Elisabeth Badinter dénonce le retour du modèle de la mère parfaite

SI LES PREMIERS MOUVEMENTS DE REVENDICATION POUR LE DROIT DE VOTE ET POUR LE DROIT AU TRAVAIL REMONTENT A LA REVOLUTION DE1789 AVEC L’APPARITION DE LA NOTION DE DROITS NATURELS, LE FEMINISME PREND CORPS REELLEMENT A LA FIN DU XIXE SIECLE QUAND LA REVOLUTION INDUSTRIELLE AMENE LES FEMMES SUR LE MARCHE DU TRAVAIL.

Deux tendances se dessinent dès le début, celle qui vise à protéger les spécificités des femmes (interdiction du travail de nuit pour les femmes en 1906) et une tendance égalitariste, qu’on pourrait symboliser par le slogan fameux « à travail égal, salaire égal ».
Le mouvement se radicalise et progresse aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest après la deuxième guerre mondiale. En France, les figures du moment sont Antoinette Fouque et Simone de Beauvoir : « Le deuxième sexe », publié en 1949, fait scandale au point d’être mis à l’index par le Vatican.

Et pourtant, les femmes continuent d’assurer 80% des taches domestiques, elles ont moins accès aux postes de responsabilité -c’est l’effet « plafond de verre »- subissent plus qu’elles ne choisissent le travail à temps partiel, et leur présence reste marginale dans la vie politique.

Elisabeth Badinter, philosophe et essayiste, fait partie du courant égalitariste. Elle plaide pour une ressemblance des sexes et considère que la loi sur la parité en politique, par exemple, en soulignant une différence, est porteuse de discrimination et d’inégalité.

Après « L’amour en plus : histoire de l’amour maternel », « L’un est l’autre », » Fausse route » elle vient de publier « Le Conflit, la femme et la mère » (Flammarion) qui a suscité la polémique : elle y dénonce le retour, porté par les courants de pensée naturalistes, du modèle de la mère parfaite qui prône l’allaitement maternel, la puissance du lien fusionnel entre la mère et l’enfant, et qui, selon elle, menacerait la capacité des femmes à mener leur vie librement. Elle écrit de façon provocatrice « Le bébé est le meilleur allié de la domination masculine ».

Le livre a provoqué une avalanche de commentaires dans les médias, et sur la Toile en particulier. Il est intéressant de voir comment ce sujet séculaire « être femme, être mère » continue de provoquer des réactions extrêmement tranchées. La lecture du livre d’Elisabeth Badinter me laisse un peu perplexe par sa position extrême, tout autant que celles de ceux auxquels elle s’oppose, lesquels prônent un modèle différent, mais tout aussi normatif. On ne peut nier la réalité biologique, pas plus que l’importance des avancées du siècle dernier vers un meilleur équilibre des relations homme-femme ; on ne peut pas non plus nier qu’il reste beaucoup à faire pour défendre les droits des femmes et qu’il existe toujours des potentialités de violence dans les relations familiales et matrimoniales. Mais on se dit qu’on pourrait aussi simplement défendre le libre choix de chaque femme à avoir un enfant ou pas, et défendre la spécificité de chaque relation père-mère-enfant qui en fait tout le prix.

Silvia Cauquil

 

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