L’oubli, « El olvido »…

Cette année, la rentrée littéraire réserve aux lecteurs de nombreuses surprises !

Frederika Amalia Finkelstein (C.Hélie/Gallimard)

Frederika Amalia Finkelstein (C.Hélie/Gallimard)

Le premier roman de Frederika Finkelstein « L’oubli » a été célébré comme un « cri » par J.M.G. Le Clézio, prix Nobel de littérature et acclamé un peu partout. N’est-il pas en lice pour le Renaudot ? Étrange car ce livre encouragé par Yann Moix et Beigbeder dérange les puristes du style : trop de pub !

À Buenos Aires, le mercredi 28 octobre, le livre a été présenté par Walter Romero, licencié en Lettres de la UBA, membre de la chaire de Littérature française, dans la belle bibliothèque de L’Alliance française, en présence de l’auteure. Pari risqué pour la maison d’édition Gallimard, en effet, la jeune écrivaine Frederika Finkelstein dont « l’opera prima » « L’Oubli » vient d’être traduit en espagnol sous le titre « El Olvido », n’était âgée que de 23 ans, lors de la publication de son ouvrage. Elle s’est exprimée en espagnol pour nous parler de son récit, d’une efficacité incontestable.

Dans ce livre, quasi sans personnages, la narratrice, Alma Dorothéa plonge le lecteur dans le monde des jeunes d’aujourd’hui laissant affleurer d’authentiques réflexions sur son malaise de jeune fille. Pas de surprise néanmoins quant à l’importance des marques commerciales ressassée tout au long des 172 pages dans un livre gonflé d’évocations publicitaires, typique d’une certaine jeunesse vivant dans le confort, ici du VIème arrondissement parisien, génération privilégiée, accroc à ce point que l’auteure nous proclame « Nike, c’est comme ma famille ».
De même, esprit du temps, les jeux-vidéos occupent une place importante puisqu’ils permettent d’entrer dans un monde virtuel où « ce qui s’est passé, ce qu’on passe et ce qu’on va passer » crée une frontière floue entre la réalité et une sensation d’éternité. D’ailleurs impossibilité de vivre sans le Mac Book.

Elle raconte : « Je m’appelle Alma et je n’ai pas connu la guerre. J’ai grandi en écoutant Daft Punk, en buvant du coca … la shoah. Ce mot m’a longtemps agacée : son côté spectaculaire et puis une rencontre m’a bouleversée, j’ai ressenti comme une douleur- elle a duré quelques secondes… »

En effet, cet ouvrage contient une scène incroyablement touchante celle de la rencontre entre Alma dont le grand-père polonais a fui la Pologne avant la shoah et s’est installé en Argentine et la petite fille de Eichman, lui aussi réfugié en Argentine : le persécuté et le bourreau…
Comment les jeunes occidentaux, nés soixante-dix ans après le Génocide, le vivent-ils alors que certaines familles sont encore hantées par le souvenir de l’extermination ? Cette idée interpelle la narratrice jusqu’à l’obsession alors que la petite fille du bourreau si elle ne refoule pas le nom d’Auschwitz dit « qu’elle s’en fout ».
Quant à la narratrice qui a lu Primo Levi qui a écrit « N’oubliez pas que cela fut, non, ne l’oubliez pas » ; « je crois que je veux faire exactement le contraire. Oublier tout ».

Nous feuilletterons « L’Oubli » afin de rejoindre les pensées des jeunes générations mais qui ne dit que nous l’oublierons bien vite…
Elisabeth Devriendt

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