Démission de Christine Lagarde de la BCE : pourquoi le RN et LFI pointent Macron du doigt ?

Le départ anticipé de la présidente de la BCE permettra à Emmanuel Macron de peser sur la succession de celle-ci avant la fin de son propre mandat en mai 2027.

31 octobre 2026 (Nouvelobs) : Après les nominations de proches du président à la tête d’institutions françaises, RN et LFI dénoncent une nouvelle tentative de « verrouillage ».

C’est Christine Lagarde qui s’en va, mais c’est Emmanuel Macron qui essuie les critiques. En annonçant jeudi 29 octobre son départ de la Banque centrale européenne (BCE) pour le 7 février 2027, près de neuf mois avant la fin de son mandat, celle qui dirige l’institution depuis près de sept ans a aussitôt réveillé les soupçons de mainmise sur les institutions exprimés par le Rassemblement national et La France insoumise.

« Après le départ du gouverneur de la Banque de France avant terme pour permettre à Macron de nommer son assistant, voici le départ annoncé de Christine Lagarde », dénonce Jean-Luc Mélenchon sur X. L’objectif, selon lui, est de « permettre à Macron de négocier avec le chancelier la prochaine nomination ».

Au RN, le député Jean-Philippe Tanguy dénonce une « dérive illibérale » et accuse le président de vouloir « verrouiller » la BCE, « après avoir placé Emmanuel Moulin à la Banque de France et Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes ».

L’entourage d’Emmanuel Macron dément tout interventionnisme : « C’est un choix personnel, balaye un proche du chef de l’Etat à l’AFP. Il faut arrêter de voir le complot partout, c’est très inquiétant pour des gens qui aspirent à de hautes fonctions. » Reste que le calendrier, maintenant, offre bien au président sortant la possibilité de participer au choix du prochain patron de la BCE.

Une décision collégiale

Nommée en 2019 pour un mandat de huit ans non renouvelable, Christine Lagarde devait rester à Francfort jusqu’au 31 octobre 2027. Son départ en février avance donc sa succession avant l’élection présidentielle française, qui se tient deux mois et demi plus tard. Emmanuel Macron pourra donc prendre part aux négociations européennes, alors qu’un départ au terme prévu aurait laissé cette possibilité à son successeur.

C’est précisément ce que dénoncent les insoumis. « Emmanuel Macron veut verrouiller la politique monétaire pour que le macronisme survive et entrave au maximum ceux qui lui succéderont à l’Elysée », écrit sur X Eric Coquerel, président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Derrière cette question de nominations, le député prête au chef de l’Etat une volonté de limiter les possibilités d’alternance économique après 2027.

Le président français ne choisit toutefois pas seul qui dirigera la BCE. La nomination revient aux dirigeants des pays de la zone euro réunis au Conseil européen, à la majorité qualifiée renforcée, après consultation du Parlement européen et du conseil des gouverneurs de la banque. Le mandat est de huit ans, non renouvelable. Emmanuel Macron pourra donc peser dans une négociation, sans pour autant décider unilatéralement de son issue.

Et Berlin entend d’ailleurs faire valoir ses intérêts. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé que le processus serait mené à bien d’ici à la fin de l’année. Deux noms se détachent déjà, selon l’AFP : le Néerlandais Klaas Knot et l’Espagnol Pablo Hernández de Cos. De son côté, Emmanuel Macron a appelé à préparer la succession « de manière ordonnée et équilibrée avec nos partenaires européens ».

Les précédents Moulin et Montchalin

Si les oppositions soupçonnent une manœuvre, c’est aussi parce qu’elles ont déjà dénoncé plusieurs nominations de proches du président à des fonctions appelées à durer au-delà de son mandat. A commencer par celle d’Emmanuel Moulin à la Banque de France en mai dernier, après le départ anticipé de François Villeroy de Galhau. Le choix de celui qui dirigeait le cabinet du chef de l’Etat avait alimenté les accusations de mainmise sur une institution indépendante. Jean-Luc Mélenchon y fait directement référence en parlant du « commis » d’Emmanuel Macron.

Quelques mois plus tôt, le choix d’Amélie de Montchalin pour présider la Cour des comptes avait provoqué une autre levée de boucliers. La ministre des Comptes publics passait alors de la préparation du budget au contrôle de l’utilisation de l’argent public. « Comment la ministre actuelle pourrait donner un avis crédible sur le prochain budget, qu’elle a elle-même préparé ? » interrogeait Eric Coquerel.

La nomination à 40 ans de cette fidèle du président suscitait aussi des critiques sur la durée de ses fonctions : elle pourrait rester en poste jusqu’à 68 ans. Le gouvernement défendait, lui, ses compétences et sa capacité à exercer en toute indépendance.

Des critiques venaient s’ajouter à celles qu’avait suscitées l’arrivée de Richard Ferrand, autre proche d’Emmanuel Macron, à la présidence du Conseil constitutionnel en 2025. Le RN n’a pourtant pas toujours trouvé à redire aux nominations de fidèles du président. En février 2025, l’abstention de ses députés avait permis à Richard Ferrand d’accéder à la tête du Conseil constitutionnel, à une voix près. Depuis, le parti a changé de pied et réclame le départ de celui qu’il a aidé à installer, l’accusant d’avoir « rompu avec son devoir de neutralité » en contestant la procédure référendaire envisagée par Marine Le Pen pour réviser la Constitution. Une demande rejetée lundi 26 octobre par les Sages.

Lagarde veut retrouver sa « liberté de parole »

Et comment la principale intéressée justifie-t-elle son départ ? Christine Lagarde souhaite retrouver « la liberté de parole, la liberté d’expression et la liberté de [s’]engager sur des sujets qui ne relèvent pas de la politique monétaire ». « Je sens que je dois dire ces choses, et je ne peux pas le faire dans ma position actuelle », a-t-elle mystérieusement expliqué.

L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, qui a écarté fin septembre une candidature à la présidentielle, est notamment citée pour prendre la tête du Forum économique mondial de Davos. Quelles que soient ses intentions, son départ permettra à Emmanuel Macron de peser sur une nomination qui devait se jouer après lui. De quoi nourrir les accusations de « verrouillage », sans établir que l’Elysée ait organisé son départ.

Par Timothée Maubon

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