Aquarelle : entre la France et l’Argentine

À l’occasion de la sortie de son deuxième livre consacré à l’aquarelle, Pétra Wauters a mis en lumière son travail ainsi que celui de six aquarellistes au style bien affirmé.

Aquarelliste et journaliste, Pétra Wauters a été collaboratrice du Trait-d’Union lorsqu’elle habitait à Buenos Aires, au début des années 2000. Elle a, tout au long de son séjour en Argentine, contribué avec sa plume amène et dynamique au développement de la publication. Elle menait cette participation de front avec son travail d’aquarelliste, peignant tout en conduisant ses ateliers où se retrouvaient assidûment plusieurs apprentis-artistes. Elle a gardé le contact avec Buenos aires et l’Argentine, où elle est revenue à plusieurs reprises.

Regards croisés est son 2ème livre publié, très soigné, avec de magnifiques illustrations de ses propres œuvres et de celles des artistes qu’elle admire, notre aquarelliste-journaliste prétend à travers ses ouvrages enseigner encore et toujours les différentes caractéristiques de sa technique picturale préférée, l’aquarelle.

Le livre est organisé de la manière suivante pour chacun des artistes : une biographie concise sous forme d’interview, une sélection d’aquarelles accompagnées d’une description, écrite par l’auteure et un « pas-à-pas » détaillé, où l’artiste partage ses techniques et sa vision, offrant ainsi des clés pour que le lecteur puisse progresser.

Chacun de ces artistes possède une approche singulière à l’art de mélanger l’eau et le pigment. Helen Barenton, originaire de Reims, réalise des portraits émouvants. Vikas Vinayak Patnekar, un artiste indien peint avec une précision remarquable. Jean-Paul Schifrine, le “croquineur” plonge le spectateur dans un monde fantastique. Oscar Cuadros, péruvien, fait montre d’un style coloré, Catherine Rey, la Bretonne, elle, est spécialiste des natures mortes, s’inscrivant dans la lignée dalinienne des représentations d’horloges. Enfin, l’Argentin, Alejandro Fidelio, captive avec ses aquarelles reflétant l’onde vibrante de son pays.

Trait-d’Union est allé à la rencontre d’Alejandro Fidelio. Né de deux parents italiens, il a grandi à Buenos Aires, sa mère est romaine et son père sicilien, tous deux venus en Argentine après la seconde guerre mondiale. Le père d’Alejandro lui faisait peindre des pots de fleurs lorsqu’il était enfant, lui révélant sa vocation artistique.

Alejandro Fidelio et Pétra Wauters ne se sont jamais rencontrés. Leur premier contact se fait au-delà de l’Atlantique, il y a un an et demi, Pétra, admirant son travail depuis la France, a demandé à Alejandro de faire partie de son livre. Depuis, ils entretiennent une admiration artistique réciproque. Il confie être très honoré d’avoir été choisi pour être inclus dans ce livre et note qu’au-delà de sa maîtrise de l’aquarelle, Pétra est très fine observatrice « Je tiens à souligner la sensibilité de l’auteure Pétra Wauters pour la critique parfaitement juste qu’elle a faite de mon style de peinture. C’est comme si je l’avais écrit moi-même. » souligne-t-il

Ce qui fait la particularité d’Alejandro c’est qu’il a tout appris seul. Du dessin aux techniques d’huile et d’aquarelle. Il s’est imprégné du travail des grands aquarellistes en s’appropriant cet art sensible. Un des grands qui l’a façonné est uruguayen, Alvaro Castagnet, reconnu pour son style expressif.

Depuis 2023 Alejandro expose et vend ses œuvres à la Feria del Arte, située à Recoleta, paseo de los artistas. Il enseigne également au Palacio Balcarce. Alejandro a commencé par l’art abstrait avant de plonger dans l’aquarelle. Selon lui, il est plus difficile de faire de l’art figuratif. L’apport du relief et des détails en aquarelle est synonyme d’une grande maîtrise de la technique. Il peint d’ailleurs particulièrement bien la représentation des reflets sur l’eau, pour obtenir ce résultat il emploie trois techniques différentes d’aquarelle. D’autre part, le secret de son art selon Alejandro est la rapidité « un bon aquarelliste met moins d’une heure à finaliser une œuvre ». 

Pour choisir les sujets qu’il va peindre, Alejandro prend en compte plusieurs critères. Il préfère les contrastes aux couleurs, la cohérence de l’image et retient des sujets qu’il pourra vendre, car en Argentine, comme dans beaucoup d’autres pays, il est difficile de vivre de son art. Ainsi, la majorité de ses œuvres représentent des lieux emblématiques d’Argentine : Ushuaia, les chutes d’Iguazú, les rues porteñas. « Un bon peintre fait le travail d’un bon musicien » explique Alejandro. Il organise les éléments sur sa feuille comme un musicien travaille l’arrangement des notes au sein d’une symphonie. C’est comme ça qu’il espère réveiller la sensibilité du spectateur.

Aujourd’hui, l’aquarelle a gagné ses lettres de noblesse. La place de cette technique a atteint celle de la peinture à l’huile dans de nombreux pays, comme en Australie, en Europe et en Amérique latine. Alejandro a d’ailleurs été sélectionné pour la 4eme Biennale internationale, concours rassemblant des aquarellistes du monde entier, organisé par la Société internationale d’aquarelle.

Mathilde Hagobian

 

 

Partager sur