séjour puis à la mort du héros argentin dans le Boulonnais. « Ce qui peut expliquer le peu d’études consacrées en français à San Martín » écrit en introduction l’historien, c’est sa défaite mémorielle rendue possible par la ¨”Bolivar-mania de la part des élites libérales européennes du XIXe siècle en général et française en particulier, son épopée américaine ayant été célébrée par l’abbé de Pradt et Benjamin Constant ».

Le lien entre José de San Martín et la France était pourtant étroit, rappelle le biographe, le général ayant passé plus de vingt années de sa vie dans l’Hexagone. Son admiration pour l’organisation des armées de Napoléon Ier se vérifie dès 1812 avec la création du régiment des Grenadiers à cheval, inspiré de la garde impériale, devenu par la suite l’un des piliers de l’armée des Andes. Ce sont enfin des sculpteurs français, au premier rang desquels se trouve Louis-Joseph Daumas, qui donnèrent forme aux plus célèbres statues érigées en son honneur en Amérique du Sud, de Santiago à Buenos Aires. Sans plus le reconnaître, la France toutefois façonna le visage posthume du héros dans les pays mêmes qu’il avait autrefois libérés.

Cette biographie réalisée par Gonzague Espinosa-Dassonneville vient donc combler un vide éditorial ancien, et offre enfin au lecteur français toutes les clés pour comprendre la vie et l’œuvre de José de San Martín longtemps occultées par la figure de Simón Bolívar.

Aurélien Fressinet

 

NB :  la biographie (304 pages) est disponible en librairies partout en France. Existe également au format numérique.

 

 

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