Pourquoi des députés d’extrême droite s’en prennent à Mbappé pour avoir caché un message sur un tee-shirt

Kylian Mbappé, Ibrahima Konaté et Vinicius ont masqué mardi soir un message de soutien aux habitants de Ceuta, enclave espagnole au cœur d’une crise politique avec le Maroc.

17 septembre 2026 (Nouvelobs) : Un geste dont se sont rapidement emparées plusieurs figures de l’extrême droite française. Mais que refusaient réellement les trois joueurs ?

Il aura suffi d’un tee-shirt retroussé jusqu’à la poitrine pour que la polémique traverse les Pyrénées. Ce mardi 15 septembre, avant le match entre Elche et le Real Madrid, Kylian Mbappé, Ibrahima Konaté et Vinicius Junior sont entrés sur la pelouse avec leurs coéquipiers vêtus d’un maillot portant le slogan « Todos somos caballas » [« Nous sommes tous des maquereaux »] en soutien aux habitants de Ceuta surnommés ainsi. Sauf que, alors que leurs coéquipiers avaient correctement enfilé la totalité du maillot, les trois joueurs sont eux apparus avec un maillot replié, masquant de fait la moitié du message.

Un geste rapidement récupéré en France par l’extrême droite. « Honteux », s’est empressé de réagir l’eurodéputée Marion Maréchal et nièce de la candidate RN à la présidentielle, Marine Le Pen, reprochant à Kylian Mbappé et Ibrahima Konaté de se montrer « solidaires de toutes les souffrances du monde mais jamais de celles des Européens ». La députée RN Julie Lechanteux a quant à elle jugé leur attitude « inacceptable ».

Son collègue Jérôme Buisson a préféré la douteuse moquerie en comparant le capitaine des Bleus à « un enfant que sa maman force à mettre un col roulé qui gratte ». Des messages et des critiques par ailleurs relayés sur les canaux habituels de l’extrême droite sur les réseaux sociaux, comme le compte « F de souche ».

Un slogan moins neutre qu’il n’y paraît

Mais que Mbappé a-t-il réellement refusé de soutenir ? Pour l’heure, aucun des trois joueurs n’a publiquement expliqué son geste. Le Real Madrid, qui avait accepté de participer à l’opération, semble en tout cas assumer cette différence de position. Auprès de « El País », une source du club souligne que les joueurs peuvent avoir des « opinions et sensibilités personnelles » différentes de la position défendue par le Real Madrid. Le quotidien AS précise de son côté que le club avait laissé à chaque joueur la liberté de porter ou non le maillot.

Car derrière le message de solidarité se trouve aussi une campagne à forte portée symbolique et politique. « Todos somos caballas » a été lancée par l’Association valencienne des entrepreneurs pour soutenir Ceuta après l’arrivée, fin juillet, de dizaines de milliers de migrants depuis le Maroc. L’organisation, importante et influente dans la région, explique dans un post LinkedIn, vouloir défendre la « cohésion territoriale et sociale de l’Espagne ».

Ceuta, après le choc de juillet

Cette campagne intervient surtout dans un contexte particulièrement tendu à Ceuta. Cette enclave espagnole située sur la côte marocaine est au cœur de vives tensions entre Madrid et Rabat. Les 30 et 31 juillet, plus de 72 000 personnes ont franchi illégalement la frontière depuis le Maroc, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. Un mouvement sans précédent qui a fait des dizaines de morts et de disparus.

Depuis, le rôle joué par Rabat empoisonne le débat politique espagnol. Dépêché à Ceuta au plus fort de la crise, le Premier ministre Pedro Sánchez avait dénoncé une « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Il avait, dans un deuxième temps, assuré qu’aucune « preuve solide » ne permettait d’affirmer que le Maroc avait organisé ces arrivées avant d’être finalement fragilisé par un rapport de la police espagnole décrivant, lui, une « totale permissivité » des forces marocaines pendant plusieurs heures et l’absence de tentative sérieuse pour empêcher les passages.

Le gouvernement espagnol est aussi devenu la cible de plusieurs responsables de droite et d’extrême droite européens, qui se sont empressés d’attribuer la crise de Ceuta à sa politique migratoire. La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a notamment proposé de suspendre Schengen avec l’Espagne, tandis qu’Alice Weidel, dirigeante de l’AfD allemande, et Jordan Bardella ont également mis en cause la gestion espagnole des frontières.

Derrière la solidarité, la question de la souveraineté

A cette crise, s’ajoute un vieux contentieux territorial. Ceuta, est une ville autonome espagnole située sur la côte nord du Maroc, dont Rabat conteste la souveraineté de Madrid. La tension est encore montée cet été après que deux ministres marocains ont revendiqué la « marocanité » des deux enclaves, poussant Madrid à convoquer l’ambassadrice du Maroc le 21 août. Devant les députés, Pedro Sánchez a alors répliqué que l’Espagne ne renoncerait « jamais » à sa souveraineté sur Ceuta.

C’est dans ce contexte que la campagne « Todos somos caballas » avait d’ailleurs déjà provoqué des remous avant Mbappé. Le FC Barcelone avait refusé d’y participer, tandis que l’international marocain du Betis Ez Abde avait été insulté et accusé de trahison après avoir porté le fameux tee-shirt. Il avait dû préciser que son geste relevait, selon lui, d’un soutien « social » aux habitants de Ceuta et non d’une prise de position politique.

Le président de la ligue de football professionnelle, Javier Tebas, s’est lui aussi illustré dans la polémique. Ancien militant de Fuerza Nueva, formation d’extrême droite de l’après-franquisme, et soutien déclaré de Vox, il a vu dans les critiques visant Abde un « dommage collatéral » de la crise, qualifiant par ailleurs les événements de Ceuta d’« invasion » et refusant le terme de « problème d’immigration ».

Timothée Maubon

 

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