“C’était un coup de colère” : l’écrivain Boualem Sansal dit qu’il ne quittera finalement pas la France

L’écrivain, au cœur d’une polémique depuis son arrivée chez Grasset, avait annoncé fin avril son intention de quitter l’Hexagone. Boualem Sansal est finalement revenu sur ses propos dans une interview à Ouest-France.

9 mai 2026 (Le Parisien) : Boualem Sansal fait marche arrière. L’écrivain français, déchu de sa nationalité algérienne, n’envisage plus de quitter la France, après avoir annoncé son départ de l’Hexagone fin avril. Interrogé ce vendredi 8 mai par Ouest-France, Boualem Sansal explique que son annonce était « un coup de colère ».

L’octogénaire incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position sur son pays natal, a retrouvé la liberté en novembre 2025 après avoir été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, qui a répondu favorablement à une demande des autorités allemandes. Il y a deux semaines, l’écrivain avait indiqué en interview sur TF1 que « la France, c’est fini » pour lui et qu’il se verrait bien vivre en Belgique. « Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays et je me tire », déclarait-il.

Celui qui publiera le 2 juin, « La Légende », un récit retraçant notamment son année d’incarcération, a donc rebroussé chemin. « Je suis Français de nationalité, et les gens qui m’abordent dans la rue m’apportent beaucoup de marques de sympathie », souligne-t-il. « Je crois que mon incarcération a beaucoup touché les Français et qu’ils sont contents de me voir libre ».

Il explique que son ancien éditeur, Gallimard, lui a demandé d’écrire à propos de sa détention. « Je me suis demandé : est-ce que j’allais faire un récit comme celui de Nicolas Sarkozy, Journal d’un prisonnier ? Pas trop, ce n’est pas la même durée et les mêmes conditions de détention. Moi, je voulais faire un truc vraiment politique », indique l’écrivain.

« Je suis devenu l’homme à abattre »

Depuis sa libération, l’octogénaire, en traitement médical en région parisienne pour plusieurs pathologies lourdes, est au cœur de polémiques. Boualem Sansal a quitté en mars son éditeur historique, Gallimard, pour entrer chez Grasset, une maison contrôlée par le groupe Hachette du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Son arrivée chez Grasset a coïncidé avec le départ du PDG de cette maison, Olivier Nora, considéré par de nombreux auteurs comme un « licenciement » décidé par Vincent Bolloré.

Les deux dirigeants étaient en désaccord sur la date de publication du prochain livre de Boualem Sansal, finalement anticipée à juin. Le départ d’Olivier Nora a provoqué une fronde inédite dans l’édition, marquée par le départ de nombreuses signatures connues de Grasset et un appel largement relayé à étendre à ce secteur une « clause de conscience », semblable à celle existant pour les journalistes.

« Je quitte Gallimard et c’est une immense cabale. Je suis traîné dans la boue matin et soir dans les journaux. À cela s’est ajouté le départ d’Olivier Nora à Grasset, les allusions à Bolloré que je ne connais même pas… Je suis devenu l’homme à abattre, celui qu’il faut chasser », déplore Boualem Sansal auprès de nos confrères de Ouest-France, ce vendredi.

 

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