Retour sur plus de 2000 ans d’Olympisme

Troisième partie : l’avènement des Jeux Olympiques modernes

Dans quelques jours, Paris s’apprête à accueillir la 33ème édition des “Jeux Olympiques 2024”…

Les Jeux Olympiques modernes, plus d’un siècle d’une histoire sportive tourmentée

Le baron Pierre de Coubertin n’a pas inventé les Jeux olympiques. Il les a rénovés et c’est déjà beaucoup. A la suite de la débâcle française de 1870 face à la Prusse, le baron Pierre de Coubertin prône un retour au sport et à l’éducation physique, ce qui avait manqué cruellement selon lui aux armées françaises face aux envahisseurs prussiens de Otto Von Bismarck. Alors que les frontières de l’Europe trouvent peu à peu leurs limites finales, il pense trouver dans les Olympiades un gage de paix internationale. Les Jeux Olympiques naissent donc de l’ambition paradoxale de pacifier les relations internationales tout en nourrissant un esprit revanchard contre le voisin allemand.

En 1894, deux mille personnes, représentant douze nations, assistent au congrès consacré à l’organisation du sport mondial. Coubertin en profite pour faire valider le rétablissement des Jeux Olympiques. Ils sont prévus pour 1900 à Paris mais un envoyé de la monarchie grecque obtient que les Jeux soient finalement organisés dès 1896 à Athènes. Ils sont organisés dans l’esprit des Jeux Panhelléniques dont la connaissance s’enrichit à mesure que progresse les recherches archéologiques allemandes du site d’Olympie.

Les premiers Jeux Olympiques modernes sont pour le moins laborieux. Si la première édition grecque est un succès avec 241 participants venant de quatorze nations, dont principalement des athlètes grecs, allemands, français et britanniques et une cérémonie d’ouverture impressionnante dans le stade antique d’Athènes reconstruit pour l’occasion, les suivantes ne connaissent pas le succès espéré. Les jeux associés à des expositions de 1900 à 1908, peinent à trouver une identité propre.

Ceux de 1900 restent une péripétie de l’exposition universelle de Paris et la cérémonie de clôture est même supprimée. Quatre ans plus tard, les organisateurs reproduisent la même erreur en associant les Jeux de Saint-Louis de 1904 aux États-Unis à l’Exposition universelle organisée dans la même ville. Les compétitions se retrouvent noyées dans la foire-exposition.

Les Jeux modernes prennent véritablement leur envol sportif et institutionnel à partir de Londres 1908 : bien qu’ils soient encore liés à une exposition, plus de deux mille concurrents se disputent les honneurs dans vingt-et-un sports.

Puis, moins de deux ans après le terrible conflit de la Grande Guerre, Anvers reprend le flambeau. Si l’Allemagne et l’Autriche ne sont pas présentes, les compétitions se déroulent avec, pour la première fois, le drapeau et le serment olympiques.

En 1924, Paris accueille les Jeux olympiques pour la deuxième fois avec le premier village olympique de l’histoire. L’Allemagne est toujours absente. La participation atteint un nouveau record avec 44 nations et 3 080 athlètes.

Les éditions de 1928 et de 1932 respectivement à Amsterdam et à Los Angeles renforcent le statut international de la compétition et confirment la place désormais importante du phénomène olympique.

Cependant les valeurs universelles et pacifistes des Jeux Olympiques prennent un coup d’arrêt en 1936 alors que les épreuves prennent place à Berlin en terrain fasciste et bientôt totalitaire. Coubertin sait que c’est une défaite :  personne n’est dupe sur le fait que l’Allemagne nazie exploite ces Jeux à des fins de propagande. Les Nazis mettent en valeur l’image d’un pays nouveau, fort et uni, tout en dissimulant l’antisémitisme du régime, sa politique raciale et la montée du militarisme. Pour la première fois, plusieurs pays appellent au boycott. L’Allemagne remporte 89 médailles contre 56 pour les États-Unis et assied par la même sa théorie de la supériorité factice de la race aryenne.

La période d’après-guerre est marquée par un essor de plus en plus important du mouvement olympique. Si l’amateurisme des athlètes est toujours de rigueur, il le sera officiellement jusqu’en 1981, les Jeux deviennent un enjeu sportif majeur. Le nombre de participants augmente. L’événement se transforme aussi en enjeu géopolitique de premier ordre dans une période de l’histoire marquée par de nombreuses tensions internationales entre guerre froide, décolonisations et émancipations raciales.

L’édition olympique de 1952 qui se déroule à Helsinki en Finlande est marquée par la première participation de l’URSS qui, avec 71 médailles, fait immédiatement presque aussi bien que les États-Unis et leurs 76 breloques.

Quatre ans plus tard, les Jeux olympiques de Melbourne de 1956 s’ouvrent sur un climat politique extrêmement tendu :  Israël a envahi l’Égypte et l’URSS est intervenue brutalement en Hongrie pour mettre fin au printemps de Prague. La rencontre de water-polo entre soviétiques et hongrois dégénère. Pourtant, et pour la première fois, les athlètes rompent les rangs et se mélangent lors de la cérémonie de clôture.

Après des éditions organisées à Rome puis à Tokyo, les Jeux poursuivent leur expansion en prenant place pour la première fois dans un pays en voie de développement :  le Mexique en 1968. A 2200 m d’altitude, la compétition réunit plus de six mille concurrents venus de cent-douze pays, dont une grande partie ont depuis peu accédé à l’indépendance. Fait demeuré célèbre, au cours des Jeux, les athlètes américains Smith et Carlos ont manifesté leur colère, poings levés gantés de noir, sur le podium du 200 m, pour lutter contre la ségrégation afro-américaine aux États-Unis.

Le 5 septembre 1972, les Jeux olympiques de Munich sont frappés de plein fouet par un événement dramatique : un groupe de terroristes palestiniens prend en otage et assassine onze athlètes israéliens. Le choc est énorme.

Quatre ans plus tard, vingt-deux pays africains décident de boycotter la compétition suite à la rencontre de rugby disputée entre la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, ce dernier pratiquant toujours l’apartheid. Parallèlement, la lutte sportive de prestige entre les pays du bloc de l’Est et les pays occidentaux fait rage.

Rebelote en 1980 : suite à l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques en décembre 1979, le président américain Jimmy Carter appelle au boycott des Jeux de Moscou. Résultat : cinquante-huit pays, dont les États-Unis, la RFA et le Japon sont absents de cette édition olympique, la première à être organisée dans un pays socialiste.

Si les jeux Olympiques sont l’occasion d’importer les conflits géopolitiques sur le devant de la scène sportive mondiale, ils deviennent également une manne financière potentielle sans précédent. L’abandon du statut amateur comme condition de participation, l’arrivée de Juan Antonio Samaranch, détenteur d’un empire dans le textile, la banque et l’immobilier, en Espagne et en Amérique latine, comme nouveau président du CIO et le financement des Jeux par des firmes commerciales font entrer le mouvement olympique dans une nouvelle ère. L’argent envahit le domaine sportif, les sponsors s’enrichissent et les pays y voient l’occasion d’investir massivement dans la rénovation de leurs villes et leurs équipements.

L’édition à Barcelone de 1992 en est l’exemple parfait. En 2009, un rapport détaille que la ville, entre 1986 et 1992, s’est enrichie de 15% en routes supplémentaires, de 17% en nouvelles canalisations d’égouts et de 78% en espaces verts et plages. Le nombre de chômeurs baisse drastiquement de moitié avec la création de 20.000 emplois permanents. La capacité hôtelière de la ville augmente de 38%. L’investissement général lié à ces JO aurait été de 7,5 milliards de dollars *

Les Jeux du centenaire de 1996 se déroulent à Atlanta, siège social de Coca-Cola, sponsor officiel de la compétition depuis les années 1930. Pour la quatrième fois, les Américains organisent les Jeux qui deviennent gigantesques : 197 nations et 10 318 athlètes prennent part à 271 épreuves dans 26 sports, alors que trois milliards et demi de téléspectateurs assistent, lors de la cérémonie d’ouverture, au portage de la flamme par Mohamed Ali.

Vingt-deuxième pays à accueillir les Jeux olympiques, la Chine prend place au firmament du sport mondial avec l’édition Pékin 2008. Il faut dire qu’avec le budget le plus élevé de l’histoire olympique, 42 milliards de dollars *, l’Empire du milieu n’a pas fait dans la demi-mesure. La Chine termine en tête du classement des médailles, devant les États-Unis et la Russie. Les épreuves sont marquées par les performances extraordinaires de l’athlète jamaïcain Usain Bolt qui remporte le 100 m, le 200 m et le relais 4 fois 100 mètres, en battant dans chaque épreuve le record du monde.

En 2016, les Jeux olympiques continuent leur expansion géographique en visitant pour la première fois l’Amérique du Sud et plus précisément Rio de Janeiro. Aucun Comité Olympique n’a encore été plus représenté : 208 nations au compteur.

Les jeux de 2020 à Tokyo, sont pour le moins originaux, reculés d’un an à cause d’un virus peu commode, ils se déroulent à huis clos. Un spectacle sans en être un, avec toutefois l’introduction de nouveaux sports et de nouvelles épreuves : 339 épreuves réparties dans 33 sports – soit le plus grand nombre de l’histoire olympique.

Ainsi pour que les Jeux Olympiques renouent avec la fête qu’ils se doivent d’incarner, Paris voit les choses en grand pour cette édition 2024. Cérémonie d’ouverture sur la Seine, qui a été assainie pour l’occasion afin d’y faire concourir les épreuves de natation, métamorphose de sites emblématiques de la ville Lumière pour les transformer en arène d’un soir. Le Champ de Mars accueille le Beach Volley, la place de La Concorde le BMX, l’arrivée du contre-la-montre cycliste se fera sur le pont Alexandre III, l’escrime au Grand Palais et le départ du mythique marathon devant la façade néo-renaissance de l’Hôtel de Ville.

Une grande fête où seule une interrogation persiste, les Parisiens seront-ils là pour prendre part aux festivités ?

Clément Corbineau

* Ces sommes apparemment démesurées prennent en compte d’énormes dépenses de travaux d’infrastructure.


 

Partager sur