Que se passera-t-il le jour d’après le « 7D » ?

Un « 7 » pour le jour, un « D » pour décembre, un icône qui représente la date d’un bouleversement comme le « Jour J » du débarquement des Alliés en Normandie, le « 11 S » ou encore le « 11 M ».

Sabbatella afsca

Directeur de l’AFSCA, Martin Sabbatella

Dit en clair, ce jour-là la foudre du Gouvernement anéantira l’exécré Groupe de presse Clarin qui a l’outrecuidance de critiquer les politiques d’Etat. Et ceci sera fait grâce à une sentence non encore formulée par un juge non encore désigné qui permettra l’entrée en vigueur de la loi 26.522 régissant l’audiovisuel promulguée et réglementée voilà 3 ans. Un vrai galimatias qui s’est transformé en nœud gordien politico-économique-juridique. La toute nouvelle AFSCA (Autoridad Federal de Servicios de Comunicación Audiovisual) s’apprête à le trancher tout net le 7 décembre lorsque la demande de « non application pour inconstitutionnalité » déposée devant les tribunaux par le Groupe Clarin arrivera à échéance.

La loi en cause est une vraie loi démocratique. Pourtant il faut non seulement la lire, mais aussi la comprendre et surtout la placer dans le contexte actuel d´une Argentine où les institutions tremblotent. Pour la petite histoire, à l’origine, le grand quotidien Clarín soutenait le gouvernement des Kirchner. Jusqu’à ce qu’en 2008, un grave conflit oppose Christina Kirchner au secteur agricole. Le Groupe appuie les revendications. Depuis, une guerre sans pitié est menée. Et toute communication, débat ou déclaration officielle se focalise sur le groupe Clarin « qui ment ».

Mais ce n’est que la pointe d’un iceberg portant sur une problématique bien plus large : la liberté d’expression, la convergence numérique et l’avenir de la communication sont gravement mis en cause

Un langage imprécis

Une grande confusion s’est installée : licences, médias, fréquences sont des termes qui s’équivaudraient alors qu’il s’agit de choses bien différentes. Les licences sont des permis octroyés par l’administration publique, nécessaires pour pouvoir disposer de médias audiovisuels. Elles sont liées à des fréquences -c’est-à-dire à un espace dans le spectre radioélectrique à travers lequel le média émettra comme le font les chaînes de télévision hertzienne, et les radios AM et FM-. Dans le droit international les restrictions au nombre de licences s’appliquent au spectre qui est limité et considéré propriété de l’Etat, comme le sont la mer, les fleuves ou l’espace aérien. Le Groupe Clarin n’a pas 300 médias, ni 300 fréquences, mais 300 licences desquelles plus de 260 sont des licences de câble (soit une pour chaque localité où le câble a été déployé) et qui n’utilisent pas le spectre pour émettre.

En parlant de groupes de médias, Televisión Federal S.A. (Telefé, Canal 9 de Bahía Blanca, Teleocho de Córdoba…) possède plus de chaînes de télévision hertziennes (9) que le Groupe Clarín (4). Pour les radios, le Groupe Moneta-Garfunkel possède plus de radios (8 – entre lesquelles les populaires Rock & Pop et La Metro).

En octobre, l’entrepreneur K (un prête-nom K ?) Cristóbal López (Groupe Indalo), a acheté un paquet entier de médias à Daniel Hadad : Radio 10, et les FM POP, Mega, Vale et TKM, plus la chaîne de TV C5N. Radio 10 est l’AM la plus écoutée en Argentine et C5N la chaîne d’infos la plus vue en parité avec TN (Groupe Clarín).

La Justice malmenée

L’application de la loi dépend exclusivement des tribunaux. Le gouvernement ne se prive pas de faire une pression inconcevable dans un système républicain sur la justice, toutes instances confondues : la nomination d’un juge qui lui soit favorable dans le tribunal où a été dictée la « medida cautelar » (mesure de précaution qui ne permet pas l’application de la loi) qui vient à échéance le 7D ; la pression sur le Conseil de la Magistrature ; la promulgation par le Parlement, où il a la majorité, de la figure juridique « per saltum » qui permet que la Cour Suprême traite directement l’affaire.

Martín Sabbatella, fraîchement nommé à la tête de l’AFSCA, s’apprête à agir le 7 décembre. Il donne comme fait accompli une sentence favorable de la justice à l’application de la loi. Il a déclaré être prêt à démanteler le Groupe Clarín. Mais aucune précision n’a été avancée sur la procédure qui sera utilisée.

Les possibles effets pervers de la loi

Le fait est que peu à peu le gouvernement construit un puissant conglomérat de médias publics et para publics, par achat par des « tiers K » ou par « location » à travers un généreux apport de publicité officielle.

Toute une offre rédactionnelle qui n’existe aujourd’hui que parce qu’elle est soutenue par des annonceurs. Celui qui paie est roi ; impossible donc de résister aux pressions. La collusion de ce conglomérat avec le pouvoir politique aboutit à un message unique.

La loi se voulait un outil contre les concentrations, et une garantie de pluralisme dans l’information diffusée par la presse, tous médias compris. Elle se dirige vers l’effet contraire.

Faudra-t-il se préparer à lire, écouter ou voir uniquement des médias tels le quotidien El Argentino et le programme 6,7,8 de la chaîne publique 7 ? Et finir par croire que dans le pays seul 3% de la population est sous le seuil de pauvreté, que l’inflation n’est que de 1 % mensuel… ? Devra-t-on revenir à syntoniser, comme sous la dictature, « Radio Colonia« , la radio uruguayenne, pour être informés ?

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