Rénovation de La Bourse de commerce à Paris

Manuelita avait bien raison, pour faire peau neuve, rien ne vaut un détour à Paris. François Pinault, -le multimillionnaire français fondateur d’un empire de produits de luxe-, a inauguré samedi 22 mai son premier musée parisien.

Un musée à Paris pour  « partager  ma passion pour l’art de mon temps avec le plus grand nombre », pour faire vivre sa collection, pour révéler au public parisien un élément méconnu de son patrimoine et lui offrir l’un des rares projets dans l’hexagone du célèbre architecte japonais Tadao Ando.
C’est dans le « ventre » de Paris, la vieille halle au blé, créée par Louis XV, devenue Bourse de commerce dont la façade fut édifiée pour l’exposition universelle de 1889*, que les œuvres sont exposées et c’est Tadao Ando, vieux complice de Pinault (Palazzo Grazzi et Punta della Dogana à Venise) qui a été chargé de la rénovation de ce monument emblématique du patrimoine parisien.
Le bâtiment a été confié par la mairie de Paris à François Pinault (un bail d’une durée de 50 ans) et le coût des travaux aurait été de l’ordre de 160 millions d’euros.
Il aura fallu trois ans au « maître du béton » pour accomplir cette prouesse en collaboration avec les agences NeM/Nimey et Marca Architectes, et celle de Pierre-Antoine Gatier (architecte en chef des Monuments historiques).  

La structure originelle est conservée, la coupole rénovée ainsi que la frange de tableaux qui la bordent. Une coursive permet d’admirer la vue qu’offrent la rotonde et sa coupole surmontée d’une verrière et à la base de laquelle s’étend un panorama  qui évoque le commerce dans le monde.
Un cylindre de 9 mètres de haut, 30 mètres de diamètre et 50 cm d’épaisseur constitué de tatamis de béton et ponctué de 863 trous de banche (typiques du béton à peine décoffré, la signature artistique de Ando) a été coulé sur place. Un anneau crée au cœur du bâtiment comme « une agora paisible ». Une structure aussi spectaculaire que calme et respectueuse du bâtiment d’origine au centre duquel elle vient s’insérer.
« Il s’agissait de régénérer le monument historique : honorer la mémoire de la ville inscrite dans ses murs et, à l’intérieur, placer une autre structure, sur le modèle d’un emboîtement gigogne. Une composition instaurant un dialogue vivant entre le nouveau et l’ancien, créant un espace plein de vie comme doit l’être un lieu dédié à l’art contemporain », explique l’artiste.
Cet étonnant cylindre qui s’élève sous la coupole fait le lien entre un auditorium et un studio (conférences, concerts, projections, rencontres, performances…) situés en sous-sol et les galeries d’expositions.
Un autre point de vue sur cette vaste œuvre collective est offert aux clients du restaurant-café “Halle aux grains” qui se niche en haut du bâtiment. Les frères Ronan et Ewan Bouroullec signent le mobilier intérieur de la Bourse de commerce et celui qui se trouve sur ses abords extérieurs (assises, mâts portant drapeaux et moulins à vent, rochers en bronze…).
Expositions thématiques, concerts, cartes blanches, commandes spéciales ou conférences, s’y déploieront ainsi en dialogue sur une surface modulable de 6800 m2, destinée à accueillir performances et rétrospectives dans les meilleures conditions.
La première exposition s’intitule Ouverture. Ouverture d’esprit au monde, ouverture à la création artistique et à sa diversité, ouverture pour créer « un lieu dédié à l’art de la manière la plus adaptée possible, un lieu conçu comme une promenade surprenante où l’on pourra regarder, réfléchir et rêver ». Comme un clin d’œil à l’aspect, parfois éphémère de l’art contemporain, métaphore de la vie, se dresse au centre de la rotonde une énorme sculpture en cire d’Urs Fischer, le grand artiste plastique suisse, recréant l’enlèvement des Sabines « qui fut l’origine de l’origine de l’occident » : ses mèches ont été allumées le 22 mai, jour de l’inauguration officielle, et brûleront lentement pendant six mois. 

Luxe de grand collectionneur ? Une œuvre d’art abritant des œuvres d’art ?

« En hommage à la mémoire de la ville, gravée dans les murs de la Bourse de commerce, j’ai créé un nouvel espace qui s’emboîte à l’intérieur de l’existant pour revitaliser l’ensemble du volume qui sera dédié à l’art contemporain. L’architecture comme trait d’union entre le passé, le présent et le futur ».  

Bourse de Commerce – Pinault Collection, 2, rue de Viarmes, Paris1er   www.boursedecommerce.fr

*La même exposition universelle qui vit naître la Tour Eiffel

Elisabeth Devriendt

Photo : « La Nación » – Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect

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