Michael Lonsdale, l´étoffe d´un sage

Les concerts-lectures se suivent et ne se ressemblent pas. La tournée dans toute la France se poursuit. Les 14 stations du Chemin de Croix, sur des poèmes de Paul Claudel. Les eaux vives, concert-lecture en cinq actes de textes profanes et sacrés, avec des improvisations musicales sur le thème de l’eau. Quels que soient les thèmes, on retrouve cette ferveur et ce bonheur de donner et de partager. Quel que soit le degré de croyance et de spiritualité, on reste tous subjugués. Sous le charme…

Micheal LonsdaleIl faut dire que Michael Lonsdale, ce récitant tant attendu, est là. Très attendu. On fait la queue devant les églises partout où il se produit. Nous avons rencontré ce grand monsieur dans les Yvelines. L’acteur et ses amis comédiens et musiciens offraient les 14 stations du Chemin de Croix. Dès les premiers instants, la voix de Michael Lonsdale vient nous chercher, nous enveloppe, chaleureuse et bienveillante. Des musiques de Bach, Ravel, Bizet l’accompagne. L’acteur et les comédiens musiciens nous offrent, une heure durant, un moment rare de bonheur.

Et c’est un bonheur aussi de rencontrer Michael Lonsdale. Frère Luc dans Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, Grand Prix 2010 du Festival de Cannes et sur les écrans argentins à partir du 30 juin. Quelle carrière cinématographique et théâtrale ! Orson Welles, Luis Buñuel, Louis Malle, François Truffaut, Joseph Losey, Jean-Pierre Mocky, Jean-Jacques Annaud, avec son Nom de la Rose et le fabuleux Sean Connery, qui porte, lui aussi admirablement, ses 80 ans.

Michael Lonsdale a joué au cinéma avec de formidables metteurs en scène, sans bouder les films grand public, comme le fameux Moonraker, du James Bond 1979, où il incarnait « le Méchant » ! Un méchant, notre acteur ! Vous pouvez l’imaginer ?
On est désarmé par une telle douceur. Il nous parle en toute simplicité, de sa voix chaude, quasi hypnotique, aux inflexions joliment dosées, et ne semble pas avoir conscience de l´impression qu´il nous fait. Oui, nous sommes impressionnés et le terme n’est pas trop fort. Déjà par sa culture, immense, par son parcours, qui le situe parmi les grands « passeurs de textes », comme il se nomme – et il ne nous a pas fallu attendre son César pour en être convaincus. C´est un immense acteur. On se sent proche de lui, en phase avec ses propos. On est à la fois, tout petit, face à tant d´humanité et grandi car il est là, et sa seule présence nous fait vivre un moment de grâce.

Nous évoquons avec lui le film Des hommes et des dieux. Une histoire qui retrace le cheminement spirituel des moines de Tibhirine pendant les mois précédant leur disparition, en 1996. Une page particulièrement noire de l’islamisme en Algérie.

Pétra Wauters : Vous avez obtenu un César du meilleur second rôle masculin pour votre interprétation de Frère Luc, médecin de la communauté dans le film de Xavier Beauvois : on y parle de tolérance, de curiosité de la religion des autres, d’entente entre les peuples, de Dieu, le message est universel et on a l’impression que dans ces concerts-lectures, on vous retrouve dans cet habit de sage, à la recherche d´une fraternité humaine ?
Michael Lonsdale : Je suis toujours partant pour tout ce qui est spirituel. Et ce chemin de croix de Claudel est une très très belle chose. Et comme j’aime la musique, je suis toujours heureux de proposer des concerts-lectures.
Ce que vous disiez au sujet du film, de la curiosité pour les Arabes, de la curiosité de la religion, ce n’est pas vraiment ça. C’était un vrai partage. Ce n’était pas simplement une curiosité, ils ont vraiment vécu ensemble, dans une Algérie en proie à la guerre civile, ils ont travaillé ensemble, ils ont tissé des liens avec la population, ils ont partagé énormément, et c’est pour ça que les moines n’ont pas pu s’en aller. Ils avaient l’impression de déserter, de les abandonner, alors que ce village s’était construit à partir du monastère. Ils étaient venus là pour être un peu protégés. Parce qu´ils pensaient pouvoir être protégés, mais finalement, cela n’a pas empêché les assassins de venir les tuer.

P.W. : Votre métier, votre vie, votre spiritualité, on a l’impression que tout est lié, c’est le même engagement, que vous avez trouvé une forme d’équilibre et de sérénité… C´est l’image que l’on a de vous. Vous n’êtes pas un angoissé !
M L (il rit) : Oh non ! Pas du tout. Je l’ai été beaucoup dans ma vie, mais là, maintenant, ça va ! Je suis calme et serein.

P.W. : Vous disiez un jour qu’on vous entendait à peine, lorsque vous étiez jeune, tellement vous étiez timide, inhibé, et aujourd’hui, cette même voix se fait bien entendre et de différentes manières.
M.L. : Oui, c’est vrai, elle s’est développée. À force de jouer dans des lieux très grands, sans micro, il fallait bien se faire entendre et la voix s’est développée à partir de rôles que j’ai joués aussi, où il fallait beaucoup crier… Ça aide. Dans le cours de théâtre où j’allais, chez Tania Balachova, on nous faisait faire tous les jours un exercice, justement pour les gens qui ne parlaient pas assez fort : on devait dire la tirade de Victor Hugo, dans Ruy Blas, « Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! », de plus en plus fort, jusqu’à la hurler ! La voix s’est bien développée !

P.W. : La voix, et l’âme qui va avec !
M.L. : Oui, bien sûr, les deux vont de pair.

P.W. : Vous étiez aussi en 2009, au théâtre Toursky, chez Richard Martin à Marseille pour Job ou L’Errance du juste, d’après le Livre de Job.
M.L. : Oui, et nous avons d’ailleurs prévu de rejouer ce spectacle.

P.W. : Vous étiez Dieu, et Richard Martin Job…
M.L. : Oh non ! Je n’étais pas Dieu ! J’étais la voix de Dieu ! Dieu, Ce serait difficile de l’incarner ! Il n’a pas de corps…

P.W. : Là encore, il s’agit de lectures où l’on parle d’humanité de tous les temps. C’est maintenant ce que vous recherchez au théâtre ou au cinéma ?
M.L. : Non, j’ai un métier de comédien, et je fais des choses très différentes qui ne sont pas forcément spirituelles, mais c’est vrai que, dès que je peux, je donne la priorité à tout ce qui touche à la spiritualité, à la parole de Dieu, à la musique de Dieu.

P.W. : Depuis combien de temps êtes-vous sur les routes avec ces chemins de croix ou les eaux vives ?
M.L. : Cela fait trois années déjà. C’est à chaque fois différent. C’est transmettre la parole de Dieu, la spiritualité, faire connaître la vie des Saints. C’est surtout ça le programme : être un passeur de textes… Pour ce qui est des lectures. La passion va se faire tout le temps du carême, ensuite cela se calmera un peu. Je serai bientôt en concert avec le quatuor Manfred pour un hommage à Bach. Je serai le récitant dans « La passion selon Saint-Jean ». J’accompagnerai aussi le quatuor Ysaÿe, dans les « Sept dernières paroles du Christ en Croix », sur une musique de Haydn. Là, c’est encore autre chose. C’est magnifique. Voilà. Je suis très heureux avec ça !

Propos recueillis par Pétra Wauters

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