Festival de Cannes : les projections continuent

Notre représentante à Cannes fait une analyse d’un film qui l’a particulièrement marquée : Les Misérables

Lorsque Victor Hugo écrit Les Misérables c’est pour dénoncer les injustices sociales dont il a été personnellement témoin. Chaque incident a été soigneusement noté sur son calepin. Ce qui fait de son chef-d’œuvre un témoignage historique et documenté des évènements autour de la révolte de 1832 et l’insurrection de Paris de 1848. Les Misérables parut en 1862.

Comme Victor Hugo, Ladj ly, jeune réalisateur français, documente la vie dans les ghettos, la misère, la désespérance, des jeunes du 93, ainsi que l’impossibilité et les risques encourus par la police (dans ce cas la Brigade Anti-criminalité) pour maintenir le calme et la loi. Ladj Ly met en scène plusieurs personnages pris dans cet engrenage, qui luttent à leur façon pour se défendre et survivre dans cet enfer.

Parmi les 3 policiers, l’un, jeune guadeloupéen est considéré comme un traître par ses amis et sa famille, l’autre certainement raciste, misogyne brutal semble maintenir le statut quo pour un temps, enfin, le troisième, le “bon et honnête” donnera une fin plutôt positive, malgré la violence continue, en étant reconnu comme un homme de confiance.

Le représentant des Frères Musulmans essaie d’adoucir les relations brutales entre les gangs et la police se vouant une guerre meurtrière. Les jeunes dans ce milieu terrible se regroupent en gangs dangereux. Certains, malgré tout, gardent un cœur tendre d’enfants meurtris (l’affection pour un lionceau volé dans un cirque).

Enfin, ‘le “Maire”, le mafieux qui essaie de maintenir, avec des moyens discutables, un équilibre entre tous ces extrêmes.

Tous ces personnages ne sont pas foncièrement mauvais, ils essaient de survivre dans ce tourbillon de violence et de désespoir sans issue.

Ils sont pris dans un engrenage infernal, lorsqu’un des policiers paniqué, car entouré de jeunes très agressifs, attaque et blesse un jeune menotté.

Sans vouloir trop décrire le film, nous dirons que c’est la relation de confiance entre un gosse de la rue et le “bon policier” qui finalement stoppera in extremis une violente insurrection.

“ Mes amis, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs “, cette citation de Victor Hugo conclut le film, et illustre parfaitement la situation présentée.

Le film à haute teneur politique est un cri d’alarme, un appel à nos politiciens qui ne savent pas faire progresser une situation qui se révèle, aujourd’hui, aussi dramatique que celle décrite par le grand écrivain au 19ème siècle.

« Amazon » a acheté les droits de projection aux US pour ce film dès sa sortie. D’autres pays ont suivi. C’est un immense succès pour ce jeune réalisateur (39 ans) venant d’un milieu défavorisé, qui a su porter témoignage avec infiniment de talent, de cette injustice sociale effrayante…et dangereuse.

Bianca McMaster

Photo by Eric Feferberg / AFP