Buenos Aires a accueilli les premières “Assises du français” : bilan, défis et perspectives pour la francophonie dans ville de Buenos Aires
L’Institut français d’Argentine (IFA) a organisé, pour la toute première fois à Buenos Aires, les “Assises du français : les voies et les voix du français à Buenos Aires”.
Cette journée de travail inédite a rassemblé enseignants, institutions et acteurs publics et privés afin de dresser un état des lieux de la langue française, de débattre des défis actuels et de définir des axes de développement.
Le 22 mai, la bibliothèque de l’Alliance Française centrale s’est transformée en laboratoire d’idées pour l’avenir du français en Argentine. À l’initiative de l’Institut français d’Argentine (Ambassade de France), la première édition des « Assises du français » a réuni près de 80 acteurs clés du secteur éducatif.
Pensée comme une véritable agora, espace où toutes les voix s’entendent, par Stéphanie Favre et Luis Blanco Cook, attachés de Coopération éducative et linguistique, cette journée a rassemblé enseignants, responsables institutionnels et représentants d’établissements publics et privés autour d’un même objectif : faire émerger des solutions concrètes pour l’enseignement du français.
Au-delà des échanges institutionnels, l’événement a surtout permis des rencontres inédites entre professionnels qui, malgré des collaborations régulières, ne s’étaient jamais rencontrés. Une dynamique collective s’est rapidement imposée : sortir des constats théoriques pour faire remonter les réalités du terrain, identifier les priorités des prochaines années et donner une place centrale aux propositions des enseignants.
Ces Assises, présentées par Frédéric Depetris, directeur de l’IF, ont été organisées en résonance avec le thème de l’édition 2026 de « La Nuit des Idées » (Ouvrir des chemins).
Les participants ont bénéficié de l’intervention inaugurale de Patrick Chardenet, chercheur spécialisé en didactique des langues et en politiques linguistiques éducatives.
Il a apporté un éclairage régional précieux sur la place du français au sein du continent sud-américain, tandis que Mabel Quiroga de la Dirección de Lenguas en la Educación, Buenos Aires (DILEDU), a dressé un bilan de la situation spécifique de la ville de Buenos Aires.
La réflexion s’est ensuite poursuivie en petits groupes : les directrices Lucia Mignaqui et Silvina Vignolo, avec les enseignants présents, ont mis en commun leurs analyses afin de dégager une synthèse collective organisée autour de trois axes stratégiques.
- Le terrain : une cartographie de l’enseignement du français à Buenos Aires, analysant les dispositifs, les publics cibles et la continuité pédagogique.
- Les ressources humaines : un état des lieux sur les profils enseignants, les besoins en formation initiale et continue, ainsi que les défis liés au maintien de l’offre.
- Perspectives et « tremplins » : l’élaboration d’actions concrètes pour renforcer l’attractivité du français, notamment à travers les certifications internationales, la coopération institutionnelle et les stratégies de communication.
En mutation constante, l’apprentissage du français à Buenos Aires résiste grâce à son prestige culturel.
Le français, en tant que deuxième langue étrangère, recule dans la région et dans la ville de Buenos Aires face à l’anglais, au portugais et au chinois—des langues qui s’imposent en raison de leur pragmatisme et des perspectives professionnelles qu’elles offrent. Néanmoins, la capitale argentine continue de miser sur l’apprentissage du français, portée par des enjeux de prestige et de qualité intrinsèquement liés au rayonnement culturel. Cette demande latente nécessite désormais d’être consolidée par des politiques publiques fortes. Il conviendrait notamment de faciliter l’affectation des heures de cours dans les établissements qui en dispensent et d’offrir de meilleurs outils et une formation pédagogique continue. Cette journée traduit le besoin de renforcer les communautés professionnelles, d’améliorer les conditions de durabilité et de projeter une feuille de route d’amélioration continue pour le français dans la Ville.
La journée s’est achevée dans le cadre prestigieux du Teatro Colón avec un débat intitulé « À l’ère de l’IA, faut-il encore apprendre les langues ? ». Devant plus de 150 auditeurs, les intervenants ont exploré l’impact de l’intelligence artificielle sur l’apprentissage et la formation enseignante des langues. Le débat a permis de distinguer les promesses d’automatisation des objectifs fondamentaux de l’éducation, tels que le développement cognitif, l’autonomie et la construction de la citoyenneté.
L’Institut français d’Argentine a qualifié ces Assises de « premier essai » et de point de départ. Dans les semaines à venir, une synthèse des travaux sera diffusée, ouvrant la voie à des coopérations renforcées avec les institutions formatrices et les acteurs éducatifs pour donner suite aux axes identifiés lors de cette rencontre historique.
Le français à Buenos Aires : quelques chiffres clés
Au total, la Ville Autonome de Buenos Aires (CABA) compte 133 établissements publics qui proposent l’enseignement du français, répartis ainsi selon les niveaux :
- Enseignement préscolaire : un seul jardin d’enfants offre cette option.
- Enseignement primaire : 29 écoles traditionnelles, auxquelles s’ajoutent 8 écoles plurilingues. Ces dernières proposent un volume horaire de 8 heures hebdomadaires pour la première langue vivante dès la 1re année (1er grado), et de 3 à 4 heures par semaine pour la deuxième langue à partir de la 4e année (4to grado). La répartition est parfaitement équitable : quatre de ces établissements enseignent le français comme première langue, et les quatre autres l’anglais.
- Enseignement secondaire : 86 établissements intègrent le français dans leur cursus.
Autres espaces et modalités d’apprentissage Au-delà du système scolaire obligatoire, la ville dispose d’autres structures et dispositifs d’apprentissage qui rassemblent actuellement un total de 1 230 élèves :
- Les 8 centres CECIEs (Centros Educativos Complementarios de Idiomas) proposent 51 cours annuels destinés aux jeunes de 9 à 17 ans.
- Le programme LEB (Lenguas en los Barrios) offre 10 cours virtuels quadrimestriels.
- Les 6 CIBA (Centro de Idiomas de la Ciudad de Buenos Aires) dispensent des cours en présentiel pour les adultes de plus de 18 ans.
Note : À ce panorama, il convient d’ajouter l’offre de cours de langue proposée par les différentes facultés de l’Université de Buenos Aires (UBA).
Formation des enseignants (Formación docente) La formation des futurs professeurs de français est assurée par deux institutions prestigieuses de la ville :
- L’IES en Lenguas Vivas « Juan Ramón Fernández », qui compte actuellement 74 étudiants.
- L’ISP « Joaquín V. González », qui en accueille 51.
Patricia Pellegrini
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