Le plan de rénovation thermique des écoles amputé de 40 millions d’euros

L’enveloppe initiale apportée par la Banque des territoires, la Banque postale et le programme Actee passe de 56 millions à 16 millions. Une baisse de plus de 70 % !

5 septembre 2026 (Nouvelobs) : L’été n’est pas encore fini, les fortes chaleurs sont toujours là, mais les ambitions gouvernementales en matière de rénovation thermique des écoles se sont déjà envolées. L’enveloppe de 136 millions annoncée en pleine canicule fin juin pour accélérer la rénovation thermique des écoles (et financé à 60 % par l’électricien EDF) a en effet été amputée de 40 millions d’euros, a confirmé ce vendredi 4 septembre à l’AFP le directeur du programme Actee, chargé d’accompagner les collectivités.

L’investissement public réduit de 71 %

Selon des informations révélées par « Politico » et « Le Monde », sur le plan de 136 millions, l’enveloppe de 56 millions d’euros annoncée par la Banque des territoires, la Banque postale et le programme Actee pour l’adaptation climatique de 12 500 écoles sera réduite de 40 millions d’euros, soit de 71 % ! Et elle ne servira qu’à financer des audits énergétiques pour les 2  500 établissements les plus vulnérables…

Le montant soustrait, financé par les fournisseurs d’énergie via les certificats d’économies d’énergie (CEE), serait finalement dédié au plan d’électrification de la France, qui prévoit 10 milliards d’euros annuels pour réduire la dépendance aux énergies fossiles, selon une source proche du dossier. Or, les 40 millions soustraits ne représenteront qu’une goutte d’eau de 0,4 % du budget annuel de 10 milliards prévu par le gouvernement…

« Le cabinet du Premier ministre nous a annoncé fin juillet que nous étions à 16 millions d’euros », rapporte Guillaume Perrin, directeur du programme Action des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique (Actee).

« Le plan annoncé fin juin était plutôt intéressant et couvrait un peu plus de 10 000 écoles, et ce plan est maintenant réduit à 2 500 écoles. »

« Nos enfants seront toujours aussi vulnérables »

« C’est un regret par rapport à l’enjeu du plan de canicule, à toute la souffrance des enfants, des enseignants qui a pu être exprimée pendant les deux canicules qui ont eu lieu en pleine période scolaire », a encore souligné Guillaume Perrin. Le ministre de l’Economie Roland Lescure avait en effet précisé fin juin vouloir cibler dans un premier temps les 2 500 écoles les plus vulnérables à la chaleur puis « très vite aller à 10 000 écoles ».

L’annonce passe d’autant plus mal que le gouvernement a, au contraire, sorti le chéquier ce vendredi pour les agriculteurs, durement frappés par les vagues de chaleur et la sécheresse, promettant un milliard d’euros d’aide d’urgence (aide déjà jugée insuffisante par les concernés).

« Cette décision marque une fois de plus le manque d’implication de notre gouvernement », a réagi l’ONG Greenpeace. « Sans des travaux anticipés, nos enfants seront toujours aussi vulnérables lors des prochaines vagues de chaleur. L’adaptation climatique devrait être une priorité. »

Le gouvernement assure « qu’il n’y a pas de baisse d’ambition »

Interrogé par l’AFP, le ministère de l’Education nationale confirme ce changement. « Il n’y a pas de baisse d’ambition dans ce plan : l’objectif de mieux armer les écoles les plus vulnérables pour faire face aux canicules à venir reste inchangé », tient-il cependant à rassurer.

Selon un spécialiste du secteur, ce choix peut également s’expliquer par la nécessité de faire passer en CEE une partie du financement des aides de MaPrimeRénov’, principale aide publique destinée à la rénovation énergétique des logements, qui sortirait donc des discussions budgétaires.

En pleine canicule fin juin, EDF avait annoncé débloquer 80 millions d’euros, dont 40 millions pour financer des équipements de rafraîchissement rapidement disponibles dans les écoles, et 40 millions pour accompagner des projets de rafraîchissement plus structurels.

« Sur la base des moyens finalement affectés au plan par l’Etat cet été », la Banque des territoires a précisé avoir révisé à la hausse – sans donner de montant – sa contribution budgétaire pour assurer « à la fois le lancement des 2 500 audits confort d’été pour les établissements prioritaires en cours de recensement » et réaliser « au moins 2 500 audits complémentaires ». Environ 2 000 dossiers pour 4 000 écoles ont déjà été déposés depuis le 8 juillet, précise la Banque.

« Nous pouvons a minima y faire installer des volets »

Hasard du calendrier : le sud de la France connaît actuellement une nouvelle vague de chaleur qui coïncide avec la semaine de la rentrée scolaire… Et la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, vient de présenter ce jeudi, de nouvelles mesures pour « accélérer » la mise en oeuvre du Plan national d’adaptation au changement climatique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait chargé fin juillet la ministre – qui a failli démissionner en raison de son opposition à la loi d’urgence agricole – de plancher sur ces celles-ci.

« Nous avons vécu l’été le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures en 1900 », a annoncé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, lors de la présentation du bilan climatique de l’été, qui pour les météorologues court de juin à août, au siège de Météo-France près de Paris.

La ministre a promis jeudi des conclusions « d’ici la fin du mois de septembre », avec un plan de financement sur cinq ans. Mais elle a déjà évoqué auprès des « Echos », parmi les pistes retenues, l’idée d’un relèvement du plafond du Livret A, de 23 000 à 30 000 euros afin de dégager des marges de financement supplémentaires permettant à la Caisse des dépôts d’accorder des prêts de long terme destinés à financer l’adaptation au changement climatique.

« On ne va pas subir les événements, attendre qu’ils arrivent pour prendre des décisions », a-t-elle martelé, appelant à « préparer l’été prochain comme s’il allait être le même »« Nous n’aurons pas rénové toutes les écoles d’ici l’été prochain », mais « nous pouvons a minima y faire installer des volets et des brasseurs d’air », a indiqué Monique Barbut, reconnaissant « un certain nombre de situations auxquelles nous devrons porter plus d’attention ». Mais avec moins d’argent, donc…

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