Soutenue par la France, l’ONU adopte une réforme d’ampleur de la cartographie mondiale
Avec le soutien de Paris, l’ONU a adopté ce vendredi une résolution portée par le Togo et l’Union africaine pour remettre les continents à leur juste échelle.
5 septembre 2026 (Le Figaro) : Sur les planisphères, l’Afrique a demandé à l’ONU d’afficher correctement tous ses millions de kilomètres carrés. Avec l’appui de Paris : ce vendredi 4 septembre, le ministre des Affaires étrangères a annoncé que le Quai d’Orsay abandonne la projection du cartographe Gérard Mercator au profit de cartes « plus fidèles aux superficies réelles ». Quand bien même la France perdra du terrain dans l’affaire. Quelques heures plus tard, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution portée par le Togo et l’Union africaine, avec le soutien de la France. Le texte encourage désormais les États, les organisations internationales et les entreprises technologiques à privilégier des cartes conformes à la taille réelle des continents.
Le format Mercator, dessiné en 1569, fait paraître l’Afrique et le Groenland aussi vastes. Le territoire danois ne couvre pourtant que 2,16 millions de kilomètres carrés, contre 30,3 millions pour le continent africain. Le compte n’y était pas tout à fait.
Une résolution sans révolution
Le texte de quatre pages ne propose ni de bannir Mercator ni de refaire les frontières. Il invite gouvernements, établissements scolaires, organisations internationales et entreprises technologiques à privilégier Equal Earth ou d’autres projections dites « équivalentes » lorsque la taille relative des territoires constitue l’information recherchée. Une résolution de l’Assemblée générale n’étant pas contraignante, aucun atlas ne sera saisi samedi matin ; son adoption fixe néanmoins une nouvelle norme pour l’enseignement et la communication publique.
En 1569, Mercator n’a pourtant commis aucune erreur de calcul ; le cartographe flamand avait conçu à l’époque sa projection pour faciliter la navigation maritime, alors que les puissances européennes multipliaient les expéditions au long cours. Son planisphère conserve les angles et permet aux marins de tracer leur cap par une ligne droite. Cette qualité technique impose cependant une déformation : plus une région s’éloigne de l’équateur, plus sa superficie paraît importante. Le Groenland, le Canada, la Russie et l’Europe semblent ainsi démesurés ; l’Afrique, l’Amérique latine et l’Inde, relativement réduites.
Le défaut commence lorsqu’un outil conçu pour tenir un cap sert à comparer les pays. Aucune carte plane ne peut reproduire un globe sans déformer superficies, formes, distances ou directions. Créée en 2018 par Bojan Šavrič, Tom Patterson et Bernhard Jenny, Equal Earth respecte les surfaces relatives tout en limitant la déformation des contours. Elle offre une solution moins étirée que Gall-Peters, popularisée en 1973 par l’historien allemand Arno Peters : la géographie exacte impose quelques concessions esthétiques.
Au-delà des kilomètres carrés
La campagne #CorrectTheMap dépasse toutefois le cours de mathématiques. Lancée par les organisations Africa No Filter et Speak Up Africa, puis approuvée par l’Union africaine en août 2025, elle soutient que cinq siècles de cartes ont contribué à minorer visuellement le poids du continent. Certains militants parlent de « colonialisme cartographique ». Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, préfère présenter le vote comme une affaire scientifique : « L’Afrique ne demande pas un traitement préférentiel », a-t-il déclaré à l’ONU. « Elle demande que sa réalité, ses aspirations et sa contribution au système international soient dûment prises en compte. »
Jean-Noël Barrot défend la même correction au nom des rapports de force. « Les États-Unis , la Russie, la Chine prennent une importance visuelle démesurée par rapport à l’Afrique, l’Amérique latine ou à l’Asie du Sud-Est », a-t-il déclaré à la Sorbonne Nouvelle. « Changer de carte ne change évidemment pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité. » Le ministre inscrit cette décision dans le renouveau des relations entre la France et les sociétés africaines.
La démarche accompagne une revendication plus large des États africains, qui réclament davantage de poids dans les institutions internationales et de contrôle sur la représentation de leur continent. Pour Lomé, capitale du Togo, le scrutin doit aussi éprouver la capacité des 55 membres de l’Union africaine à parler d’une seule voix. Après l’adoption, le Togo prévoit de réunir en 2027, à Lomé, l’Unesco, l’Union africaine et des entreprises technologiques, dont Google Maps, pour discuter de l’application du texte. Mercator conservera donc son utilité pour naviguer et Equal Earth pourra entrer dans davantage d’écoles. L’ONU a rebattu ses cartes.
Marion Prost
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