Qu’est-ce que l’hexane, ce solvant dont les députés ont voté l’interdiction dans l’alimentation à partir de 2027 ?

Inconnu du grand public, l’hexane, un solvant issu de la pétrochimie, intervient pourtant dans la fabrication de nombreux aliments du quotidien, comme l’huile, le beurre ou le lait.

23 octobre 2026 (Le Figaro) : Huile, beurre, lait… Inconnu du grand public, l’hexane, un solvant reconnu comme toxique, intervient pourtant dans la fabrication de nombreux aliments du quotidien. Mais peut-être plus pour bientôt. Contre l’avis du gouvernement, les députés ont en effet voté de justesse, mercredi 21 octobre, en faveur de l’interdiction du recours à l’hexane dans l’industrie agroalimentaire à partir de 2027. Pour les lanceurs d’alerte comme l’ONG Greenpeace France, engagée dans ce combat depuis plusieurs années, ce vote parlementaire sonne comme une victoire. Mais qu’est-ce que l’hexane ? Et est-il si dangereux ?

L’hexane n’est pas considéré comme un ingrédient mais comme un «auxiliaire technologique», et n’est donc jamais inscrit sur la liste d’ingrédients des produits agroalimentaires vendus dans le commerce. Une opacité qui agace ses détracteurs. Issu de la pétrochimie, l’hexane est en effet un solvant utilisé par l’industrie agroalimentaire, qui permet de séparer l’huile des graines oléagineuses (colza, tournesol, soja). Il offre «un rendement d’environ 97% contre près de 89% pour une pression mécanique à froid», selon un rapport de Greenpeace France publié en septembre 2025.

Concrètement, les graines déjà pressées sont lavées à «contre-courant» avec de l’hexane pour extraire l’huile restante et ainsi ne rien perdre. Mais l’origine de ce solvant est pour le moins préoccupante : dans un document publié en juin 2025, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) définit l’hexane technique comme «un produit commercial composé essentiellement d’hydrocarbures acycliques saturés». Autrement dit, il s’agit d’un produit dérivé directement du pétrole.

Des «effets neurotoxiques»

L’EFSA évoque des données récentes sur de possibles «effets neurotoxiques, rénaux, hépatiques, pulmonaires, immunitaires, endocriniens, reprotoxiques et sur le développement», sans en avoir encore évalué la pertinence. Depuis mai 2026, l’hexane est même officiellement passé de «neurotoxique présumé» à «neurotoxique avéré» dans la classification européenne. Chez les personnes fortement exposées, par inhalation surtout, il provoque notamment des atteintes des nerfs des bras et des jambes, précise l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) dans sa fiche toxicologique. Son utilisation massive participerait par ailleurs «à la pollution de l’air et aux changements climatiques », alerte Christian Cravotto, chercheur postdoctoral au sein de l’unité de recherche et de développement agro-biotechnologies industrielles d’AgroParisTech.

L’acceptabilité de l’hexane dans notre alimentation a longtemps reposé sur des études datées. Lors d’une évaluation réalisée en 1996, le Comité scientifique de l’alimentation humaine, ancien comité consultatif de la Commission européenne, avait été retenu une dose sans effet de 23 mg/kg de poids corporel, et estimé l’exposition des consommateurs à 0,1 mg/kg par jour. Greenpeace rapporte par ailleurs qu’il n’existe «aucune limite réglementaire» pour les produits d’origine animale et pour l’alimentation animale, ce qui concerne par exemple le beurre, le lait ou le poulet. Lors de l’extraction, jusqu’à 60% des pertes d’hexane finirait ainsi dans les tourteaux, la matière solide qui reste après avoir extrait l’huile des graines et qui sert à nourrir le bétail. Dans notre alimentation quotidienne, les huiles végétales seraient particulièrement contaminées, selon Greenpeace, ainsi que le poulet, le beurre, le lait animal et même le lait infantile.

Apolline Crété

–

 

Partager sur