En France, un CDD sur mesure

En ces temps économiques incertains, la France n’en est pas à une contradiction près. Alors que le taux de chômage ne baisse quasiment pas depuis de longs mois et fait de la France un des plus mauvais élèves au sein de l’Union européenne ; alors que l’allongement de la durée de vie entraîne un accroissement du nombre des seniors ; et alors que la plupart d’entre eux se considèrent encore aptes à exercer des fonctions professionnelles (qu’ils prolongent le plus souvent dans des activités bénévoles), force est de constater que la grande majorité des entreprises françaises continuent d’utiliser l’arme de la pré-retraite pour « éliminer » leurs salariés cinquantenaires.

Le constat est sans appel : le taux d’emploi des 55-64 ans est de 50% pour la moyenne des pays de l’OCDE (avec des pointes à 68,6% pour la Suède et 55,3% pour la Grande-Bretagne), tandis que la France fait un des plus mauvais scores avec 36,8% (avec l’Italie, l’Autriche et la Belgique).

C’est pour tenter de répondre à cette problématique qui grève les budgets de l’Etat, mine le moral de salariés-seniors et qui ressemble à une aberration économique que le gouvernement Villepin vient de proposer un contrat « spécial seniors« . Le projet d’accord, signé par les principales confédérations syndicales (la CGT réserve son avis définitif) et le Medef annonce un objectif ambitieux : celui d’atteindre un taux d’emploi des seniors de 50% à l’horizon 2010…Il s’agit également, en proposant un contrat à durée déterminée de 18 mois, renouvelable une fois, à tout chômeur de plus de 57 ans et inscrit depuis plus de 3 mois, de lui permettre d’obtenir une retraite à taux plein lorsqu’il sera, effectivement, à la retraite.

Même si ce projet est entériné par une loi, un long chemin reste à parcourir. Il s’agit ni plus ni moins que de changer le regard que porte la société française sur ses seniors qui pourraient encore être actifs. Après trente ans de pratique (et souvent d’abus) de la mise en pré retraite, le constat est aujourd’hui sans appel : cette mesure n’a pas eu les effets escomptés sur l’emploi des jeunes. Elle a en revanche des répercussions dramatiques sur le sentiment d’inutilité sociale que peuvent ressentir les chômeurs de plus de 50 ans, sur leur niveau de vie lorsqu’ils devront vivre avec une retraite incomplète et sur le gâchis social de non transmission d’un savoir accumulé pendant des années.

Josie Lecuona