Breton, basque, occitan…pourquoi leurs défenseurs veulent faire peser les langues régionales dans la présidentielle

Le collectif Pour que vivent nos langues a manifesté ce 26 septembre devant la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts.

2 octobre 2026 (Le Figaro) : Il demande une révision de la constitution, pour légitimer les parlers régionaux, et le vote d’une loi linguistique d’ampleur.

À l’occasion de la Journée européenne des langues, le 26 septembre, le collectif Pour que vivent nos langues a mené une action symbolique devant la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts.

Le collectif, qui réunit des acteurs de la défense du breton, du basque, de l’occitan, du picard ou encore du catalan, à interpeller directement les candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle de 2027 sur les politiques linguistiques. Face au déclin des langues régionales, le collectif souhaite imposer la question de leur statut et de leur enseignement dans le débat présidentiel.

Vers une modification de l’article 2 de la Constitution ?

Bien que la France héberge un grand nombre de langues régionales, «la France est imaginée comme un pays monolingue», déplore Cristèla Simonato, membre du collectif et coordinatrice de la Confédération Calandreta, réseau d’écoles immersives laïques en langue occitane.

Classées en danger par l’UNESCO, les langues régionales souffrent, selon le collectif, de l’absence de reconnaissance institutionnelle et d’un cadre juridique trop restrictif. «Nous reconnaissons bien sûr le français comme langue commune, mais pas unique. Notre pays est multilingue, mais n’est pas reconnu comme tel aujourd’hui», analyse la coordinatrice.

Pour régler cette problématique, le collectif a annoncé vouloir diffuser un document d’interpellation ciblant l’ensemble des candidats à la présidentielle. Parmi leurs revendications, Pour que vivent nos langues exige deux mesures majeures : la révision de la Constitution et le vote d’une loi linguistique d’ampleur.

L’article 2 de la Constitution, qui dispose que «la langue de la République est le français», est directement mis en cause. «On souhaiterait que les candidats nous disent leur point de vue par rapport à un changement et une nouvelle rédaction de cet article, car on nous l’oppose régulièrement. Il faut probablement que cet article soit modifié», précise Cristèla Simonato. Elle demande également à ce que soit établie une politique publique pour sécuriser l’enseignement de ces parlers. « Ces langues, si on veut les préserver, il faut qu’il y ait une politique linguistique forte. Ça ne demande pas forcément énormément de moyens, mais ça demande une volonté politique», souligne-t-elle. Le collectif espère obtenir des réponses précises de la part des équipes de campagne et prévoit de publier les retours afin d’éclairer les électeurs sur les positions de chaque candidat en la matière.

Droite, centre, gauche… Des positions divergentes au sein de la classe politique

Pour l’instant, aucun candidat à l’élection présidentielle de 2027 ne s’est déclaré sur les questions de politiques linguistiques. Mais certains ont déjà pris la parole par le passé, dans les médias ou leur programme, ce qui peut constituer un premier indice de leur positionnement. À l’extrême droite, Marine Le Pen (RN) avait affirmé à Ouest-France en 2022 que les langues régionales «font partie de notre patrimoine», mais refusait leur enseignement au sein de l’école publique, estimant que cet apprentissage doit être fait «dans le parascolaire ou le milieu associatif». Même position pour Éric Zemmour (Re), qui concentre son discours sur la défense de la langue française face aux anglicismes et s’oppose à tout statut particulier pour les parlers. En 2015, le candidat Reconquête! avait salué la décision de la France de ne pas ratifier la Charte européenne des langues régionales, qui demandait aux États de favoriser l’usage, oral comme écrit, des langues régionales et minoritaires dans la vie publique et privée.

À droite et au centre, les partis n’adoptent pas tous la même position. Bruno Retailleau (LR) s’était également opposé à la Charte européenne, jugeant que cela pouvait conduire à «l’affaiblissement de notre unité nationale». Gabriel Attal (Renaissance) avait pour sa part affirmé en 2023 être «très attaché» aux langues régionales, qu’il qualifiait de «patrimoine culturel extraordinaire» et de «levier d’apprentissage» pour les élèves, notamment concernant le créole de la Réunion. Édouard Philippe (Horizons) n’a jamais établi de politique linguistique claire, mais avait eu quelques désaccords en 2019 avec le Conseil régional de Bretagne concernant le financement des langues de l’Armorique, alors qu’il était Premier ministre.

À gauche, le principe d’une protection semble faire consensus, bien que certaines divergences subsistent. Fabien Roussel (PCF) souhaitait en 2022 «une refondation des services publics de l’enseignement qui bénéficierait aux langues régionales, sans aucun autre engagement sur leur usage et leur statut légal», selon les réponses qu’il avait apportées à Pour que vivent nos langues. Le Parti socialiste a quant à lui majoritairement voté la loi Molac en 2021, visant à protéger et promouvoir le patrimoine linguistique régional. Marine Tondelier (LE) s’est également dit en faveur de la préservation et du développement des langues régionales. Jean-Luc Mélenchon (LFI) affirmait pour sa part en 2011 être «partisan de l’enseignement et la pratique des langues régionales» mais s’opposer à leur co-officialité.

À noter qu’aucun de ces candidats déclarés ou pressentis n’a fait de la politique linguistique un thème prioritaire de campagne, et qu’aucune déclaration récente ne s’est invitée dans le débat. En somme, les candidats tiennent leurs langues… Mais leurs positions pourraient être amenées à évoluer au cours des prochains mois, à mesure que la campagne avance.

Romain Ferrier

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