Grève des pompiers : pourquoi les soldats du feu demandent-ils une vaste réforme de leur financement ?
Les organisations syndicales des sapeurs-pompiers professionnels réclament une réforme urgente de leur système de financement face à l’intensité des événements climatiques, de plus en plus violents…
15 août 2026 (Nouvelobs) : Les organisations syndicales des sapeurs-pompiers professionnels réclament une réforme urgente de leur système de financement face à l’intensité des événements climatiques, de plus en plus violents à cause du réchauffement climatique. Après une rencontre « décevante » avec le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ils ont annoncé une grève fin septembre.
En cortège et en uniforme, les pompiers sortent jeudi 13 août du ministère de l’Intérieur, place Beauvau, où ils ont rencontré Laurent Nuñez. L’échange avec le ministre ne les a pas apaisés, loin de là, ils sont « très déçus ». Devant la presse, l’intersyndicale appelle à une « mobilisation intensive » fin septembre. Cela prendra la forme d’une « manifestation statique les 26, 27 et 28 septembre, place de la République à Paris […] Ça va s’appeler les “colonnes de la révolte” », a prévenu auprès de l’Agence France-Presse (AFP) David Saquet, d’Unsa Sapeurs-pompiers.
En plein cœur d’un été incendiaire et brûlant, la colère des pompiers est à son paroxysme. Quelque 120 000 hectares ont été parcourus par les flammes en France depuis le début de l’été, selon les estimations provisoires des autorités. Les pompiers professionnels « sont à bout ». « On attend des engagements clairs. Ça fait des années qu’on nous trimballe », avait prévenu auprès de l’AFP David Saquet avant la rencontre.
Les soldats du feu réclament plus de moyens pour mener à bien leur mission. Et cela passerait par une vaste réforme de leur système de fonctionnement et surtout, de financement. A l’unisson, ils demandent que « l’Etat ouvre le robinet » du financement, aujourd’hui assumé par les collectivités, et qu’il lance un « recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels ». En réponse, Laurent Nuñez, qui assure n’ignorer « aucune des difficultés » remontées par l’intersyndicale des pompiers, a promis qu’un projet de loi de modernisation de la sécurité civile serait présenté « début septembre ». Mais quelle marge de manœuvre a le gouvernement au vu du cadre budgétaire très contraint ?
« Sans les départements, le système ne tient pas »
Les pompiers professionnels et volontaires sont organisés via les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Ces derniers, régis par l’article L1424-24 du Code général des collectivités territoriales, sont administrés par des représentants du département, des communes et des établissements publics de coopération intercommunale. Les 5,6 milliards d’euros annuels de budget de la sécurité civile sont financés à plus de 90 % par les collectivités territoriales, dont 60 % par les départements. L’Etat, qui prend en charge le reste, a tout de même légèrement augmenté sa contribution ces dernières années, passant de 450 millions d’euros en 2017 à 800 millions en 2026, selon nos confrères du « Monde ».
Cela ne suffit pourtant pas. « Aujourd’hui, nous avons atteint un point de rupture », alertait le 27 juillet dernier Les Départements de France dans un communiqué. « Sans les départements, le système ne tient pas. Mais dans le même temps, nous traversons la crise financière la plus grave de notre histoire. L’explosion des dépenses sociales obligatoires, qui représentent désormais près de 70 % de nos budgets, et le gel de nos ressources, réduisent drastiquement nos capacités d’investissement », justifiait l’association d’élus départementaux.
Un appel réitéré jeudi par le président des Départements de France, François Sauvadet, sur France Info. « On est sur un système maintenant qui nécessite des moyens nouveaux et notamment des moyens aériens », assurait-il pour défendre l’urgence de cette réforme du financement des SDIS.
Plusieurs pistes sont mises sur la table pour aider le financement des SDIS. L’augmentation de la taxe de séjour ou bien l’ajout d’un impôt sur le bâti foncier, par exemple. Les Départements de France propose aussi « d’augmenter les recettes issues de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance ». « Le raisonnement est le suivant : sauver des flammes maisons ou voitures, c’est moins d’indemnisations à verser par les assureurs », précisent-ils.
La majorité des pompiers professionnels sont des volontaires
Autre sujet bouillant : le recrutement de pompiers professionnels. Aujourd’hui, les professionnels sont largement minoritaires parmi les effectifs des soldats du feu. D’après des données du ministère de l’Intérieur de 2024, 17 % des sapeurs-pompiers sont professionnels et 5 % sont des militaires. Les 78 % restants sont tous volontaires.
Concrètement, les sapeurs-pompiers volontaires « combattent le feu après leur travail ou pendant leurs jours de congé », résume Pauline Born, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation et de la formation à l’université de Rouen, dans un article publié par « The Conversation ». Avec leur activité parallèle, ils ne peuvent donc pas tout le temps se rendre disponibles. Lors de violents et longs incendies, comme celui de Gironde en juillet, ces pompiers volontaires ont fait face aux flammes pendant des jours. Leurs indemnités horaires – de 8,71 euros à 13,11 euros en fonction du grade – « ne compensent pas toujours les frais de garde » des enfants par exemple, poursuit Pauline Born.
De manière générale, les moyens matériels et humains doivent désormais être « en adéquation avec les nouveaux phénomènes climatiques plus violents », plaide auprès de France Info Ludovic Goblet, lieutenant au SDIS de la Somme. Et de poursuivre : « Nous avons bien reçu de nouveaux engins, mais cela n’a pas permis d’augmenter nos capacités : les nouveaux engins ont juste remplacé les anciens. Il faut aussi davantage de personnels. »
Par Service Actu (avec AFP)
–
