Marta Minujin fait revivre « La Menesunda » 50 ans après. « Venez vivre la Menesunda, pas seulement la regarder »

Telle est l’invitation lancée par la reine du happening argentin, Marta Minujin, lors du lancement officiel de « La Menesunda », le 8 octobre dernier au Musée d’Art Moderne de Buenos Aires.

Marta Minujin - Point de presse

Véritable icône du Pop Art argentin, celle qui fut l’amie d’Andy Warhol, et qui dit d’elle-même qu’elle a « una cabeza prodigiosa« , a été la première artiste à organiser des performances, des installations et des happenings dans la capitale Argentine. La « Menesunda » que l’on peut traduire par « mélange, assemblage, fusion voir confusion« , est une sorte de cheminement initiatique dans une douzaine d’espaces imaginés par l’artiste pour éveiller les sens des visiteurs.

Créée en 1965, la re-constitution de 2015 occupe les 400m2 du 1er étage du MAMBA. Au commencement de la visite, il faut se glisser avec précaution à travers une silhouette découpée dans du plastique, puis suivre un couloir éclairé par des néons multicolores avant de se retrouver dans une chambre à coucher occupée par un couple… Vient ensuite un boudoir rose bonbon, censé représenter la tête d’une femme curieusement transformée en salon de beauté. Puis, lorsque l’on passe dans « la heladera« , la température baisse brutalement de plusieurs dizaines de degrés. On y entre par la porte d’un vieux frigo, un Siam 100, « ma grand-mère avait le même » glissera ému l’un des visiteurs… la balade se poursuit, ludique et jubilatoire …

Certes elle n’a plus le caractère avant-gardiste et provocateur de celle que les visiteurs ont découvert en mai 1965 à l’Institut Di Tella. La Menesunda de 1965 avait constitué une rupture avec ce que vivait la société de l’époque en transformant le spectateur en acteur d’une visite artistique. Elle avait aussi suscité scandale, émotion et émerveillement en permettant au public de découvrir des nouveautés notamment celle de se voir sur un écran de televisión ! La Menesunda de 2015 – en tout point identique à sa devancière – est devenue un happening branché et s’insinuer dans ses entrailles nous permet de revisiter un passé oublié. Elle nous invite à une nouvelle lecture de ce que fut La Menesunda d’il y a un demi siècle. Ainsi que l’a annoncé Marta lors de l’ouverture de l’exposition, La Menesunda non seulement sera offerte au Musée d’Art Moderne « elle fait partie du patrimoine de tous les argentins« , mais, en plus, elle va pouvoir voyager et être montrée dans les musées du Monde parce qu’elle a été conçue de telle manière qu’elle pourra être transportée par morceaux dans des containers…

De La Menesunda au Cyclop … il n’y a qu’un océan à traverser

Lorsque l’on est un visiteur français de La Menesunda on ne peut s’empêcher de rapprocher les oeuvres de Marta Minujin et celles de Jean Tinguely. Impossible en effet en découvrant la Menesunda de ne pas penser à une autre performance d’artiste, celle de Jean Tinguly, et son fameux Cyclop construit entre 1968 et 1995. Une sculpture monumentale (22 mètres de haut, 300 tonnes) installée au cœur d’une forêt d’Ile-de-France.

Les créations des deux artistes ont ceci de similaire, qu’elles sont le fruit d’un travail collectif imaginé par des créateurs adeptes de la destruction, qu’elles ont été réalisées avec des objets de récupération et qu’elles n’étaient pas destinées à perdurer dans le temps. Pourtant les deux ont survécu chacune à leur manière. La Menesunda parce que sa créatrice l’a faite revivre 50 ans plus tard et le Cyclop parce que le temps n’a pas eu raison de lui. Aujourd’hui les deux se visitent, les deux sont composés d’une succession d’espace destinés à éveiller les sens et les questions des visiteurs, et les deux sont tout aussi inutiles. L’une, La Menesunda, est moelleuse, ludique, déroutante et permet de se promener dans un passé oublié. L’autre, rugueuse et rouillée, tout en vis et tôles soudées est une sorte de musée à ciel ouvert dans laquelle le public circule. Mais tout comme dans la Menesunda, l’espace y est compté, le nombre de visiteurs simultané réduit et les enfants (de moins de 8 ans) doivent rester dehors.

Marta Minujin n’a pas oublié ses années parisiennes et sa vie de bohème sans confort « le Quartier Latin était genial »

En marge de l’inauguration de la Menesunda 2015, Marta Minujin a évoqué avec la rédaction de Trait d’Union, ses années de bohème à Paris. Dans un français parfait, elle s’est remémorée ses 3 ans passés dans la capitale française grâce à une bourse, sa vie sans confort matériel « on vivait misérablement dans la joie« , les matelas qu’elle récupérait dans les hôpitaux pour ses créations ou les nuits passées à parler d’art. Elle n’a pas oublié Jean Tinguely, sculpteur franco-suisse génial, et son épouse, la sculptrice Niki de Saint Phalle, qui lui ont permis de réaliser son premier happening en France en lui prêtant un terrain, Impasse Rondin dans le 15ème arrondissement, où elle a détruit toutes les œuvres qu’elle avait réalisées au cours de sa résidence française. Concernant la réédition de La Menesunda elle raconte qu’il lui a fallu un an et demi de recherches pour retrouver les mêmes matériaux et objets afin de recréer l’installation de 1965.

Graziella Riou Harchaoui

*La Menesunda se visite au MAMBA, San Juán 350, tél. 4361 6919, du mardi au dimanche et jours féries de 12h à 18h. Entrée20.-pesos. Gratuite le mardi.
*En raison de la configuration de l’exposition le nombre de visiteurs est limité à des groupes de 8 personnes par ordre d’arrivée. Les enfants de moins de 16 ans doivent être accompagnés par un adulte (un enfant par adulte).
*Photos: crédit Graziella Riou

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