Certains établissements ont même intégré le niveau des lycées dans leurs algorithmes. Sur son site, le concours Avenir, qui permet l’accès à huit écoles d’ingénieurs post-bac, précise ainsi que pour sélectionner « les grands classés » (les élèves directement admissibles), le jury étudie et pondère les résultats du candidat en fonction de «son âge en date du bac, sa spécialité », mais aussi de « son lycée de provenance».
Une partie des formations pourront difficilement faire fi de l’identité des candidats. « Les élèves ne pourront pas vraiment rester anonymes, car nous organisons des entretiens oraux », indique Delphine Manceau, la directrice de l’école de commerce Neoma, qui propose plusieurs formations post-bac.
L’anonymisation des lycées, pourrait enfin gêner les établissements qui appliquent des politiques de discriminations positives. Notamment ceux qui entendent privilégier les élèves issus d’établissement défavorisés. Ces données permettent « aux formations de poursuivre leurs actions en faveur de l’ouverture sociale de l’enseignement supérieur », assume le ministère de l’enseignement supérieur sur le site Parcoursup.
Conscient de ces difficultés, le ministre de l’Enseignement supérieur a indiqué que la mesure devrait être accompagnée d’un moyen « d’objectiver les différences de notation entre les différents établissements ». « On a besoin d’un petit peu d’ingénierie pour faire les choses proprement », a précisé Philippe Baptiste lors d’une conférence de presse ce lundi 26 octobre.
Mais comment bâtir un système méritocratique et anonyme ? « L’idéal serait de s’appuyer uniquement sur des épreuves standardisées et nationales. Cela permettrait d’aller chercher beaucoup plus facilement les profils brillants venus d’établissements moins prestigieux », avance Madeleine de Jessey. La mise en place d’un tel système demanderait de revoir l’organisation du bac. Car les épreuves de spécialité, qui ont lieu au mois de juin, ne sont pas prises en compte sur Parcoursup. Après la réforme du lycée, ces écrits à fort coefficient avaient pourtant été conçus pour servir de référentiel commun.
Elles avaient d’ailleurs été positionnées en mars pour être corrigées avant l’examen des candidatures sur la plateforme. Mais ce calendrier avait entraîné des effets pervers inattendus. « Après le mois de mars, les élèves de terminale n’avaient plus aucun enjeu à continuer de travailler et s’étaient complètement démobilisés », rappelle Jean-Rémi Girard, président du Snalc, un syndicat enseignant. Raison pour laquelle les épreuves ont été à nouveau déplacées par la suite.
Miser sur les épreuves anticipées ?
Pour mieux comparer les candidatures, certains établissements ont choisi de miser sur les épreuves anticipées du bac de première. On en compte trois depuis 2026 : l’écrit et l’oral de français et l’écrit de mathématiques. Lors de sa conférence de presse de rentrée, Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris, avait ainsi annoncé que son établissement ne regarderait plus que ces résultats, jugeant les notes de contrôle continu « trop variables d’un établissement à l’autre ». Mais cette option ne peut pas convenir à tous les établissements.
« En prépa littéraire, par exemple, nous avons besoin de regarder les notes de langues et de philosophie, on ne peut se contenter du français », souligne Madeleine de Jessey. Et Jean-Rémi Girard de compléter : « Par ailleurs, donner trop de place aux épreuves anticipées risque de dévaloriser l’année de terminale, en donnant le sentiment aux élèves que tout est déjà joué à l’issue de la première », rapporte Jean-Rémi Girard. Une autre option pourrait être de garder les épreuves à la fin de l’année de terminale tout en en intégrant leurs notes dans la procédure. « Mais il faudrait alors un système d’affectation quasi automatisée pour que les élèves puissent avoir une réponse rapide. C’est une option envisageable, mais qui pourrait aussi générer de la frustration », souligne Jean-Rémi Girard.
Afin de dessiner les contours du successeur de Parcoursup, le gouvernement a créé un nouveau comité de réforme. Cet organe, composé en partie de représentants lycéens et d’enseignants, devra notamment réfléchir au meilleur moyen d’anonymiser les dossiers.

30 octobre 2026 (Le Figaro) : C’était l’une des demandes portées par le mouvement lycéen. Des représentants d’élèves ont exigé la suppression de la mention du lycée d’origine sur Parcoursup. L’exécutif leur a donné gain de cause. La mesure devrait entrer en vigueur à partir de 2028 au sein d’une nouvelle plateforme d’orientation.