Elections législatives : les Conseillers se font entendre

Fidèle à sa condition de relais entre les différents acteurs de la communauté française, Trait-d’Union ouvre ses colonnes aux Conseillers des Français d’Argentine et se solidarise avec ce qu’ils expriment. « N’a pas pu voter (en ligne) »

L’expérience du vote en ligne pour les Français de l’étranger à l’occasion du premier tour des élections législatives s’est déroulée dans des conditions pour le moins laborieuses. Pour l’Argentine, la participation totale n’a obtenu qu’un maigre 4.34%, loin des espérances affichées.

Quelques jours avant le scrutin, chaque électeur inscrit sur la liste électorale consulaire (LEC) de sa circonscription avait reçu comme prévu les informations sur sa boîte électronique contenant dates du vote et identifiant. D’autre part, il avait reçu son code sur son numéro de portable. Tout semblait donc en ordre. D’autant que les tests grandeur nature de septembre 2021 et janvier 2022 s’étaient déroulés sans anicroches.

Patatras ! Quelques jours plus tard, un nouveau courriel indiquait que la procédure allait être entièrement réinitialisée en raison d’un problème justifié laconiquement de « technique » par les instances ministérielles. Mais, problème, de nombreux électeurs ne reçurent pas leur nouveau mot de passe sur leur portable. Ainsi, à l’ouverture du portail de vote, il devenait donc nécessaire de régénérer un nouveau code. Cette démarche assez lourde devait être réalisée avec l’aide du numéro d’identification consulaire (Numic). Peine perdue : malgré l’envoi de demande de nouveau code (une demande se déroulant en deux temps par la réception d’un lien sur sa boîte électronique pour ensuite réceptionner le code sur son portable), celle-ci n’arrivait pas en raison de difficultés spécifiques de réception des courriels sur certains serveurs de messagerie. Pour les compatriotes qui avaient eu la chance de recevoir le premier message, ils ne recevaient pas sur leur portable le SMS contenant le mot de passe. Résultat, le vote était impossible. Lorsque les choses se sont peu à peu débloquées, certains électeurs patients ont réussi à déposer, tant bien que mal, leur bulletin dans l’urne électronique. D’autres, découragés, ont désisté. D’autres enfin n’ont jamais pu obtenir le nouveau mot de passe.

Pour un bon nombre de Français vivant près des centres de vote ouverts dans le pays, il aura toujours été possible d’aller déposer son bulletin dans l’urne. Pour les autres, parce que trop éloignés, le scrutin numérique était justement un moyen de favoriser leur participation. Et il était souvent bien trop tard pour établir une procuration.

Alors bien sûr, on peut parler d’un raté qui, nous l’espérons pour le second tour, ne se reproduira pas. Mais enfin ? Nous sommes déjà devant une procédure électorale fort complexe demandant une assez bonne connaissance de la chose numérique ce qui, bien entendu, n’est pas le cas pour tout le monde. Si ensuite ce système, faillible, nous oblige à entamer un véritable parcours du combattant, comment s’étonner de l’extrême faiblesse de participation ?

Ces déconvenues doivent être replacées dans une autre perspective : celui de la numérisation forcée entreprise par l’administration. Une numérisation présentée comme une simplification censée alléger et accélérer les démarches administratives que les Français de l’étranger doivent entreprendre dans leur quotidien. Or, ce qui vient de se passer pour ce premier tour électoral n’est pas un événement isolé. Il symbolise, en quelque sorte, les nombreuses plaintes de compatriotes bloqués dans leurs démarches en ligne : plates-formes numériques ou téléphoniques qui ne fonctionnent pas pour prendre un rendez-vous ou déposer un dossier, certificats de vie compliqués voire impossibles à établir, difficultés pour trouver un correspondant en France, lenteur de la communication voire absence de réponse… Une liste à la Prévert qui ne demande qu’à s’allonger.

Malgré les annonces gouvernementales, la numérisation, présentée comme le moyen de rapprocher les Français de l’étranger vers leur administration (alors qu’au même moment nous assistons à une baisse continue d’agents en poste dans les consulats ce qui remet chaque fois plus en cause leur efficacité), n’est absolument pas à la hauteur des attentes.

Et cet épisode électoral raté pour l’Argentine en est une triste illustration.

En tant que conseillers et conseillère pour les Français vivant en Argentine, nous resterons vigilants et mobilisés pour exiger la nécessité de services publics administratifs efficients, que ce soit en mode présentiel ou virtuel, afin de garantir à toutes et à tous la possibilité d’exercer dans les meilleures conditions leur pleine citoyenneté ».

 

Christophe Dubois

Jérôme Guillot

Marie Uteau Venegas

Laurent Waksmann

 

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