Le chamanisme, entre religion cosmologique et mode new age

Le chamanisme. Dans notre monde développé et désanchanté, voilà quelque chose qui a le vent en poupe. Écologiste, spirituel, ouvert, le chamanisme est paré de pas mal de vertus.

Jean-Pierre ChaumeilPour débarquer sur les rivages du chamanisme, il est nécessaire d’aborder l’homme comme faisant partie d’un tout, en présence d’une nature peuplée d’esprits avec lesquels il faut composer avant de se lancer dans une entreprise. Alors que, pour un esprit occidental, il s’agit sans doute de la chose au monde la plus éloignée. Adieu l’organisation politique définie par les Grecs, les catégories du réel crées par les Romains, et la “nature-machine” pensée par Descartes. Ainsi, ce jeudi 24 septembre, Jean-Pierre Chaumeil, ethnologue français spécialisé dans le chamanisme des Andes et d’Amazonie, a dû prendre les choses à partir de zéro. Dans la bibliothèque de l’Alliance française, sa conférence porte un nom évocateur : “Le chamanisme, religion ou mode ?”. Une mise au point bienvenue. “Par certains côtés, le chamanisme revêt les aspects d’une mode, par exemple quand il est utilisé uniquement pour pallier les limites de la biomédecine ou vu comme une alternative aux monothéismes”, explique Jean-Pierre Chaumeil. “Le danger est alors de le voir seulement comme une technique médicinale, ce qu’il est en partie, ou bien d’interpréter toutes les découvertes archéologiques précolombiennes à travers son prisme. Et d’oublier ce qu’il est fondamentalement, une cosmologie et une conception du monde”. Plus intéressant pour le chercheur, la progression du chamanisme sur le plan politique. “Alors que les Indiens n’ont pas du tout les mêmes conceptions politiques que nous, les chamans avec le thème de la protection de la nature, ont gagné en importance dans les institutions internationales et dans l’élaboration des politiques publiques dans des pays comme la Bolivie ou le Brésil”. Alors, le chamanisme, mode ou religion ? Un peu des deux. Mais si vous voulez être calé sur le sujet, sachez que le Pr Chaumeil est présent au Centre Franco-Argentin jusqu’au 3 octobre pour animer un séminaire de recherche sur le sujet.

Simon Fontvieille

*Centre Franco-argentin de Hautes Etudes/UBA : http://www.uba.ar/cfa/