A Strasbourg, les bons tuyaux du recyclage

Dans sa station de La Wantzenau, la métropole alsacienne investit dans le retraitement des eaux pour limiter au maximum les prélèvements dans la nappe phréatique et les rejets dans le Rhin. En partenariat avec Veolia.

15 octobre 2026 (Nouvelobs) : Sur la rive occidentale du Rhin et au bord de la forêt de la Robertsau, ce petit coin de nature est le cadre idéal pour vous présenter… la station de traitement des eaux usées (STEU) de Strasbourg-La Wantzenau. Ici, la cinquième plus grande installation de France traite 98 % des eaux usées de l’Eurométropole. Depuis ce printemps, le site s’est doté d’une importante unité de réutilisation d’eau en interne. Cela signifie que ses eaux sont réemployées pour le nettoyage et l’entretien de ses équipements et pour des processus de dilution et de désodorisation.

« Auparavant, nous les prélevions dans la nappe phréatique de la plaine du Rhin, la plus vaste d’Europe, avec 35 milliards de mètres cubes côté français », précise Michèle Kannengieser, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg chargée de l’eau et de l’assainissement, des ressources naturelles et des milieux aquatiques.

Pour préserver la ressource hydrique, l’unité de recyclage a donc été créée, avec une capacité de production de 700 000 mètres cubes par an, soit l’équivalent de 280 piscines olympiques ou de la consommation moyenne annuelle de 7 000 foyers. Un volume uniquement destiné à couvrir les besoins de la STEU dans ses différents usages industriels. Le processus se fait en trois étapes. Au lieu d’être rejetée dans le fleuve voisin, l’eau qui est déjà passée par la station d’épuration subit un nouveau traitement : nettoyage par deux filtres de sable anthracite, destruction des bactéries par un réacteur à ultraviolets et désinfection par un ajout de javel. L’unité a coûté deux millions d’euros, pris en charge par la Société de Valorisation des Effluents de l’Eurométropole de Strasbourg (Sovees), filiale de Veolia qui exploite la station de traitement des eaux usées.

« Faire de la station de traitement des eaux usées une ressource »

Mais la logique circulaire de cette infrastructure alsacienne ne s’arrête pas là. Le volet énergétique est même la principale composante de cette démarche vertueuse. « L’idée est de faire de la station de traitement des eaux usées une ressource, souligne Michèle Kannengieser, également maire de La Wantzenau, commune située dans la partie nord de l’Eurométropole. Et de générer des énergies renouvelables pour le site lui-même ainsi que pour les environs, qui soient distribuées aux habitants. »

Ainsi, depuis 2016, du biométhane issu de la digestion des boues d’épuration – méthode permettant de réduire de 30 % leur volume et de les stabiliser – alimente le réseau de gaz métropolitain. Représentant 17 gigawattheures par an, cette ressource très locale fournit l’équivalent de 1 500 foyers, soit 5 000 personnes, c’est-à-dire 1 % de la population de l’Eurométropole.

En novembre, seront mis en service des panneaux photovoltaïques dans l’enceinte de la STEU. Posés au sol ou sur les toits de bâtiments en fonction de leur exposition au soleil, ils couvrent un hectare et contribuent à l’autoconsommation du site à hauteur de 1,4 gigawattheure par an. Sachant que la station strasbourgeoise consomme, annuellement, 26 gigawattheures d’électricité, contre 35 il y a une décennie. Des économies réalisées, notamment, grâce au renouvellement des équipements, aux éclairages LED et à l’amélioration de certains procédés.

Vers la neutralité carbone en 2029

« L’objectif du schéma directeur énergétique de la STEU, fixé par l’Eurométropole de Strasbourg, est d’atteindre, à l’horizon 2029, la neutralité carbone et un bilan énergétique positif, c’est-à-dire de produire plus que ce qui est consommé par le site, » détaille Michèle Kannengieser.

Afin de poursuivre sa diversification énergétique, l’Eurométropole de Strasbourg investit 55 millions d’euros pour l’implantation d’un nouveau four, dont le chantier a commencé fin 2024 et doit s’achever en 2028. « La station de traitement des eaux usées de Strasbourg-La Wantzenau, dont l’activité a débuté en 1985, a très vite fait le choix de l’incinération des boues d’épuration pour limiter les risques liés à l’épandage dans les champs, rappelle Michèle Kannengieser. Or, la chaleur, qui atteint 800 °C, est perdue puisque le four actuel n’est pas connecté au chauffage urbain. Quand les travaux seront achevés, elle sera injectée dans ce réseau. Et servira également à chauffer les locaux de la station d’épuration et le digesteur de boues, qui doit être maintenu à 37 °C pour que ses bactéries soient efficaces. »

D’autres recyclages ont cours dans la station. Par exemple, chaque année, 200 à 300 tonnes de graisses sont séparées des eaux usées et brûlées dans le four car elles constituent un bon combustible. Les cendres ainsi générées peuvent, elles aussi, être récupérées et incorporées pour fabriquer du mortier. Elles font même l’objet de recherches technologiques pour en extraire le phosphore, matière chimique entrant dans la composition des engrais agricoles. A Strasbourg, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Le point de vue de l’expert

« A la station d’épuration de La Wantzenau, qui traite 98 % des eaux usées de l’Eurométropole de Strasbourg, l’eau est d’abord débarrassée de ses déchets physiques, puis purifiée par des traitements biologiques avant de rejoindre le Rhin. Mais notre métier est loin de s’arrêter là. Les grandes usines de traitement des eaux usées sont désormais de grandes “recycleries” au cœur des villes. Elles assurent le traitement des eaux, mais aussi la production d’énergie, de gaz et de chaleur, ainsi que d’eau recyclée. Les boues issues de l’épuration sont collectées puis envoyées dans un digesteur pour être transformées en biogaz, qui est ensuite purifié en biométhane avant d’être injecté dans le réseau de gaz urbain. Une fois sorties de digestion, les boues sont incinérées dans un four qui produit de la chaleur que l’on récupère pour la station et qui, demain, servira pour les réseaux de chaleur urbains de la métropole. Nous avons également installé une unité de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) qui permet d’affiner encore le traitement de l’eau et de réemployer cette eau pour les besoins de l’usine, sans pomper dans les nappes. De nombreuses possibilités techniques sont encore disponibles pour tirer toujours plus d’énergie du processus, et notre usine évolue en permanence pour intégrer et optimiser cette logique circulaire. »

Stéphanie Condis

–

 

Partager sur